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Espérance de baise

Oui, les hommes ne pensent qu'à ça!

Espérance de baise

Après L’enfant qui maudit Dieu (2006) et Un juif impossible (2009), Jean- Moïse Braitberg, ancien journaliste devenu romancier, raconte dans SeXagénaire les aventures et mésaventures d’un jeune retraité sur les sites de rencontre.


J’ai eu du mal à me faire comprendre, je me suis souvent heurté au déni mais j’ai tenu, pour son bien, à élever ma fille dans l’idée que, pour ce qui est d’être en proie à la tentation, le sexe faible, c’est l’homme parce qu’il ne pense qu’à ça. « Mais non papa, pas Benjamin ! – Si ma fille, même Benjamin. – Et Jérémie ? – Jérémie aussi. » Avec les femmes, je n’ai pas été davantage entendu quand j’ai voulu leur faire sur la nature des hommes le cadeau utile de la vérité. « Chérie, je sais que tu ne vas pas me croire mais même si ça ne fait pas de lui un porc, l’homme est d’abord un animal baiseur. – Ne prends pas ton cas pour une généralité, tous ne sont pas des obsédés ! – Si ! Même si ça ne se voit pas, même si la plupart préfèrent la démagogie à la pédagogie, mais tous, sans exception, même François-Xavier Bellamy ! –Non !!! – Mais si. »

Jean-Moïse Braitberg © D.R.

Un jour peut-être, fatigué de prêcher dans le désert, je finirai par me taire. Afin d’armer pour leur vie sentimentale et sexuelle les femmes que j’aime, j’ai un plan B. J’offrirai un roman qui dit tout ça mieux que moi, celui de Jean-Moïse Braitberg, SeXagénaire avec un X majuscule comme au cinéma. Roland Szydlowski, soixante-huitard décomplexé, est un jeune retraité pas encore mort parce qu’il bande encore. Au milieu de sa soixantaine, cet ashkénaze retiré à la campagne en Dordogne fait le bilan de sa vie. « La calculette de mon iPad me dit qu’à ce jour j’ai connu près de vingt mille orgasmes, à raison d’au moins une branlette quotidienne pendant cinquante ans. Sans compter deux ou trois mille coïts plus ou moins réussis entre les cuisses de cent vingt-trois femmes laborieusement conquises. Et presque autant de soulagements chez les putes. » Après son bilan, notre héros fait des projets, un budget et calcule son « espérance de baise ». Délivré du travail, de la famille et se foutant de la patrie, entre les abonnements aux sites de rencontre et les dépenses de pharmacie, il a de quoi tenir ses érections et tout le reste pour vivre heureux en attendant la mort.

Ça ne baise pas autant qu’on voudrait, pour lui comme pour nous, c’est la vie, mais à peine moins que dans le journal de Renaud Camus avant sa rencontre avec Pierre, ce qui est quand même pas mal pour un hétéro. Les filles défilent pour les érections et les plaisirs conjugués du personnage et du lecteur. Des blondes, des brunes et des rousses, des Bretonnes et des Basques, des belles et des moches, des vulgaires et des distinguées, des moulées à la louche et des cuites au feu de bois, des « Marie Louise Blériot » et des « Arlette Choukroun », des plus vraies que nature et tout aussi bandantes, des inconnues ou des amies de lycée perdues de vue et retrouvées dans des dossiers restés en souffrance, étiquetés « à baiser » puis refermés avec la mention « a baisé », ou pas.

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On ne s’ennuie pas avec le schtroumpf baiseur, dont les grands-parents sont morts à Auschwitz et dont le père a sauvé l’honneur d’une France pétainiste en combattant dans les FTP-MOI, ces ouvriers étrangers qui se sont opposés à l’occupant nazi. Entre deux coups, l’ancien journaliste qui voit quand même un peu plus loin que le bout de sa queue nous donne sa vision du monde, évoque la Shoah, « ces souvenirs qui ne sont pas les miens et qui me hantent », nous confie qu’« il n’y a que les cons qui ne pensent pas à la mort tous les jours » et nous rappelle qu’au cœur de tous les bipèdes en rut, il y a un homme qui pense.

Il y a aussi dans le roman des souvenirs de collègues (les journalistes de sa génération reconnaîtront sûrement « suce debout »), un mode d’emploi pour réussir une fellation, un guide comparatif des sites pornos, des astuces de jardinage, des recettes de cuisine du Sud-Ouest, et même un conseil de lecture (femmes désirées, femmes désirantes du docteur Danièle Flaumenbaum) que je vais m’empresser de suivre, excité par la curiosité, et pour tenir tout ça ensemble, une intrigue, un récit avec des rebondissements pulpeux et des surprises salées dont je ne dirai rien mais qu’illustre bien l’histoire du mec qui se croit chasseur alors qu’il est le gibier.

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En refermant le livre, j’ai pensé à ce trentenaire de mes amis, jeune marié qui reconnaît ne plus désirer sa femme, qui avoue être tenté par les salons de massages asiatiques et qui demande si se faire branler par une Chinoise gantée et appointée, c’est tromper. J’ai eu une pensée triste et compatissante pour ce jeune mec englué dans les scrupules de l’homme nouveau, que des décennies de propagande féministe ont soigneusement déconstruit. J’ai repensé à l’irrécupérable boute-en-train du roman de Jean-Moïse Braitberg, pour qui l’entreprise de castration idéologique menée par Caroline De Haas, Alice Coffin et Sandrine Rousseau arrive trop tard. Et je me suis dit que c’était tant mieux, nom d’un bordel à queue.

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Avril 2022 - Causeur #100

Article extrait du Magazine Causeur


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Cyril Bennasar, anarcho-réactionnaire, est menuisier. Il est également écrivain. Son dernier livre est sorti en février 2021 : "L'arnaque antiraciste expliquée à ma soeur, réponse à Rokhaya Diallo" aux Éditions Mordicus.

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