Président PS du conseil départemental de Loire-Atlantique, à la tête du Syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest qui regroupe les collectivités locales concernées Notre-Dame-des-Landes, Philippe Grosvalet déplore l’abandon de ce projet par l’Etat. Entretien. 


Daoud Boughezala. Le gouvernement vient d’annoncer l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. En parallèle, afin de préserver l’agglomération nantaise et son environnement, l’aéroport de Nantes-Atlantique ne sera vraisemblablement pas agrandi. Dans votre campagne en faveur du projet Notre-Dame-des-Landes, pourquoi n’avez-vous pas mis en avant l’absence d’alternative ?

Philippe Grosvalet. Nous n’avons cessé d’alerter sur cette impasse depuis que le rapport orienté des « experts » a été rendu public à la mi-décembre. Dès que nous en avons pris connaissance, nous avons adressé un courrier au président de la République pour lui dire que ce rapport était truffé d’erreurs et pouvait fausser son jugement, quitte à le conduire dans une impasse.

Nous avons notamment soulevé neuf points qui n’étaient pas précisés dans le rapport et qu’il fallait impérativement prendre en compte. Parmi ceux-ci figuraient, par exemple, les procédures de réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique décrites sur 7 pages du rapport pour une durée annoncée de 2 ans… Comment croire que ce qui a mis 15 ans à Notre-Dame-des-Landes, avec moins d’un millier d’habitants impactés (sic), pourrait se faire en seulement 2 ans sur un site où 70 000 personnes sont touchées ? C’est d’une grande malhonnêteté intellectuelle.

Cette manipulation est valable sur tous les autres points que nous avons soulevés, à commencer par l’évolution des trafics, complètement minorée dans ce fameux rapport, ainsi que par les coûts publics, qui n’ont pas été chiffrés pour le réaménagement de Nantes-Atlantique.

La vérité est qu’il n’y a malheureusement pas de plan B. Pas pour les habitants survolés, ni pour le développement de notre territoire.

Le Syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest (SMA) que vous présidez n’incluait pas de communes vendéennes, pourtant concernées par le projet d’aéroport. De même, les Vendéens n’avaient pas été consultés lors du référendum sur Notre-Dame-des-Landes. Avez-vous craint que vos voisins rejettent une initiative que vous soutenez de longue date ?

De même que c’est l’Etat qui porte la déclaration d’utilité publique, et donc la maîtrise d’ouvrage, pour le site de Notre-Dame-des-Landes, c’est l’Etat qui a décidé du périmètre de consultation pour le référendum de juin 2016 qu’il a choisi de maintenir sur le périmètre de la DUP. Nous n’avions pas notre mot à dire. D’ailleurs, nous ne voulions pas de cette consultation !

Malgré tout, le périmètre retenu me semble tout à fait logique : la Loire-Atlantique est le département concerné par les impacts. Bruit, nuisances, emplois, développement économique, biodiversité, ressources, foncier : tout est concentré en Loire-Atlantique.

Les habitants ont ainsi voté en masse, plus que pour les élections locales. Et leur message a été clair : un « oui » massif en faveur du transfert. Ne pas tenir compte d’un vote majoritaire, dans une démocratie, c’est grave. Et dangereux…

Il va falloir financer le réaménagement de Nantes-Atlantique puis son transfert à l’horizon 2040.

Combien coûtera l’abandon de Notre-Dame-des-Landes au contribuable ?

Très cher. Au final, les contribuables vont devoir payer l’équivalent de trois aéroports : il va falloir verser des indemnités au concessionnaire, il va falloir financer le réaménagement de Nantes-Atlantique et il faudra payer pour son transfert à l’horizon 2040. Car les « experts » qui ont poussé le président de la République à prendre une décision aussi désastreuse l’ont écrit dans leur rapport : Nantes-Atlantique ne pourra plus assurer le trafic aéroportuaire d’ici 20 ans.

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Indépendamment de toute autre considération (respect des engagements de l’Etat, refus de la ZAD), le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes était-il viable ? 

Les besoins ont été étudiés et clairement définis. En termes de trafics, nous avons dix ans d’avance sur toutes les prévisions : nous sommes déjà à près de 6 millions de passagers par an, quand Notre-Dame-des-Landes devait ouvrir pour 4 millions de passagers en 2017… La différence, c’est que le nouvel aéroport était prévu pour pouvoir évoluer dans le temps et supporter ainsi une augmentation du trafic aérien.

Le défi consistait donc à doter le Grand Ouest d’une infrastructure moderne pour le connecter aux autres grandes régions européennes. Un outil indispensable à notre territoire pour poursuivre son développement économique et garder son dynamisme.

Les habitants vont devoir subir davantage de nuisances

Maintenant que l’Etat a définitivement renoncé à Notre-Dame-des-Landes, avez-vous encore des revendications à faire valoir ? Quelles seraient vos éventuelles compensations ?

Le président de la République a pris une mauvaise décision qui n’aura que des mauvaises conséquences. Mauvaises conséquences pour les habitants, qui vont devoir subir davantage de nuisances, mauvaises conséquences pour notre territoire, stoppé en plein élan, mauvaises conséquences pour la démocratie, puisque cette décision piétine des procédures publiques, 179 décisions de justice et un vote populaire, et mauvaises conséquences pour le président de la République, qui signe là son premier grand reniement en trahissant sa parole et en décidant de ne rien faire. Il n’y a donc que des perdants. Mais ce n’est pas moi qui ai pris cette décision : c’est à l’Etat d’en assumer les mauvaises conséquences.

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