Deux migrants, fin janvier, se tenant devant un centre d'accueil de Cologne (Photo : SIPA.AP21847714_000007)

Une fois de plus, l’Allemagne étonne. Nul ne doute que les incidents qui ont émaillé la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne, quand des bandes de jeunes à moitié ivres d’origine étrangère s’en sont prises à des femmes sans défense, en combinant agressions sexuelles et vols, méritent d’être vigoureusement condamnés. Nul ne s’étonne de voir les autorités allemandes résolues à punir sévèrement les auteurs de ces exactions. Mais ce qui surprend est de voir l’Allemagne prête à basculer radicalement dans son attitude à l’égard des réfugiés, passant d’une ouverture sans égale de la part des autorités comme d’une grande partie de la population, ouverture contrastant avec l’attitude frileuse de maint pays européen, à une réaction de rejet. N’y a-t-il pas une disproportion entre l’événement, qui n’a impliqué qu’une infime minorité des réfugiés, et ses conséquences ?

Certes, les autorités ont hautement affirmé qu’il ne fallait pas stigmatiser les réfugiés, et les étrangers en général, à la lumière de ces événements. « C’est ce que font les charognards de l’extrême droite », a déclaré le ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Ralf Jäger. Mais, après un moment de flottement, parfois qualifié de « conspiration du silence » le fait que les agresseurs aient été des étrangers extra-européens, et pour une part des réfugiés, a été hautement mis en avant. Le même Ralf Jäger a souligné que les agressions de Cologne ont été commises « presque exclusivement » par des personnes « d’origine immigrée », notamment du Maghreb et d’autres pays arabes. De plus, au-delà des auteurs des faits délictueux, la législation concernant l’asile est mise en cause globalement. Il est prévu qu’un demandeur d’asile, même condamné à une simple peine de prison avec sursis verra sa demande rejetée alors qu’actuellement c’est seulement le cas des demandeurs d’asile condamnés à trois ans de prison ferme ou plus.

Ces réactions vont de pair avec le fait que l’opinion a été profondément ébranlée. Les événements ont multiplié les doutes sur la capacité du pays à intégrer le million de demandeurs d’asile venus en 2015.

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Philippe d'Iribarne
Directeur de recherche au CNRS. Dernier ouvrage "Islamophobie, intoxication idéologique", Albin Michel, 2019.
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