Madame Duflot ose tout. Invitée le 13 décembre par le duo Toussaint-Apathie, sur Franceinfo, elle s’est livrée à un exercice de communication, que seule la bienveillance de ses interlocuteurs lui aura permis de trouver réussi. Arrêtons-nous d’abord sur son apparence. Mme Duflot s’est fait connaître par le débit de ses paroles et le son de sa voix, proprement insupportables, et par des tenues « spectaculaires ». On se souvient de son arrivée au ministère  de l’Egalité des territoires et du logement, ainsi qu’au premier conseil des ministres sous le président François « normal » Hollande : elle portait un jean, qui lui avait valu de nombreuses railleries, et quelques encouragements. Les railleurs y voyaient la négligence recherchée d’une adolescente attardée (emploi qu’elle tenta d’abandonner, quand elle s’aperçut qu’il la desservait). Au contraire, Dominique Voynet, qui coule à présent des jours paisibles dans une sinécure républicaine, loin des naufrages et des plages mazoutées, nous laissait entendre que Cécile-la-rebelle ne suivrait jamais le code vestimentaire du patriarcat.

L’art de fleurir

Le 17 juillet 2012, elle provoquait ce qu’on appelle des « mouvements divers » dans les rangs de l’Assemblée nationale. Se présentant vêtue d’une robe à fleurs bleue et blanche bien propre à rendre visible la plus modeste des minorités, elle souleva une sorte de houle de rassemblement, mi-moqueuse mi-admirative, accompagnée de sifflets, où certains virent la preuve d’un machisme dominateur et sûr de lui. Christine Bard, « historienne et féministe », expliqua sans rire dans le magazine Les Inrocks les ressorts cachés de ce tapage, qu’elle jugea d’emblée « discriminatoire » : la robe de Cécile constituait une affirmation politique, une manière très crâne de se présenter à la vindicte de ses adversaires, d’exprimer « avec intelligence » ses idées de gauche… « C’est une jeune femme qui a une grande liberté vestimentaire, parfaitement conforme aux valeurs qu’elle défend. Elle affiche son étiquette politique. » Duflot, c’était la floraison de la gauche, le printemps de la prairie, un éblouissant contraste avec la grisaille sexuelle des hommes de droite. Mme Bard en appelait solennellement à « la liberté absolue des femmes à s’habiller comme elles le souhaitent. ».

Las ! Cécile Duflot est aujourd’hui bien éloignée de l’héroïne des frais pâturages et des garde-robes idéologiques. Sur le plateau de Franceinfo, elle parut élégamment vêtue d’une robe assez stricte, coiffée sagement, le nez chaussée de lunettes à montures presque sévères. Elle avait définitivement quitté la dépouille de la rebelle, pour un costume d’ « executive woman ». Nous attendons le décryptage de Christine Bard, avant de nous prononcer sur la réelle signification de la récente métamorphose de Cécile D.

« J’ai fait le choix d’une forme de retrait »

Fort aimable, Toussaint-Apathie la laissa développer son sage propos coloré de chlorophylle, à peine épicé par un appel à la compréhension des zadistes de Notre-Dame-des-Landes. Bref, elle offrait le visage d’une politicienne raisonnable. Puis Toussaint-Apathie risqua cette interrogation : « Envisagez-vous de participer à la prochaine campagne des élections européennes ? »

Cécile n’attendait que cela :

– « Écoutez, vous savez, j’ai fait le choix d’une forme de retrait […] Je n’ai pas de scénario [de retour à la vie politique]. »

Et Toussaint-Apathie, voulant en savoir plus :

« Vous n’avez plus de mandat, vous travaillez dans le privé ».

– « C’est ça. La politique a été intense pendant dix ans de ma vie ».

– « Vous n’avez pas le projet d’y revenir ? »

« Je ne suis pas partie, je n’ai plus exactement les mêmes responsabilités. […] Je ne vais pas vous mentir : on est aujourd’hui en 2017, je suis très loin de tout ça, mais comme il y a une recomposition du paysage politique, on est obligé de se poser des questions sur sa propre responsabilité. ».

Mme Duflot aurait donc volontairement choisi de se retirer…

Les électeurs ont choisi pour elle

Mme Duflot s’est présentée aux suffrages des militants d’EELV, dans le cadre des primaires et de la candidature verte à la présidentielle : ils ont préféré nettement ses deux concurrents. Pour tout dire, ils l’ont congédiée. Aux législatives, elle a subi une défaite cinglante : les électeurs ne lui ont pas seulement désigné la sortie, ils l’ont poussée dehors. Néanmoins, dans ses habits neufs de politicienne d’appareil qui voudrait qu’on la prît au sérieux, elle prétend qu’elle a « fait le choix d’une forme de retrait » ! On croirait entendre un vieux sénateur sous la IVe République !

L’inénarrable Cécile Duflot ne lit certainement pas Éléments. Pourtant, dans son numéro 158, cette excellente revue lui aurait fourni l’aliment d’une réflexion plus que salutaire. On y lit un entretien avec Isabelle Chazot, naguère directrice de la rédaction de 20 ans, publication savoureuse destinée aux filles acidulées, jolies et intelligentes. Parmi ses collaborateurs, principalement masculins (dont Alain Soral, qui n’était pas encore obsédé par les Juifs), certains connurent le succès (Simon Liberati, par exemple) ; en revanche, les rédactrices, pourtant fort douées, ne poursuivirent pas dans la voie du journalisme. Isabelle Chazot donne cette explication, magnifique : « [leur] talent et [leur] pugnacité idéologique étaient irréprochables, mais [elles] n’ont jamais souhaité faire carrière dans le culturo-mondain. C’est d’ailleurs un vrai mystère, ce déficit narcissique, timidité ou ennui, des femmes talentueuses. Réussir ne les intéresse pas. L’ambition sociale est souvent le fait des médiocres. On peut aussi inverser pour positiver : le projet de réussir dans ce monde-là, qui est devenu d’une laideur et d’une méchanceté ahurissantes, ne peut stimuler que les natures basses. Les filles sensibles ou révolutionnaires que j’ai croisées ont eu tendance à se tourner vers des métiers discrets ou vers les joies de l’intime. »

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