Après s’être expliquée sur sa conversion dans l’émission Sept à huit en 2012, après avoir donné plusieurs interviews à différents journaux et magazines, Mélanie Georgiades, plus connue sous le nom de Diam’s, a sorti un livre au mois de mai dernier, Moi, Mélanie, Française et musulmane, dans lequel elle explique sa conversion. Cette semaine, celle qui crie depuis plusieurs années qu’elle veut être plus discrète et que, grâce à la paix que lui donne sa nouvelle religion, elle se fiche totalement du regard des autres, revient donc encore une fois sur sa volonté de porter le voile, sous la forme d’un « poème » qu’elle a twitté lundi.

Je ne jugerai pas de la valeur « littéraire » de ce « poème », j’ai trop de respect pour nos grands écrivains. En revanche, si l’on veut bien pardonner à un ancien professeur de français l’audace de séparer fond et forme, je me permettrai de commenter les propos de l’ex-chanteuse. « Ils diront que j’ai mis les voiles depuis que j’ai mis le voile. Je leur dirai que j’ai mis les voiles, car j’ai retiré le voile que j’avais devant les yeux. » nous dit Diam’s.

S’il est courant de prétendre qu’une conversion change notre regard sur le monde – dans la Bible, des écailles tombent des yeux de Paul lorsqu’il se convertit -, ce qui surprend, c’est de mettre en relation le changement de perspective, non pas avec la foi mais avec le voile, a fortiori intégral. Curieuse conception de la foi en Dieu que celle qui insiste autant sur les aspects extérieurs de la religion. Et qui les revendique avec une telle constance.

Mais plus intéressante encore est la notion de liberté que défend la chanteuse : « Nombreuses sont les femmes qui sont jugées à travers leur physique, l’image plastique qu’elles renvoient… Le voile m’a libéré de ces diktats. » dit-elle. La liberté, pour Diam’s, ce serait donc le fait de n’avoir plus à subir la pression de la société et le regard des hommes en cachant son corps. La liberté ne consisterait donc pas à s’affranchir de cette pression extérieure mais plutôt à s’en détourner.

Sur le site de Paris-Match, cette apparente contradiction n’empêche pas les journalistes d’insister sur la volonté qu’a Mélanie de « montrer que son voile n’est en rien une résilience » car « elle souhaite faire comprendre son geste » et « continue(r) son combat. » Un combat pour la liberté de se soumettre aux diktats pour mieux leur résister. Présenté comme une libération et un gage de paix, le voile de la chanteuse apparaît bien plutôt comme une sorte de résignation, d’abandon face à la pression esthétique dont on affuble les femmes et face au machisme d’une certaine frange de la population masculine. Cela n’empêche nullement certains défenseurs des minorités de continuer à trouver formidable que le voile soit le seul horizon de liberté de certaines femmes en 2016. On n’arrête pas le progrès.

*Photo : capture écran TF1

Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Lire la suite