Alors que l’extrême gauche cible BFMTV ou Anne-Claire Coudray de TF1, et que ses militants viennent devant CNews faire le siège, des journalistes avertis disent craindre que les interviews politiques ne se transforment en pugilat permanent à l’approche de la présidentielle sous l’impulsion des populistes. Dans son billet, Philippe Bilger invite plutôt les intervieweurs politiques à faire preuve d’une «empathie critique»…
Beaucoup considèrent que l’interview politique est « un sport de combat ». Une telle conception est un aveu de faiblesse et dégrade le journalisme. L’influence américaine pèse lourd dans cette tendance de nombreux médias à transformer l’entretien en empoignade, où la personnalité invitée compte moins que le journaliste lui-même, soucieux de montrer, le plus souvent, qu’il ne partage pas les convictions de celui ou de celle qu’il a pourtant sollicité. Pour constater cette dérive, parfois discrète ou maladroitement masquée, il n’était pas besoin de tomber dans la caricature offerte par France Info, où Sarah Knafo a été interrompue, selon elle, 73 fois en 24 minutes, au point qu’elle a saisi l’Arcom pour cette apparence d’entretien. Ce billet, qui propose de substituer au « sport de combat » une empathie critique dans les interviews politiques, suscitera sans doute de la désapprobation, tant les pratiques journalistiques, aggravées par le climat actuel et la proximité de la prochaine échéance présidentielle, semblent être aux antipodes d’une telle disposition. Pourtant, si l’on considère ce que devrait être le résultat escompté et bénéfique d’un entretien politique – et, au fond, de tout entretien, quel qu’en soit le genre –, il paraît évident, et éminemment professionnel, de faire preuve, au moins durant le temps de l’échange, d’une empathie qui n’est ni courtisanerie ni partialité ostensible. Il s’agit simplement d’accorder à la parole de l’autre une écoute bienveillante et exigeante, d’établir avec son interlocuteur un lien courtois et donc efficace, propice à un dialogue véritable. Efficace parce que ce sera la manière la plus appropriée de faire surgir, au plus profond de l’esprit et de la sincérité de l’invité, une vérité aussi authentique que possible, en sortant l’entretien de son registre habituel, trop souvent caractérisé par la pugnacité factice, parfois ridicule, du journaliste et, dans le meilleur des cas, par l’agacement dominé d’un invité qui aurait bien aimé pouvoir répondre aux questions sans être coupé.
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Cette empathie critique est non seulement une politesse humaine, une richesse intellectuelle et une qualité journalistique, mais elle a pour principal avantage de permettre la libération de la parole, de donner de la profondeur à l’échange et, par voie de conséquence, de faire de l’entretien un véritable exercice démocratique. Pourquoi se priver d’une pratique aussi simple à mettre en œuvre, et dont les bénéfices seraient si évidents ? Pourquoi ne pas relever, dans les entretiens politiques, le défi de cette empathie critique ?
Quelques rares journalistes l’ont déjà fait et continuent, chaque jour, d’en donner la preuve. De grâce, laissons les sports de combat là où ils doivent être et rester !
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