Que serait Jules sans Edmond (Goncourt) ? Qui se souviendrait de Averell Dalton s’il n’était flanqué de ses trois épouvantables frangins ? Des sœurs Brontë si elles n’avaient été que voisines ? L’appartenance à une fratrie extraordinaire suffit à en faire entrer chacun de ses membres dans la légende. Une légende qui, au XXe siècle, auréole en particulier les six filles de Lord Redesdale, les célèbres sœurs Mitford.

« Ma femme est normale, je suis normal et nos filles sont toutes plus folles les unes que les autres ! », déclarait leur père, un peu interloqué d’avoir mis au monde une telle progéniture. Nancy, l’aînée, s’inspire pourtant largement de son géniteur pour écrire les romans qui la rendront célèbre.
Pamela, la seconde, n’est célèbre que parce qu’elle fut la seule normale dans cette tribu d’extravagantes. Diana, la numéro trois, se tourne vers le côté obscur de la force en devenant la maîtresse de Mosley, le fondateur du parti fasciste anglais, qu’elle finira par épouser en Allemagne en présence d’Adolf Hitler en personne. Hitler sera d’ailleurs la grande passion de la sœur numéro quatre, Unity.
Après la fasciste chic et la nazie amoureuse, la gauchiste : Jessica, s’engage avec son compagnon, le neveu de Churchill, dans les Brigades internationales. Plus tard, ils s’installeront aux États-Unis, où elle deviendra l’égérie du Parti communiste. Quant à la dernière, Deborah, née en 1920, elle épousera Lord Cavendish et c’est elle qui, dans un volume de souvenirs délicieux, Duchesse à l’anglaise, vient mettre une dernière touche à la légende des sœurs Mitford.

Deborah Devonshire, Duchesse à l’anglaise, traduction J.-N. Liaut, Payot, décembre 2011.

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Frédéric Rouvillois
est né en 1964. Il est professeur de droit public à l’université Paris Descartes, où il enseigne le droit constitutionnel et s’intéresse tout particulièrement à l’histoire des idées et des mentalités. Après avoir travaillé sur l’utopie et l’idée de progrès (L’invention du progrès, CNRS éditions, 2010), il a publié une Histoire de la politesse (2006), une Histoire du snobisme (2008) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (élu par la rédaction du magazine Lire Meilleur livre d’histoire littéraire de l’année 2011).
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