Boutros Boutros-Ghali revient sur le devant de la scène médiatique et il n’est pas très content. Plutôt discret ces dernières années, celui qui fut ministre des Affaires étrangères de Sadate et Moubarak puis secrétaire général des Nations Unies, a accepté de répondre aux questions de l’hebdomadaire Al Ahram sans  se cacher derrière des formules ambivalentes. Quand le journaliste Mohamed Abdel Hady l’invite à dresser le bilan de l’action des Frères musulmans au pouvoir, le vieux diplomate se mue en tonton flingueur : « Après leur arrivée au pouvoir, les Frères musulmans ont opté pour un repli identitaire, une fermeture devant la mondialisation. Leur période de gouvernance a coûté cher à l’Egypte. Il nous faudra au moins une dizaine d’années pour réparer les erreurs qu’ils ont commises. »

Pour Ghali, le seul avantage des douze mois de présidence Morsi, est que cette expérience dévoilera à l’opinion publique égyptienne « la réalité des Frères musulmans »… et ce n’est pas le pire. Non content de qualifier  leur bilan de « désastreux, que ce soit dans le domaine culturel, judiciaire, dans la politique économique », l’ancien chef de la diplomatie égyptienne enchérit en estimant que « les Frères musulmans représentaient un véritable danger » pour leur pays. Selon Ghali, une fois installés solidement au pouvoir, les Frères « allaient partir en guerre dans le monde arabe, avant de se retourner contre l’Occident et ceux qu’ils appellent les « croisés » ». Leur objectif géopolitique ? À terme, recréerle califat qui siégeait autrefois à Istanbul, un rêve néo-ottoman qu’« ils partagent avec le gouvernement d’Erdogan », dixit BBG.

En guise de dessert, à la fin de cet entretien roboratif, Ghali se penche sur l’état de la  francophonie.  L’ancien secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie (de 1997 à 2002), pointe la responsabilité directe de la France dans son déclin :

« Le véritable problème, explique-t-il, est que [..] la France ne s’intéresse pas vraiment à la francophonie [..]. La francophonie était soutenue à l’époque de Mitterrand, de Chirac, mais de nos jours, l’Etat français y porte un intérêt moindre préférant se concentrer sur d’autres dossiers qu’il juge prioritaires. »  À l’heure où j’écris ces lignes, le ministre Yamina Benguigui n’a pas encore publié de communiqué d’indignation…

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