Pour une fois, je ne vais pas parler d’économie mais de démographie, la beauté avec cette science humaine étant que l’on n’a pas besoin de faire des prévisions : ceux qui sont nés aujourd’hui seront là dans trente ans et ceux qui ne sont pas nés ne seront pas là. Cela est certain.

Je ferai abstraction de l’immigration nouvelle qui va continuer sans doute dans les 30 ans qui viennent, et je ne prendrai donc en compte que les réalités connues aujourd’hui c’est-à-dire les naissances.

Commençons par une petite remarque anecdotique : pour la première fois dans l’histoire la quasi-totalité des dirigeants européens n’ont pas d’enfants. Madame Merkel, Madame May, Monsieur Macron, les premiers ministres Italien, Suédois, Néerlandais, Luxembourgeois, Irlandais… aucun n’a d’enfants. Seuls le Belge Charles Michel et l’Espagnol Mariano Rajoy en ont deux chacun.

La pyramide démographique tient sur la pointe

Ma première remarque est que je ne peux pas m’empêcher de penser que celui qui n’a pas d’enfant n’a pas la même notion du futur que celui qui en a eu. Pour celui qui n’a pas d’enfant, le futur s’arrête sans doute à la prochaine élection ou à sa mort. Après moi, le déluge…

En Allemagne, 30 % des femmes de plus de 45 ans et 40 % de celles qui ont eu des diplômes universitaires sont sans enfant et le taux de fécondité (nombre d’enfants par femme) des populations locales hors immigrants est d’environ 1,4. La situation est la même en Italie, en Espagne, en Grèce au Benelux…

Ainsi, en Italie ou en Grèce, 100 grands-parents ont en moyenne 42 petits-enfants, offrant ainsi l’exemple même d’une pyramide démographique inversée reposant non pas sur la base mais sur la pointe. Et tout le monde sait que si l’on met une pyramide sur la pointe, elle a une fâcheuse tendance à se casser la figure.

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Ce qui m’amène à ma deuxième remarque : les grands parents et les parents ont émis une dette étatique gigantesque lorsqu’ils étaient cent. S’imaginer que leurs petits enfants seront capables de rembourser cette dette alors même qu’ils ne seront plus que 42 relève de l’optimisme le plus béat, à mon humble avis.

Poussons plus loin : ces 100 grands-parents sont tous logés, et parfois fort bien. Penser que l’immobilier va monter quand il n’y aura que 42 acheteurs pour 100 vendeurs est une idée intéressante mais dont j’ai du mal à comprendre la logique. Et c’est tout aussi vrai des voitures, des frigidaires, des chambres d’hôtel, des places de professeurs ou d’obstétriciens, ou que sais-je encore…

Le grand basculement

Venons-en maintenant aux calculs actuariels. Imaginons que dans un pays les femmes liées à la population de « souche » aient en moyenne 1,3 ou 1,4 enfant/ femme tandis que la population d’origine immigrée (ce qui veut dire en Europe, principalement musulmane) ait un taux de fécondité de 3,4 à 4 enfants par femme. Postulons qui plus est que cette population nouvelle ne représente que 10 % de la population totale…

Chacun va penser que « bien du temps » va se passer avant que la majorité ne bascule en direction de la population immigrée et que d’ici là tous ces enfants feront comme dans la chanson « et tout cela ça fait d’excellents français », après être passés par notre remarquable système éducatif.

Tout dépend en fait de ce que l’on recouvre par la formule « bien du temps ». En fait, et si l’on retient mes hypothèses, le basculement se produira au bout de 30 à 40 ans. Dans 40 ans, il y aura autant de petits enfants issus des 90% que de petits enfants issus des 10%.  Et à ce moment-là, la majorité de la population française deviendra inéluctablement « d’origine musulmane ».

Je ne dis pas que cela sera mal, ou que cela sera bien. Je dis simplement que cela sera fort différent et que nécessairement cela aura de l’influence sur le système politique.

Et donc, dans 40 ans au plus tard, il est à peu près certain que la majorité de la population sera d’origine musulmane, en Autriche, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en Belgique, en Hollande.  Encore une fois, il ne s’agit pas de prédictions mais de calculs et je ne fais même pas appel à l’arrivée de nouveaux immigrants.

Je ne verrai pas ce basculement, mais mes enfants le verront sans doute et certainement mes petits-enfants. Ce qui est arrivé à l’Espagne ou à l’Asie mineure aux Xe et XIe siècles va arriver à l’Europe au XXIe siècle, c’est une certitude.

Le phénomène peut être inversé, mais…

Quelques exemples : à Anvers, la majorité des enfants dans les classes du primaire aujourd’hui sont musulmans. C’est donc dire que dans 15 ans, la majorité des nouveaux entrants sur le marché du travail sera musulmane. A Bruxelles, la capitale de l’Europe, 25 % des nouvelles naissances sont musulmanes, au Pays de Galles, en Ecosse le nom le plus populaire à la naissance est Mohamed, et ainsi de suite.

