Dans la nouvelle donne géopolitique qui s’est imposée avec la montée en puissance du djihadisme radical, son expansion territoriale et son agressivité croissante, on observe deux types de comportements chez les dirigeants des puissances majeures de la planète. Une partie d’entre eux, principalement ceux qui sont aux commandes des grandes démocraties occidentales, tentent de répondre à ce défi en ripostant au coup par coup, par des interventions militaires dans des espaces où leurs intérêts leur semblent menacés (Afghanistan, Irak, Mali, Syrie). Ces ripostes sont menées dans le plus grand désordre diplomatique et militaire, sans la moindre vision stratégique commune des objectifs à atteindre, et sous la pression d’opinions publiques versatiles. Lesquelles s’enflamment un jour pour la défense des « droits de l’homme » dans les pays concernés, puis se mettent à douter peu après de la pertinence des actions entreprises lorsqu’il apparaît que le djihadisme ne se laisse pas facilement éradiquer avec la seule supériorité technologique des armées modernes. Ce doute s’accroît d’autant plus que l’usage du « hard power » contre Daesh et ses épigones n’empêche nullement ces derniers de semer la mort et la terreur au cœur des métropoles des pays qui les combattent.

Restaurations nationales

D’autres puissances, menées par des dirigeants moins entravés par les exigences légales et calendaires régissant les démocraties libérales, peuvent, au contraire, tirer avantage du désordre ambiant, profitant de la paralysie de ces démocraties pour pousser leurs pions dans le nouvel ordre mondial en construction. Les perdants du siècle dernier, les héritiers d’empires vaincus et dépecés par l’histoire récente, en l’occurrence la Russie et la Turquie, se sont dotés dans les deux dernières décennies de dirigeants visionnaires, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, qui n’ont jamais fait mystère de leur objectif : effacer, à leur profit et celui de leur nation, les humiliations subies lors des catastrophes que furent, à leurs yeux, la chute de l’Empire ottoman au début du xxe siècle, et celle de l’URSS à la fin de ce même siècle.

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Luc Rosenzweig
est journaliste.Il a travaillé pendant de nombreuses années à Libération, Le Monde & Arte.Il collabore actuellement à la revue Politique Internationale, tient une chronique hebdomadaire à RCJ et produit des émissions pour France Culture.Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels "Parfaits espions" (édition du Rocher), ...