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Ce que la première bravade de Salah Abdeslam dit de nous

“Faut pas nous traiter comme des chiens” a affirmé le terroriste à l’ouverture de son procès

Ce que la première bravade de Salah Abdeslam dit de nous

Dès le premier jour du procès des attentats de novembre 2015, l’accusé le plus connu et le plus médiatisé, Salah Abdeslam, a été odieux. Qui en doutait ? Il allait évidemment profiter de cette tribune, puisqu’il n’a rien à craindre de nous : ce dont nous nous donnons le droit de le menacer ne lui fait manifestement pas peur.

Victimisation monstrueuse

Dès que la parole lui a été donnée, Abdelslam a commencé par la chahada, la profession de foi de la religion dont on voudrait pourtant nous faire croire qu’elle n’a « rien à voir » avec son idéologie, ni avec ses crimes. À la première occasion, il a réaffirmé qu’il est un serviteur de l’État Islamique. On se souviendra donc de ce que l’EI a fait à ses victimes, aux Yézidis et aux chrétiens massacrés, aux fillettes vendues comme esclaves sexuelles, aux combattants – et surtout aux combattantes – Kurdes ayant le malheur d’être capturés vivants, et on gardera soigneusement à l’esprit que c’est à ça, à l’une des plus abjectes abominations de l’histoire, que l’accusé est fier de faire allégeance.

Ce n’est pas un monstre, c’est pire : un être humain qui a choisi de renier tout ce qui fait la noblesse de l’homme et d’embrasser la monstruosité. Que l’évidente médiocrité de cet individu ne nous conduise pas à sous-estimer l’horreur qu’il sert.

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Profitant de l’intervention d’un avocat qui, sans surprise, a tenté la carte de la victimisation à laquelle notre société est devenue si sensible, voilà ce qu’il s’est permis de dire : « Faites attention aux gens. Écoutez, monsieur le président. On est des hommes, on a des droits. Faut pas nous traiter comme des chiens. » Propos surréalistes, qui ont provoqué une indignation légitime.

Mais à quoi nous attendions-nous ?

Terrorisme d’ambiance

Nous leur répétons en boucle qu’ils n’auront pas notre haine. 

Le président du tribunal lui-même a ouvert le procès en déclarant : « ce qui importe c’est le respect de la norme, avec le respect de chacun, à commencer par le respect des droits de la défense. » Abdeslam n’a rien dit d’autre, il a parfaitement compris notre message : notre priorité n’est pas de combattre nos ennemis, mais de les protéger – des « amalgames », de la « stigmatisation », de la « discrimination », de la vengeance, de la plus petite entorse au moindre détail formaliste du droit, ou de je ne sais quoi encore. 

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Sa déclaration n’est pas qu’une bravade ou un geignement hypocrite et moqueur, elle nous renvoie au visage tout ce qui a permis les attentats. Tout ce qui a conduit à ce qu’il y a seulement quelques jours un Tchétchène, adepte de l’EI et en contact avec des jihadistes, soit laissé libre alors qu’il était en train d’organiser un attentat contre Mila. Tout ce qui permet que continue à prospérer sur notre sol l’islamisme, qui ne se limite pas au terrorisme mais qui, quels que soient les moyens légaux ou illégaux qu’il choisit d’employer, est la volonté d’imposer l’islam comme norme, au double sens de « normal » et de « normatif ».

Le plus odieux, au fond, ce n’est pas l’arrogance d’Abdeslam. Ce sont tous ces choix collectifs que nous avons faits depuis des années, et qui ont rendu son arrogance non seulement possible, mais presque inévitable.

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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Disciple de Plutarque.

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