Laurent Wauquiez l’a annoncé triomphalement à l’université d’été des Républicains à la Baule : « Ils disent que la Droite est morte, qu’il n’y a plus que Jupiter et Mélenchon. Mais qu’ils viennent ici, la Droite est de retour ! » 

Elle est de retour chez Les Républicains, mais « décentrée », puisque Alain Juppé, Valérie Pécresse et leurs troupes ont décidé qu’ils partiraient si Laurent Wauquiez était élu président…

Elle est partout

Elle est de retour au Front national aussi, puisque le camp « ni gauche ni gauche » de Nicolas Bay semble marquer des points contre la bande « ni droite ni droite » de Florian Philippot, et que dans l’équipe féminine le combat Sophie Montel, phillipotiste avérée, versus Marion Maréchal-Le Pen, droitiste assumée, est proche du match nul. La seconde a jeté (provisoirement ?) l’éponge, mais la première a été récemment désavouée  par Marine Le Pen.

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Dans ce contexte chaotique, c’est Robert Ménard qui pense détenir la solution : la Droite renaissante sera forcément « périphérique ». Loin du Centre, elle réunira des frontistes droitistes et les Républicains les plus durs qu’il demande à Laurent Wauquiez de rassembler.

Mais pour l’heure, Laurent Wauquiez n’est pas d’accord : il sait que pour les états-majors parisiens, le « périphérique », c’est quasiment l’étranger…

De l’autre coté de l’Atlantique, on ne parle pas de « droite périphérique » mais de droite alternative ou « Alt Right ». Mais par-delà la différence de mots la symbiose idéologique actuelle entre France et Amérique du reste est si forte qu’elle évoque l’époque où le Français La Fayette allait donner un coup de main à la Révolution indépendantiste américaine, en 1787.

L’Amérique à la mode de chez nous

Emmanuel Macron lui-même a consacré ce retour de flamme entre les deux pays, en déclarant en substance, fin août, qu’il se sentait plus La Fayette que Pétain. Comme en écho le maire de New York a demandé quasiment dans le même temps que soit retirée de l’avenue une plaque commémorative dédiée au héros de Verdun devenu symbole de haine par sa collaboration avec les nazis…

Puisant aussi dans l’imaginaire commun à la France et l’Amérique de la Deuxième Guerre mondiale, une journaliste américaine, apprenant que Steeve Bannon, l’artisan de la victoire fondée sur une radicalisation droitiste, était un lecteur assidu du Français Jean Raspail, en particulier de son livre Le Camp des saints qui imagine l’Europe envahie par des populations exogènes a désigné ce livre comme le Mein Kampf de notre époque…

Parions que, comme Bannon a aussi lu Thucydide, en particulier son grand œuvre La guerre du Péloponnèse et que sa préférence avouée va à Sparte l’autoritaire, contre Athènes la démocrate, il se trouvera bien un journaliste cultivé d’outre-Atlantique pour souligner que dans Sparte et les sudistes, un autre écrivain français sulfureux, Maurice Bardèche, pointait dès 1969, une analogie pour le moins révélatrice.

C’est bien, en effet, le projet du maire démocrate de Charlottesville nouvellement élu de déboulonner la statue du Général Lee, héros sudiste de la guerre de Sécession, qui a réveillé l’« Alt Right », et provoqué l’affrontement  meurtrier à la suite duquel Donald Trump a sacrifié son conseiller Bannon.

« Disruptif » est aussi un mot qui fait désormais régulièrement le voyage Paris-New York. Il est né dans les années 1995 aux Etats-Unis pour designer « start up » et entreprises innovantes. La moitié d’entre elles, nous apprenait La Tribune dès 2014, ce sont des entreprises qui « cumulent l’ambition et la capacité d’innover radicalement, ont une culture spécifique fondées l’innovation et la prise de risques. Elles impliquent un changement radical des technologies ou du modèle économique. Elles modifient le domaine du possible ».

Ce qui est « disruptif » rompt les lignes, dérange, mais dans le langage des « start up » il s’agit d’une immolation brillante qui dérange les esprits paresseux et bouleverse les conservateurs chagrins.

Macron le « disruptif »

Emmanuel Macron, surgi de nulle part, qui a fait campagne avec une technologie nouvelle d’adhésion en ligne incarne le politique « disruptif » et a plusieurs fois employé le mot lors de sa campagne comme depuis son élection.

Mais depuis, le mot a vécu sa vie, dans le domaine politique, d’une manière pour le moins surprenante. Il est employé en effet par les médias « main stream » comme Fox News aux Etats-Unis ou L’Obs en France pour désigner Donald Trump, et toute personne dont le succès ou l’irruption en politique est inattendue. Il peut ainsi désigner aussi bien les héros de la bien-pensance qui agissent sur un mode nouveau et moderne que ceux qui rompent avec le consensus de la bien-pensance, cette rupture étant justement la clé de leur réussite.

Cette évolution n’a pas échappé à Emmanuel Macron dont la dernière « disruption » dans son interview fleuve à l’hebdomadaire Le Point a marqué comme un retour à son enthousiasme pour le Puy du Fou ou la pucelle d’Orléans. « Il faut de l’Histoire, il faut des héros contre le djihadisme » : « il faut renouer avec l’héroïsme politique » et « retrouver le sens du récit historique » pour que  « les jeunes de banlieue » ne se réfèrent plus a des « vidéos de propagande de Daech » mais à « des héros en France, des génies, et des gens qui s’engagent au quotidien ». Le « défi de la politique aujourd’hui » est donc de « réinvestir un imaginaire de conquête », « sortir de l’esprit de défaite », de la « politique victimaire » et « redevenir un pays fier », a-t-il affirmé.

Et voilà que, comme dans les contes de fées, à peine un vœu émis, il se réalise. Il souhaite le retour des héros ? Les voilà. Clint Eastwood les mettra en scène dans le film qu’il tourne en ce moment à Arras sur les trois soldats qui avaient maîtrisé l’auteur de l’attaque du Thalys : The 15:17 to Paris. Ils viennent défendre la vieille Europe, ils sont jeunes, ils sont beaux, musclés, courageux… et Américains !

Etait-ce précisément ce à quoi pensait notre président ? Peut-être pas, mais sensible aux variations de l’opinion il ne peut pas ne pas sentir que le vent tourne, que les petits garçons n’ont plus envie de se déguiser en princesses, et que le « disruptif » dans la mode automne hiver 2017 peut être aussi un retour de testostérone.

Gageons que, dans son for intérieur, le rôle le tente, qu’il est prêt à endosser l’habit rude du combattant et se sent pousser les muscles du héros. Avec les conseils de son ami Arnold Schwartzenegger, nul doute qu’il y arrivera, et pourra s’écrier comme le colonel Stanton en 1917 : « La Fayette, me voilà ! »