Constamment sous le feu des critiques, les résultats encourageants de la politique de Trump poussent ses opposants à l’attaquer sous un autre angle, quitte à revoir leur argumentaire.


Bien peu d’observateurs s’aventurent encore à limiter leur avis sur Donald Trump à ses tweets, presque tous ayant fini par admettre qu’il y avait quelque chose d’autre à comprendre dans la politique du Président des Etats-Unis.

Le premier pas de cette ascèse a été de constater que contrairement à ce que Paul Krugman (prix Nobel d’économie en 2008) ainsi que Bruxelles avaient prédit, l’économie américaine ne s’est non seulement pas effondrée dans le chaos annoncé, mais qu’elle a également retrouvé une grande vigueur, sans précédant depuis un demi siècle. Reste toutefois à confirmer les relocalisations et réinvestissements promis sur le sol américain. Mais il faut donc trouver autre chose que l’économie pour s’attaquer à Donald Trump!

Devenus plus prudents sur l’économie, la Russie et la possibilité d’une destitution, ses détracteurs l’attaquent désormais sur sa géostratégie politique et économique.

Indéchiffrable, Mr Trump ?

Le premier argument emprunte encore beaucoup à la « tweetopathie »: Donald Trump serait tellement brouillon qu’il n’aurait rien réussi, se contentant de répéter qu’il ne veut pas la guerre mais seulement faire des  »deals », qu’il aurait tous ratés d’ailleurs. D’autres affirment que ses adversaires internationaux auraient compris qu’il est faible et en profiteraient. Ce sont des arguments irréfléchis.

Donald Trump, qui a un instinct politique très affûté, sent que ses concitoyens sont las de la guerre: de la Corée à l’Afghanistan en passant par le Vietnam et la fondrière irako-syrienne, leurs fils y ont suffisamment laissé leur vie, et les contribuables leur porte-monnaie. Ainsi, il ne fait que tenir sa parole en ne se lançant pas dans une nouvelle guerre.

On lui reproche de changer souvent de discours ? C’est un fait, mais c’est sa méthode: le fait qu’elle soit inhabituelle et relativement imprévisible ne suffit pas à la critiquer, et seul compte de savoir si elle aura des résultats aussi bons que pour tout ce qu’il a précédemment réussi.

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Trop brutal un jour, trop faible le lendemain…

Donald Trump est-il un faible ? Notons qu’on lui a longtemps reproché d’être un brutal impulsif : il faudra accorder les violons ! Or il vient de donner beaucoup de signes de modération et les a habilement mis en scène, notamment en marge de l’agression contre un drone US attribuée à l’Iran. Trump a déclaré attendre de savoir exactement quelles sont les vecteurs et le lieu de départ de ces attaques, tant le dossier est obscur.

Les rebelles yéménites ont revendiqué les attaques de la raffinerie saoudienne mais différents services pensent que la nature des armes et surtout leur origine topographique l’excluent. Ainsi, les Iraniens font figure de principaux suspects. Au demeurant, parler  »des Iraniens » est un oxymore car la crise économique et sociale accrue par les sanctions américaines en Iran fissure sérieusement ce régime que l’on oublie de qualifier pour ce qu’il est : un califat chiite.

Ainsi, le président américain attend probablement les résultats des élections en Israël et surtout le profil d’une éventuelle coalition avant de prendre une décision. On saura alors si ceux qui misaient sur la vulnérabilité d’un Trump en campagne pour sa réélection avaient raison ou si, fervent comme sa population de culture western, il attendait simplement que les agressions et les offenses s’accumulent suffisamment pour légitimer une riposte dont la brutalité sera acceptée.

L’exemple chinois

Autre théorie développée pour dénigrer le 45e président des Etats Unis, celle considérant que Trump aurait une bonne démarche mais ferait erreur sur la méthode. Il serait trop tard pour contrer la Chine qu’Obama a trop laissé croître: la seule solution viable serait une guerre monétaire. La Chine détient d’importantes masses de dollars US, ainsi le seul moyen de la mettre à genoux serait de détruire la valeur des dollars en question mais il y a aussi le risque potentiel que la Chine vende ses titres de dette américains. Si cela venait à se produire, les États-Unis demanderaient sans doute à la Fed de les racheter, voire de les compenser avec la dette équivalente de la Chine (anciens emprunts chinois).

La tactique du président Trump va-t-elle faire ployer la Chine et son régime ? Divers arguments vont dans ce sens. Mon collègue Christian Schmidt explique que « la Chine a pu apprendre à décrypter les postures de Trump », d’autant plus qu’à ses yeux « l’impact final du choix de stratégie dépend de la vulnérabilité respective de la Chine et des USA ». Ainsi, compte tenu du poids et de la structure des deux économies, il a été calculé que la Chine était plus vulnérable que les États-Unis aux stratégies offensives de son adversaire.

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D’autre part, « si les États-Unis et la Chine optent tous les deux pour une stratégie agressive, ils seront l’un et l’autre perdants, sans parler des conséquences sur l’ensemble du commerce mondial ». Il semble que jusqu’à présent, contrairement à ce que pense mon estimé collègue, la Chine ait accepté le combat asymétrique qui la fera perdre, et Trump a raison d’avertir son homologue chinois qu’une négociation sera bien plus profitable pour la Chine à présent qu’après sa probable réélection.

Toutefois, la question serait plutôt de savoir si Donald Trump souhaite réellement négocier ? Ou s’il ne tenterait pas plutôt de briser la Chine en la faisant imploser ?

Balayons d’abord devant notre porte

Bien que ce soit de moins en moins vrai, il demeure un fond d’anti-atlantisme gaulois qui perturbe nos analyses actuelles. Il faudra adapter d’urgence notre méfiance gaullienne et notre excès d’empathie poutinienne : le monde change vite et Trump ne s’intéresse plus beaucoup à l’Europe et à l’OTAN. Cela implique une urgente réflexion, puissante et originale sur cette construction européenne périmée, la fin de l’OTAN, une défense française à bout de souffle, une défense continentale inexistante, et les répercussions des changements d’alliances entre les USA, la Russie et la Turquie.

La grande différence méthodologique entre Trump et Xi est celle qu’il y a entre un dictateur communiste à vie, apparatchik fils d’apparatchiks, et un homme d’affaires et communicant soumis à réélection démocratique et donc voué à faire ce qu’il a fait toute sa vie: réussir.

Ainsi, il convient de ne pas le sous-estimer, même en matière de méthode.

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