Le 30 juin dernier, l’expectative restait de mise. La Grèce et ses créanciers entamaient le dernier round des négociations en vue de définir un quatrième plan de sauvetage financier. Il y avait alors trois issues logiques à cet imbroglio : une renonciation de la part des créanciers à une part importante de leurs revendications, conformément au souhait du gouvernement d’Athènes et de l’opinion locale ; un échec des négociations accompagné de la sortie de la Grèce de l’euro ; un accord maintenant l’intégralité de la dette publique grecque assorti de mesures d’ajustement supplémentaires.

Le premier scénario, favorable au débiteur, aurait créé une fracture politique au sein de la zone, entre la Grèce et les pays du Nord, d’une part, et, d’autre part, les autres pays en faillite qui, à force de sacrifices, semblent sortir la tête de l’eau. Il aurait aussi, et surtout, offert une voie royale aux partis contestataires du sud de l’Europe, tels que Podemos, le parti gauchiste espagnol, qui sera un acteur majeur des élections législatives de l’automne prochain.

Le deuxième scénario aurait signifié sans phrases l’échec de la monnaie unique et ouvert le chemin de sortie de la nasse pour d’autres pays, comme l’Espagne, le Portugal, voire l’Italie. Et peut-être celui de la sortie tout court pour les élites dirigeantes – politiques, journalistes, économistes, banquiers –, qui ont fait carrière sur l’euro. Avec cependant le risque, non mesurable, d’une nouvelle crise des dettes de la zone euro, sous l’impulsion des traders spéculant sur le démembrement de la monnaie unique.

Ces deux issues auraient projeté la zone euro, et l’Europe avec elle, dans de nouvelles turbulences politiques, économiques et financières. Et c’est sans doute ce qui explique le lâche soulagement qui a accueilli l’accord, conclu au forceps, entre Merkel et Tsipras, à l’aube du 13 juillet dernier, puis couronné, ce 20 août, par un acquiescement définitif des parties et le versement d’urgence de 20 milliards d’euros au gouvernement d’Athènes.

Reste à savoir si ce troisième scénario, désormais adopté et acté, peut être viable.

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*Image : Soleil.