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Gengis Khan: fin de la légende noire sous l’Éternel Ciel Bleu

« Gengis Khan et les dynasties mongoles » de Jack Weatherford (Passés composés, 2022)

Gengis Khan: fin de la légende noire sous l’Éternel Ciel Bleu
Portrait imaginaire de Gengis Khan / Wikipédia

Si comme les vilains professeurs de lettres vous ne connaissiez de Gengis Khan que la formule de Voltaire : « C’est ce fier Gengis Khan, dont les affreux exploits font un vaste tombeau de la superbe Asie », si vous vous imaginiez le Conquérant faisant des Tartares d’enfants sous sa selle, la biographie Gengis Khan et les dynasties mongoles de Jack Weatherford est faite pour vous — mais vos certitudes n’en sortiront pas indemnes.


Témoudjin (1162-1227 — de temul, « regard d’un cheval qui galope dans une direction sans s’occuper de ce que veut le cavalier » — à vous de voir si Omar Sharif, dans le film de Henry Levin, a ce regard de grande steppe) a conquis « 30 millions de kilomètres carrés en continu, soit environ la taille du continent africain… et plus de trois milliards d’âmes ». 

Jack Weatherford est anthropologue, il saupoudre son ouvrage de détails croustillants sur le monde de la steppe, sur le dzud, « ce terrible hiver mongol, quand chevaux et yaks tomb[ent] littéralement raides morts autour de [soi] et que les bêtes gêl[ent] debout durant la nuit. »  Et plus particulièrement sur Ikh Khorig (Le Grand Tabou), la région natale et le lieu de sépulture de Gengis Khan, un espace d’un millier de kilomètres d’abord interdit par les guerriers du Grand Khan, puis requalifié en « zone d’accès restreint » par le système soviétique, lequel, dès les années 1930 craint que le flou géographique de la tombe du chef devienne un point de ralliement nationaliste. Pour museler le mythe et anéantir sa capacité fédérante, les communistes sont même allés détruire le monastère où reposait le süld, l’âme du Grand Khan, sa bannière de guerre à queue-de-cheval noire — lequel a mystérieusement disparu de leurs entrepôts dans les années 1960…

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Car de l’historiographique au mythologique, chaque époque et chaque pays ont développé leur propre vision du Khan et de ses descendants. De Nehru qui voyait dans le Conquérant nomade « le combat mené autrefois par les peuples asiatiques contre la domination européenne », aux Talibans afghans de 2001 massacrant descendants mongols et bouddhas de Bamian, suite à la bonne réception des bombes américaines, en passant par des chercheurs japonais qui « firent courir une rumeur selon laquelle Gengis Khan était en réalité un guerrier samouraï en fuite », le pan-mongolisme et l’empire des Khans, de Gengis à Koubilaï (l’un de ses petits-fils), sont associés à une mondialisation où « marchandises et population se déplaçaient constamment d’un endroit à un autre ». La Pax Mongolica du XIIIe siècle et du début du XIVe a des échos étrangement modernes.

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Que l’empire mongol apparaisse comme l’empire héroïque ou l’empire ennemi dans les productions de masse (série Netflix « Mongol », jeu-vidéo Ghost of Tsushima, série manga Angolmois ou encore groupe de folk-rock mongol The Hu), tout montre notre besoin d’empire, de grandeur commerciale et idéologique. Car si l’empire mongol fonctionnait sur des principes de délocalisation et de spécialisation commerciale de ses régions (« Pour répondre aux besoins d’un marché universel, les ateliers mongols de Chine finirent par ne produire que les porcelaines et soieries traditionnelles destinées au marché mondial et des articles entièrement nouveaux pour les marchés spéciaux, comme des représentations de la Vierge et de l’enfant Jésus, sculptées dans l’ivoire et exportées en Europe »), c’est bien la continuité du monde sous « l’Eternel Ciel Bleu » qui restait le but – et il est incontestable que les gutals mongols sont plus jolis que des sneakers que portent qui vous savez aux funérailles de The Queen…


Jack Weatherford, Gengis Khan et les dynasties mongoles, Passés composés, 396 p.

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