On respecte les blogueurs chez François Bayrou. Lorsque je suis arrivé légèrement en retard à la réunion publique organisée par le MoDem à Besançon, un membre de l’organisation m’a demandé si j’étais journaliste. Lui ayant répondu que je bloguais chez Causeur, il m’a conduit vers une place au premier rang. Ainsi confortablement installé parmi les huit-cents personnes venues assister au discours du député béarnais, cette impression qu’on me voulait du bien allait se poursuivre. Aussitôt son propos commencé, François Bayrou attaque bille en tête avec 1958 et le général de Gaulle dont il dira un peu plus tard qu’il est à l’origine de tous les grands projets sur lesquels la France vit encore, TGV, nucléaire, Ariane, Airbus. Son propos sur le « Produire en France » n’est pas non plus pour me déplaire. Quant à son long développement sur l’instruction – digne de Natacha Polony et Jean-Paul Brighelli – il me remplit d’aise. Du reste, je ne suis pas le seul. Ce passage est, de loin, le plus applaudi par la salle[1. A deux reprises, Bayrou, en forme de plaisanterie, fait état d’une « association pour le rétablissement du calcul mental et pour la mise en prison pour quelques jours de ceux qui l’ont supprimé » dont il serait le Président, trésorier et seul adhérent. Cela m’a rappelé un personnage d’un film -je ne sais plus lequel- joué par Claude Piéplu qui arrache une calculette des mains d’un autre et lui lance: « lâchez donc cette machine à fabriquer des ânes » Quelqu’un qui me rappelle Piéplu ne peut être foncièrement mauvais.]. Enfin, il fait quelques propositions pour moraliser la vie politique (limitation du cumul des mandats pour les sénateurs, interdiction pour les députés, reconnaissance du vote blanc) qui ne heurtent pas mes convictions, loin s’en faut, d’autant qu’elles feraient l’objet d’un référendum le jour du premier tour des élections législatives.

Pendant ce discours, l’héritier de Jean Lecanuet chérissant Jacques Delors ne nous chantera jamais son hymne à davantage d’intégration européenne. C’est à se demander si on ne lui a pas signalé que de dangereux souverainistes sont assis devant lui. Il me drague ou quoi ? On se réveille, l’ami ! Tu assistes à un meeting po-li-tique ! Le monsieur qui cause au micro, il parle bien, il te dit des choses que tu aimes mais il ne te dit pas tout…

Reprenons ! Les fameux programmes gaulliens des années 60, ils ont été financés comment, cher François Bayrou ? Par des avances de la Banque de France à un taux d’intérêt de 0%. Proposez-vous de procéder de même pour les projets de demain ? Pour cela, il faudrait s’affranchir des traités européens. Sur l’Europe, vous êtes devenu plutôt défensif, car vous avez compris que le peuple a tourné eurosceptique. Du reste, Pierre, un militant que j’interroge à la fin de la réunion, me confie appartenir aux 55 % de nonistes en 2005. Vous dites donc que l’Europe n’est pour rien dans les maux de la société française. Vous nous comparez avec l’Allemagne qui a les mêmes coûts salariaux et la même monnaie que nous mais qui accumule les excédents commerciaux. Certes ! Mais la monnaie en question est gérée pour et quasiment par l’Allemagne. Et que dire de vos références scandinaves ? Vous ne vous souvenez pas que Danemark, Suède et Norvège ne font pas partie de l’euro, ou vous prenez vos auditeurs pour de parfaits ignares ? Evoquons aussi l’exemple sud-coréen dont vous vous êtes fait le chantre. Ne s’agit-il pas d’un pays certes travailleur, innovant, mais aussi furieusement protectionniste ? Un pays de 50 millions d’habitants pourrait donc réussir dans la mondialisation à condition de ne pas être naïf dans ses relations commerciales avec le reste du monde ? Bigre ! Au moins, vous ne nous ferez plus le coup de la « France seule »… Revenons aussi à l’instruction, au fait que tant de gamins ne sachent ni lire ni écrire, que notre système éducatif ait autant périclité ces dernières années. La France ne le devrait qu’à elle-même et jamais à des éléments extérieurs ? Et la fameuse stratégie de Lisbonne, vous en avez entendu parler ? Le fait que notre pays ait appliqué bêtement ces standards internationaux complètement à rebours de sa tradition et de son modèle éducatif, cela n’a eu aucune influence ? Nous savons tous les deux que ce n’est évident pas le cas.

Je ne nie pas que François Bayrou possède manifestement les qualités pour faire un meilleur président que les deux candidats actuellement en tête des sondages. Seulement, il n’est pas exempt d’énormes contradictions. Pas facile d’apparaître durablement comme un candidat anti-système alors qu’on a accepté les mêmes traités que Nicolas Sarkozy et François Hollande ! Voilà pourquoi il ne sera sans doute pas président en mai prochain. Mais pour peu que le candidat socialiste soit vainqueur, il sera incontournable dans la recomposition de la future opposition.

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