Venons-en à notre pays. Nos élites se congratulent tous les jours au prétexte que notre taux de fécondité par femme en France serait d’environ 2 enfants par femme, assurant ainsi le remplacement des générations, ce qui est une très bonne chose. Cependant, et pour des raisons que je n’ai pas à expliquer, il est interdit en France de recenser les différentes populations en fonction de leurs croyances religieuses et donc nul ne sait quel est le taux de fertilité des femmes françaises « arrivées récemment », comme il est convenu de les appeler. Habitant une partie de l’année dans la région d’Avignon et allant fréquemment pour des raisons professionnelles à Roubaix, à Toulouse ou dans l’est de Paris, j’ai du mal à croire que nous ne soyons pas déjà à 10 % de citoyens d’origine musulmane, et que ces 10 % auraient une fécondité par femme de seulement 1,4.

La réalité est probablement que nous en sommes déjà à 90% de la population ayant un taux de fécondité des femmes de 1,4, comme partout ailleurs en Europe et que les 10% restantes doivent être à 4 ou à 5 enfants par femme (ce que je peux constater dans les zones commerciales autour d’Avignon), ce qui nous amène aux alentours de 1,8 pour le taux de fécondité « national » (1,4×0.9+4×10).

Nous serions dans ce cas dans la même situation que nos voisins, la seule différence étant que nous aurions plus d’immigrés et/ou que ces immigrés auraient plus d’enfants. Et donc, le basculement arriverait plus tôt chez nous que chez eux.

Une possibilité existe pour atténuer ce phénomène : que 10 % des jeunes femmes françaises depuis longtemps et en âge d’avoir des enfants décident, sans que personne ne comprenne pourquoi, un peu comme leurs grands-mères à partir de 1942, d’avoir quatre, cinq, six enfants, ce qui maintiendrait l’équilibre des populations. J’en vois quelques signes ici ou là dans les milieux très catholiques…

Les hommes politiques vivent dans un présent perpétuel et essayent de vendre à leurs électeurs l’idée qu’ils sont capables d’arrêter le temps, que tout le monde restera toujours jeune et que ce présent si agréable durera toujours, un peu comme dans la chanson « plus d’un million d’années, et toujours en été ».

L’hiver vient

Monsieur Macron a fait toute sa campagne sur sa capacité « magique » à arrêter le temps et ceux parmi nous qui vivent fort agréablement ont beaucoup aimé ce message et donc voté pour lui (les autres, une majorité, se sont abstenus ou ont voté contre).

Mais tout enfant sait assez vite que l’été interminable qui commence fin juin est toujours suivi de la rentrée scolaire en septembre, où les choses se gâtent singulièrement à chaque fois, du moins si j’en crois mes souvenirs. L’été démographique français, commencé en 1968 se termine. Nous arrivons hélas à sa fin bien que les Français aient voté pour que l’été dure toute l’année.  Mais on ne peut voter pour retourner au Paradis, nous en avons été chassés, et il y a bien longtemps. Comme on le sait, en France les fins d’été sont souvent difficiles politiquement. Je crains qu’il n’en soit de même pour la fin de notre été démographique qui aura duré de 1968 à 2010 environ, soit les 40 ans habituels. Et il n’y aura pas d’automne, nous allons rentrer directement dans un hiver démographique qui je le crains ne sera suivi d’aucun printemps…

Notre été sera vraiment terminé le jour où la démographie basculera, tout simplement parce que nous serons devenus minoritaires dans nos propres pays et que la majorité ne fera plus attention aux jérémiades de vieux soixante-huitards, qui seront tous à la retraite ou morts, c’est-à dire insignifiants.

Demain, la disparition des populations européennes

L’immense nouvelle des 30 ou 40 prochaines années sera donc la disparition des populations européennes, dont les ancêtres ont créé le monde moderne.

Et avec ces populations disparaitront les nations européennes si diverses et si complémentaires qui ont fait l’immense succès du « vieux continent » depuis cinq siècles au moins.

Comme le disait Toynbee, les civilisations ne meurent pas assassinées, elles meurent parce qu’elles se suicident.

Pierre Chaunu, le grand historien français disparu en 2009, fort inquiet de ce phénomène l’avait appelé la « peste blanche », par opposition à la « peste noire » qui avait décimé l’Europe au XIVe siècle. Ce suicide, comme tout suicide est un refus de la vie. Dans le fond, l’Europe va mourir parce qu’elle a refusé la vie en privilégiant les cultures de mort.

Ce n’est ni bien ni mal. C’EST.1

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