Panneaux électoraux vierges à Nantes, avril 2017. SIPA. 00800805_000007

Rien ne se passe jamais comme prévu. 2017 devait être une échéance vitale dans l’histoire politique française. Dans un pays bousculé par le terrorisme islamiste, l’immigration de masse, la crise identitaire et une révolution anthropologique devenue folle, l’élection présidentielle devait être le moment d’une grande explication, d’un choix de civilisation entre grandes options pour une fois clarifiées. La démocratie française réinvestie d’une charge existentielle exceptionnelle, les passions y retrouveraient droit de cité, l’esprit tragique congédiant pour une fois la mentalité gestionnaire. Ce n’est pas seulement un président qu’on allait choisir mais un nouveau cap collectif. Le peuple irait même jusqu’à l’imposer aux élites qui seraient comme d’habitude réfractaires aux trop grandes ambitions historiques.

Le progressisme domine toujours

C’est ainsi qu’on a transformé en certains milieux la candidature de François Fillon en occasion de renaissance conservatrice pour la France. C’était un peu malgré lui : l’homme ne s’était jamais reconnu dans cette vocation providentielle de sauveur de la civilisation. On l’a pourtant imaginé dans ce rôle : il incarnait quelque chose qu’on (et qu’il) ne soupçonnait pas. Il devenait le symbole de cette permanence française que le bougisme ne serait pas parvenu à effacer. Étrangement, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy devenait l’homme du grand refus. On misait sur lui pour renverser l’époque. Il refusait de se plier au joug des humoristes et nommait les choses par leur nom.

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Mais il s’agirait d’un refus civilisé, courtois, non histrionique. Le conservatisme permettrait d’éviter le populisme. Entre le Canada de Trudeau et l’Amérique de Trump, Fillon incarnait la résistance intelligente à l’époque. Elle aurait le charme un peu désuet et pourtant irrésistible du vieux monde en cravate, modéré, réservé, étranger au politiquement correct sans verser dans le politiquement abject. C’est la France bourgeoise, provinciale, catholique et modérée qui tiendrait tête au monde à la barbarie contemporaine

La candidature Fillon était aussi perçue comme l’aboutissement d’un bouillonnement idéologique de plusieurs années, ayant entraîné la renaissance politique du conservatisme. On se racontait un peu des histoires. Car si la présidence Hollande a donné une image navrante de la gauche, le progressisme n’en conservait pas moins l’hégémonie idéologique. La multiplication des éditorialistes et intellectuels en dissidence avec le politiquement correct témoignait certainement

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Mai 2017 - #46

Article extrait du Magazine Causeur

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