François Jacob ne se relèvera plus. Disparu le 19 avril dernier à l’âge de 92 ans, il a quitté ce monde, après y avoir laissé une trace hors du commun et son pays, après l’avoir servi.
Couvert d’honneurs, de dignités, de décorations, on pouvait dire qu’il était plus facile de dresser la liste de celles qu’il n’avait pas… On en retiendra deux : Compagnon de la Libération et prix Nobel de médecine. Excusez du peu. Parti dans les premiers à 20 ans pour rejoindre, à Londres, De Gaulle qu’il trouva « gothique » lors de leur première rencontre. Il fallait l’entendre raconter son départ à Saint-Jean-de-Luz, parler de ses camarades disparus. Revenir sur le pire souvenir de sa vie. Ayant intégré la deuxième DB, il débarqua enfin en France, après quatre ans, en août 1944. Il fut grièvement blessé le lendemain ! Ne pas être physiquement de la libération de son pays qu’il avait tant voulu, fut pour lui une souffrance aussi dure que celle de ses blessures. Le prix Nobel de médecine ensuite. Il faut lire les pages du livre où il raconte sa démobilisation après sept mois d’hôpital[1. La statue intérieure. Éditions Odile Jacob.]. Ses condisciples restés bien au chaud, et qui diplômes passés occupaient toutes les places. Son choix de la recherche en biologie, par défaut, faute de pouvoir embrasser son rêve, la carrière de chirurgien. Mais, tant qu’à faire, autant que ce soit pour le prix Nobel… Il paraît qu’un destin est la rencontre d’un grand caractère et de circonstances. Avec lui, manifestement, les rencontres ne furent pas fortuites. Bien avant Hessel, il a sa place au Panthéon. Une cérémonie est prévue aux Invalides, nous verrons si le gouvernement, accaparé par d’autres tâches, brillera par son absence comme lors des obsèques de Roland de la Poype le 30 octobre dernier. Il reste en ce monde 22 Compagnons de la Libération.
À propos, François Jacob était juif. La sociologie de la France libre a été faite, et les Juifs ne furent pas les derniers à intégrer cette minorité. Il y avait pas mal d’ex-maurrassiens aussi. Le 1er juillet 1940 à Londres, un adjudant de 52 ans vint offrir ses services et demander une affectation dans la Force Française en voie de création. Il s’appelait Georges Boris, il était juif et avait été directeur du cabinet de Léon Blum. Il fut brutalement éconduit : « Les Juifs et les séides du Front Populaire n’ont pas leur place ici ». De Gaulle, informé et furieux, écrivit : « Pour moi, il y a deux catégories de Français, ceux qui se couchent devant l’ennemi et ceux qui restent debout. M. Boris est de ceux qui restent debout. Je ne veux plus jamais qu’un tel incident se reproduise. » Ceux qui restent debout…

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