Kamel Daoud (Photo : SIPA.00697366_000007)

Un quarteron de féministes en mal de mâles ou d’idées intelligentes, de sociologues en dérive et délire et d’intellectuels auto-proclamés, donc de gauche, a fini par demander la peau de Kamel Daoud, coupable d’avoir dit la vérité sur les viols à la chaîne commis dans toute l’Europe (et pas seulement à Cologne pour la Saint-Sylvestre) par des migrants orientaux ou des immigrés nord-africains. Des vérités d’évidence, mais qui contreviennent à la règle de silence imposée aux médias et à l’opinion par la mauvaise conscience occidentale.

Je dis « demander la peau » parce que clouer au pilori, sous ce prétexte, un écrivain vivant en Algérie, c’est le vouer aux gémonies des extrémistes qui pullulent dans ce joli pays, y compris dans les sphères gouvernementales, où les fondamentalistes qui hier décapitaient des moines à Tibérine et leurs concitoyens un peu partout partagent le pouvoir et les revenus du pays avec les militaires qui ont confisqué le pouvoir depuis trente ans afin d’arrondir leurs fins de mois et leurs comptes en Suisse.

C’est d’autant plus infâme que les signataires de la tribune publiée par le Monde, en expiation de celle écrite par Kamel Daoud peu auparavant — comme si toutes les opinions se valaient et pouvaient se contrebalancer, une idée inscrite dans la loi Jospin de 1989 et dans le crâne des mauvais élèves — ne risquent rien, eux. Ils sont à l’abri en Occident — et même, ils donnent des gages aux tueurs qui sommeillent ici. Ils sont réfugiés derrière la muraille de leur bonne conscience. Sans doute apprécient-ils Jean-Louis Bianco et François Hollande, ces chantres infatigables de la laïcité aménagée, et ouverte. Au pire estiment-ils que ce n’était pas grave — « juste un doigt », hein…

Dès la mi-janvier, Elisabeth Lévy notait qu’à l’occasion des centaines de viols commis en Allemagne, en Suède (combien en France ?) ou en Egypte sur la personne de journalistes occidentales (et sur combien d’Egyptiennes non conformes ?), le « parti du déni » s’était surpassé. Que c’est en tentant de dissimuler la réalité que l’on nourrit les fantasmes — non en disant, comme Kamel Daoud, que la société algérienne est une société complètement malade de son hémisphère sud, si je puis dire, comme l’a souligné une longue et passionnante étude publiée dans le Monde diplomatique. Que « la répétition de mêmes scènes, de la place Tahrir au cœur de villes européennes, permet au moins de demander s’il n’y a pas un rapport entre ces déchainement pulsionnels et la vision que nombre d’hommes, dans les sociétés arabo-musulmanes, ont des femmes, et pire encore, des femmes infidèles. » Et que la politique d’Angela Merkel en a pris un vieux coup dans l’aile.

L’aveuglement des bonnes consciences

Tâchons d’être clair.

Toute personne qui impose aux femmes un vêtement — le voile, par exemple — ou une mutilation — excision ou infibulation, des pratiques fort répandues dans nombre de sociétés musulmanes, de l’Egypte au Nigeria et à l’Indonésie  — sous prétexte de les améliorer/camoufler/soustraire à la concupiscence, est un malade qu’il faut soigner par les moyens les plus énergiques. Ce n’est pas une question d’opinion : c’est un problème constitutionnel. Et toute personne appuyant ces malades doit être inculpée, très vite, de non-assistance à personne en danger.

Passons sur le fait que Kamel Daoud a dans son petit doigt plus de talent que tous ces signataires de la bonne conscience dans toute leur personne. Mais ce qu’il dit est vérité d’évidence : y voir le reflet de fantasmes coloniaux (ah, l’arabe violeur et le nègre cannibale — sans doute n’y avait-il pas, n’y a-t-il jamais eu de cannibales en Afrique) marque encore une fois le totalitarisme mou des démocraties moribondes, via l’expression politiquement correcte de la Lingua Quarti Imperii, comme dirait un Klemperer moderne, qui marque l’irruption du fascisme des larves dans notre République.

Parce que les lieux communs ne sont pas sous la plume de Kamel Daoud. Ils sont dans l’aveuglement des bonnes consciences, qui croient que tous les hommes se ressemblent et partagent les mêmes idéaux, alors que les préjugés plombent l’esprit critique de ces civilisations venues du chaud. N’y aurait-il plus de bon musulman qu’un musulman athée ?

Non que j’ignore que si la République ne reconnaît et ne subventionne aucun culte, elle est garante du droit de croire ce que l’on veut. Mais l’islam fondamentaliste n’est plus une religion : c’est une machine de guerre. Et le viol de masse est l’un des moyens de cette guerre. Comme il le fut de tous temps et partout, des Croisades aux guerres africaines d’aujourd’hui en passant par les Américains de la Seconde guerre mondiale — on évalue à deux millions le nombre d’Allemandes violées par l’Armée rouge, quelques dizaines de milliers pour les Gi’s et leurs alliés, Français compris. Le viol est le repos du guerrier. C’est la loi de la guerre, qui est l’espace de la non-loi.

Et justement, c’est bien d’une guerre qu’il s’agit, comme le disait si bienUmberto Eco — pas d’une question religieuse. C’est d’une armée qu’il s’agit — pas de « fidèles ». Et comme d’habitude les femmes paient le tribut le plus lourd et le plus immédiat. Qu’un homme — musulman de surcroît — ait le culot de le dire affole les bonnes consciences repues de ce côté de la Méditerranée — et doit à cette heure inciter à aiguiser les couteaux de l’autre côté. Quand ils l’auront tué, il se trouvera bien quelques belles âmes pour s’en émouvoir, nous prêcher quand même le « padamalgam » habituel et quelques autres qui penseront, comme pour Charlie, qu’il l’a « bien cherché ».

En attendant, Daoud s’est mis en semi-abstinence journalistique — il continuera ses chroniques au Point et c’est tout. Victoire des intégristes de la pensée molle et de la reddition annoncée. Qui ne voit que la peur de la récupération de Cologne par l’extrême droite sert en fait à cautionner cette autre extrême droite qu’est l’extrémisme religieux ? En vérité je le dis aux 19 imbéciles signataires de l’article du Monde qui croient que fustiger Kamel Daoud refourbira leur aura : dans un an et des poussières, quelques millions de Français voteront contre vos illusions — et vous balaieront. Et je ne pleurerai pas sur vos dépouilles. Comme vous diriez vous-mêmes : « Vous l’aurez bien cherché. »

PS : Jacques Julliard écrit des choses très justes sur l’affaire Daoud dans le dernier numéro de Marianne du 26 février, notant qu’« à la lâcheté ordinaire s’ajoute quelque chose qui s’apparente à la dénonciation. » Ben oui.

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Jean-Paul Brighelli
enseignant et essayiste français.Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.