Sous les lambris de l’hôtel de ville, les portraits du roi et de la reine prennent la poussière dans la semi-pénombre d’une arrière-salle. André Gantman explique cet exil symbolique avec le sourire : l’État fédéral belge n’a pas les faveurs de la majorité nationaliste qui gouverne Anvers depuis un an et demi. Tiré à quatre épingles, ce « juif libéral », présidant le groupe N-VA (Nouvelle Alliance flamande) au conseil communal, personnifie la mue du nationalisme flamand. Dans la rue musulmane, on fustige ces épousailles « contre-nature » entre la N-VA présidée par le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, et les 20 000 juifs que compte la ville. Hicham El-Mzairh, militant socialiste, ancien conseiller « diversité » auprès du précédent maire d’Anvers, ne mâche pas ses mots : « Un sentiment de peur mutuelle existe entre les deux communautés, alimenté par les extrêmes de chaque bord. Cela explique que l’électorat juif vote pour un parti [la N-VA] qui veut réhabiliter les Belges ayant collaboré pendant la Seconde Guerre mondiale. » Pas si simple : si certains attribuent le succès des nationalistes à leurs critiques de l’immigration musulmane, d’autres préfèrent croire que c’est leur populisme fiscal qui a conquis la Flandre.

Petit retour en arrière : en octobre 2012, Bart De Wever mettait fin à soixante-dix ans de socialisme municipal anversois en terrassant la majorité sortante ainsi que son rival flamingant Vlaams Belang, rétrogradé de 33 % à 10 % des suffrages. Habitué des provocations xénophobes, le leader du VB, Filip De Winter, a subi le même sort que son ami Jean-Marie Le Pen. Comme Nicolas Sarkozy en 2007, Bart De Wever a su siphonner l’extrême droite en maniant une rhétorique tant identitaire qu’économique[1. La même recette lui a permis de gagner les élections législatives de mai 2014 dans la partie flamande du pays, mais interdit tout gouvernement fédéral belge dirigé par la N-VA, Bart De Wever rêvant de rendre la Flandre indépendante.]. Ayant perdu 45 kilos avant le début de la campagne municipale, cet indépendantiste libéral voudrait bien mettre la Wallonie à la diète en réduisant les transferts d’argent public flamand dont elle bénéficie. En attendant, les Anversois n’ont sans doute pas plébiscité ce quadra fringant seulement pour ses promesses de bonne gestion des deniers publics. Pour Alain Grignard, délégué aux affaires islamiques au sein de la Sûreté fédérale belge, l’ascension de Bart De Wever ne tient pas non plus à ses proclamations indépendantistes : « Près de 90 % des électeurs de la N-VA s’opposent à l’indépendance de la Flandre. En revanche, empreint d’une identité culturelle très forte, le tissu social flamand se sent envahi par des corps étrangers. Les Anversois se sont donc prononcés sur les questions d’immigration que ce parti pose sans tabous. »

*Photo : Hannah.

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Daoud Boughezala
est directeur adjoint de la rédaction et rédacteur en chef de Causeur.
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