Selon l’hebdomadaire Le Point, une candidature du journaliste et politiste Éric Zemmour à l’élection présidentielle de 2022 n’aurait rien d’impossible.


Officiellement, Éric Zemmour n’est pas candidat à un autre statut que le sien, journaliste et essayiste. Rappelons qu’il a refusé une investiture RN pour les Européennes. En revanche, il s’activerait en coulisses avec Patrick Buisson, conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy, « pour donner une base doctrinale à la droite, susceptible de rallier les déçus de LR et du RN, mais aussi d’attirer des électeurs de La France insoumise. » Que cette base doctrinale serve à structurer la candidature d’Éric Zemmour lui-même serait, selon Le Point, de l’ordre du possible. « Ses amis sont aujourd’hui formels : il pourrait se laisser convaincre par la prochaine élection présidentielle – bien qu’il hésiterait encore au regard des bouleversements que cela impliquerait dans sa vie privée. »

L’hypothèse Zemmour avait été émise en 2015 par le directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune. Dans un roman qui connut le succès, Une élection ordinaire (Ring), Geoffroy Lejeune avait imaginé que conseillé par Patrick Buisson, Eric Zemmour se qualifiait pour le second tour et accédait haut la main à l’Elysée. « La fatigue des partis, le succès du populisme, la place des questions identitaires dans le débat public, tout concourait à l’émergence d’un candidat antisystème. Il avait saisi sa chance. Le paysage était en place, depuis plusieurs années », a écrit en 2015, Geoffroy Lejeune.

Un Trump français est-il envisageable?

Peu importe, qu’Éric Zemmour se déclare candidat. A l’heure de la débâcle des partis politiques de la gauche et de la droite traditionnelle, à l’heure de l’occultation permanente des problèmes liés à l’islam et à l’immigration de masse, deux questions se posent : l’émergence d’un Donald Trump français est-elle possible ? Secundo, cette émergence est-elle souhaitable ?

En préalable, rappelons que la rencontre d’une personnalité issue de la société civile ou militaire et le peuple français est conforme à la constitution de la Cinquième République. Cette constitution a été taillée pour le général de Gaulle, plébiscité directement par les Français.

Emmanuel Macron a d’autre part prouvé qu’un individu sorti de nulle part pouvait accéder à la magistrature suprême. Le phénomène est donc reproductible, et ce pour deux raisons au moins : la fragmentation des « audiences » et la colère qui est le point commun de toutes ces « audiences ». Le terme « audience » est ici emprunté à l’essayiste américain Martin Gurri qui affirme que les technologies de l’information (les blogs, les réseaux sociaux…) ont fluidifié l’expression politique des citoyens d’un pays donné. Chacun ne se résumant plus à son positionnement au sein d’une classe sociale peut s’exprimer sur des sujets qui le décalent par rapport au catalogue de propositions des partis traditionnels. Il existe selon Gurri autant de « publics » ou d’« audiences » qu’il existe de centres d’intérêt. Mais dans le champ politique, la caractéristique principale de toutes ces « audiences » est la « colère », une colère généralisée  contre « les élites qui dirigent les grandes institutions de la société moderne, gouvernement compris ». Le Baromètre de la confiance que publie le Cevipof, le centre de la recherche de Sciences Po, est un bon indicateur de la colère (« lassitude, morosité, méfiance ») qui habite la majorité de la population vis-à-vis de ses représentants. Cette colère dont les Gilets jaunes sont le meilleur exemple rend aujourd’hui possible la rencontre d’une personnalité d’exception et d’une audience électorale.

Sortir du piège électoral actuel…

Reste la question clé : l’émergence d’un second Donald Trump, français, est-elle souhaitable ? Un nouveau météore présidentiel aurait l’avantage de sortir la France et les Français de l’avilissant piège électoral dans lequel Emmanuel Macron cherche à l’engluer.  Il est en effet avilissant qu’une démocratie soit formatée pour organiser l’élection automatique d’un président (Emmanuel Macron en l’occurrence), représentant des intérêts d’une minorité de nantis, contre le représentant d’un parti (le RN de Marine Le Pen) dont l’image d’extrême droite bloque l’accès à la magistrature suprême.

Le piège électoral a été conçu au milieu des années 1980 par François Mitterrand. Il s’agissait de faire monter le Front national pour diviser la droite. A cette époque, non seulement la gauche avait entrepris de diviser la droite, mais aussi de bloquer une éventuelle alliance entre droite traditionnelle et extrême droite. Comme l’a expliqué très bien Eric Zemmour lors de son débat avec Maurice Szafran, une machine médiatique carburant à l’antiracisme s’est mise au service de ce piège politique. Cette machine fabrique de la honte à puissance industrielle pour stigmatiser quiconque serait tenté de s’associer à un « parti nazi » comme le RN.

Cette honte a été si bien intériorisée qu’aujourd’hui encore, les leaders LR en sont à chercher une issue au centre de l’échiquier politique, là où s’installe désormais avec une aisance croissante, Emmanuel Macron. Ou bien à regretter comme l’a déclaré Laurent Wauquiez au Figaro  de ne pas avoir assez « parlé d’écologie », une idéologie d’Etat, promue là encore par la macronie.

Souhaitable, pour que cessent les fausses promesses de la droite

Quand un parti politique comme Les Républicains se leurre au point de ne pas voir que sa clientèle politique, se situe aujourd’hui dans les classes populaires, quand ce parti ne veut pas voir que son audience politique se situe au sein de ces « audiences » qui faute de mieux votent RN ou LFI, quand ce même parti politique ose à peine s’exprimer sur des sujets cruciaux comme l’immigration ou l’islam, alors l’émergence d’un Zemmour devient possible. Elle est même souhaitable pour que cessent les fausses promesses des partis de droite – rappelons-nous la pseudo politique du karcher de Nicolas Sarkozy – et les malentendus.

Les conditions apparaissent donc réunies pour qu’un nouveau météore vienne rebattre les cartes, briser la stérilité de l’affrontement LREM-RN et permettre l’expression – et l’action – sur des sujets tabous comme l’immigration, l’islam et l’identité nationale. Donald Trump, le « vrai », a surgi d’une situation à peine différente. Le parti Républicain croyait lui aussi que son électorat était dans la bourgeoisie des grandes villes américaines alors que ces électeurs-là avaient opté depuis longtemps pour le Parti Démocrate. Il a fallu que Donald Trump prenne d’assaut le Parti Républicain et agglutine une audience populaire à coups de tweets et d’anathèmes rageurs pour que l’investiture ait lieu et l’élection soit gagnée.

Certains ricaneront qu’un juif comme Zemmour a peu de chances d’être élu. Mais qui eut pu croire qu’une pucelle sortie de Domrémy allait réussir à convaincre le roi de bouter les Anglais hors de France ? Que Jeanne d’Arc aujourd’hui soit juive ne fait qu’ajouter du sens à l’affaire. Si l’on en croit Danny Trom, auteur de La France sans les juifs, les juifs sont un opérateur de l’entremêlement de la France et de la République. L’élection d’un Eric Zemmour serait un bon test de la volonté des Français de restaurer un Etat-nation qui renoue avec son histoire et sa culture et ne cherche plus d’issue en direction d’un universel multiculturel européen ou humain très abstrait.

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