Photo : Julien Lagarde

Dans la période que nous vivons, la question de la démocratie a pris un tour paradoxal : s’il existe un consensus quasi planétaire sur les principes démocratiques, le fonctionnement de la démocratie suscite une insatisfaction presque aussi universelle. Pour comprendre ce paradoxe, il faut remonter aux controverses provoquées par les thèses de Fukuyama au moment de l’effondrement du communisme en Europe. L’auteur de La Fin de l’Histoire pensait qu’en scellant la disparition de toute alternative globale à la démocratie libérale, la chute de l’Union soviétique ouvrait la voie à une universalisation progressive de celle-ci : de même que la Deuxième guerre mondiale avait délégitimé les idéologies explicitement fondées sur le refus de l’égalité des hommes, la fin de la Guerre froide discréditait la critique marxiste du « droit formel » et de la « démocratie bourgeoise ».
Cette thèse somme toute modérée semblait ruiner tout espoir de progrès en nous interdisant d’aspirer à un monde « autre ». Aussi a-t-elle été plutôt mal accueillie à gauche où beaucoup ont cru que le développement de divers mouvements « alternatifs » − à commencer par l’altermondialisation − suffisait à la démentir. Le débat opposait donc ceux pour qui la démocratie libérale constituait le véritable « horizon indépassable de notre temps » et ceux qui cherchaient à faire (re)vivre l’idée d’une alternative radicale. Vingt ans après, on ne peut pas dire que la thèse de Fukuyama ait vraiment été réfutée et, pourtant, nul ne croit plus au triomphe de la démocratie libérale qu’il avait annoncé.

Malaise dans la démocratie

La légitimité des principes démocratiques n’a jamais été aussi forte, comme le montre la quasi-disparition, y compris dans les courants extrémistes, de toute opposition ouverte à l’idée démocratique.

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