Au Brésil, l’immense région du Minas Gerais recèle des villes coloniales au charme profond: Diamantina, Ouro Preto, Mariana, Tiradentes… La ruée vers l’or a donné naissance à un faste baroque aujourd’hui parfaitement conservé par l’isolement et la fin brutale de l’extraction minière.
Plus vaste que la France, le Minas Gerais est un autre Brésil, loin de la trépidation carioca. Montueux, sauvage, ce territoire est surtout, au cœur d’austères paysages capitonnés de forêts compactes, une remontée dans le temps vers l’âge d’or de la conquête portugaise : cités au patrimoine architectural intact, préservées par leur enclavement même, bien avant que l’Unesco se mêle, au tournant du troisième millénaire, de les inscrire au Patrimoine mondial.
A lire du même auteur: L’autre Marie-Caroline de Bourbon-Siciles: un antidestin
La cité des diamants endormie dans les montagnes
La tentation est forte, depuis Rio, de commencer par remonter jusqu’au nord de l’État pour visiter l’ancienne Arraial do Tijuco, bâtie sur les pentes de la Serra dos Cristais, rebaptisée Diamantina en 1831 – 1 200 mètres d’altitude, moins de 50 000 âmes. Elle fut, dans la seconde moitié du xviiie siècle, le théâtre d’une « ruée vers l’or » et devint la ville la plus riche du Brésil. La folie aurifère durera cinquante ans à peine, puis les cités du Minas tombèrent en léthargie. Et le xixe siècle méprisa ces trésors baroques, leurs églises enrobées de volutes et d’or fin.



Aux abords de Diamantina, la savane tropicale se décante ; dans le paysage surgissent de petits arbres aux troncs tordus et au feuillage épais, et bientôt des forêts d’eucalyptus, des goyaviers, des tibouchinas à fleurs violettes. Puis le sol se fait tour à tour argileux, volcanique, ferrugineux… Rio est à 500 kilomètres : il a fallu prendre l’avion – une heure de vol – pour Belo Horizonte, « Beaga » disent les locaux, métropole moins belle que son nom. Y passer la nuit et de là, monter dans le bus matutinal – cinq heures de route : Diamantina se mérite. La cathédrale Santo Antônio de Rosario, achevée en 1731, domine la Praça Conselheiro Mota. Alentour, une floraison d’églises baroques – Nossa Senhora do Carmo, par exemple, construite entre 1760 et 1765. Les maisons chaulées de blanc aux ouvertures peintes en bleu ou ocre sont coiffées de tuiles romaines et ne dépassent jamais plus d’un étage ; les rues sont pentues et leur chaussée dallée de gros blocs de quartzite – très glissant sous la pluie.
Le joyau baroque du Minas Gerais
Ouro Preto, à deux heures de « Beaga » en voiture, est l’incontournable étape suivante. Plus ville que village (75 000 habitants aujourd’hui, mais plus de 100 000 à son apogée, quand Rio n’en comptait que 2 000), son relief accidenté est dominé par la Serra do Espinhaço, cirque de montagnes à la végétation luxuriante. De son ancien nom Vila Rica, elle fut la capitale du Minas avant que Belo Horizonte lui ravisse ce titre en 1897. C’est un pur joyau architectural, mais aussi une cité dynamique, renommée à juste titre pour sa succulente gastronomie. La Casa de Opera (1769) y est le plus ancien théâtre en activité du Brésil ! Au centre de la grande place, un monument rend hommage à Tiradentes, l’« arracheur de dents », de son vrai nom Joaquim José da Silva Xavier (1746-1792). Militaire, commerçant, exploitant minier, l’homme prospecta dans le Sertão pour le compte de l’administration portugaise. En 1780, il rejoint la milice de la capitainerie du Minas Gerais, chargé de garantir la sécurité des convois d’or et de diamants vers Rio. En 1789, la derrama, perception d’arriérés fiscaux exigée par la Couronne sur la production de l’or, est le déclencheur d’une rébellion : la Inconfidência Mineira. Arrêté avec les autres conjurés, le « dentiste » sera pendu, puis écartelé à Rio. Le 21 avril, jour de sa mort, est férié au Brésil.



Chacune des paroisses d’Ouro Preto se devait de posséder son église. Bâtie entre 1766 et 1794, Sao Francisco de Assis est le chef-d’œuvre d’Antonio Francisco Lisboa, dit l’Aleijadinho – le sculpteur-architecte mulâtre est au Brésil colonial ce que Michel-Ange est à l’Italie de la Renaissance. Sur une éminence au parvis de vieilles pierres jointoyées d’herbes folles, sa silhouette blanche et ocre non récurée au karcher patrimonial dresse ses volutes rocaille à profusion. Cette discrète merveille restée dans son jus, au décor intérieur peint par le célèbre Manuel da Costa Ataide avec une débauche d’angelots et de guirlandes, semble échappée d’un songe nervalien.
Le village-musée du Brésil colonial
On gagne le bourg de Mariana, à 15 kilomètres de là, par une route qui serpente dans un interminable faubourg industriel et commercial. Seul le centre minuscule de cet ancien évêché du Minas garde trace de son glorieux passé. À l’est, Lavras Novas s’érige sur une crête, au terme d’une route pavée sinuant à travers la mata atlantica (forêt tropicale). Dans l’axe de sa modeste église blanche, le village aligne ses rangées de pousadas, hôtels de charme implantés dans des maisons basses, colorées, un peu frustes. Le week-end, Lavras est très courue.


A lire aussi: C’est la mer qui prend l’Homme…
On ne peut rejoindre Rio sans faire étape, via São João del-Rei, dans ce village jadis appelé Arraial Velho, élevé au rang de vila en 1718 avant d’être rebaptisé Tiradentes en 1860. Encaissée dans un cirque rocheux, une trame urbaine peu étendue est investie par une noria de boutiques, de restaurants, d’échoppes et de luxueuses pousadas. Décor réel du bled fictif « Rosa Branca » dans Espelho et vida, télénovela diffusée en 2018-2019, Tiradentes est désormais le siège prospère, exagérément réchampi, d’un tourisme carioca haut de gamme : un plateau de cinéma à ciel ouvert. Mieux vaut éviter de s’y rendre en été. Ses églises baroques n’en sont pas moins sublimes. La plus belle ? Matriz de Santo Antônio (1720-1732). La plus ancienne ? Nossa Senhora Rosario dos Pretos (1708), édifiée par et pour les esclaves… Le meilleur restaurant ? Tragaluz. De ce joyau colonial récuré, toute vie vernaculaire a disparu, on s’en doute. Mais la pierre ne ment pas.
Se loger
Rio : Ipanema Boutique Hotel.
Diamantina : Pousada Vila di Imperador

Ouro Preto : Pouso Jardim de Assis
Tiradentes : Pousada Vagalume
À lire
Lonely Planet Brésil, nouvelle édition 2024.
Pour approfondir
Librairie Portugaise & Brésilienne, 19-21, rue des Fossés Saint-Jacques 75005 Paris.




