Timothy Miller, un homme de 76 ans, était convoqué au tribunal de Portsmouth pour répondre à l’accusation d’avoir dissimulé son visage lors d’une manifestation anti-immigration en septembre. Lors de l’audience, il s’est présenté de nouveau vêtu d’une burqa pour clamer son innocence…
De mémoire de magistrats britanniques, on n’avait jamais vu ça. Le 15 octobre, au tribunal de Portsmouth (sud de l’Angleterre), un prévenu s’est présenté à la barre revêtu… d’un niqab. Si Timothy Miller, 76 ans, a choisi ce jour-là d’arborer cette singulière tenue, c’est parce que c’est précisément celle qu’il portait quand, un mois plus tôt, il a été arrêté au milieu d’une manifestation antimigrant dans la même ville. Les forces de l’ordre avaient alors estimé qu’un tel accoutrement, qui consiste à se dissimuler intégralement le visage, est illégal puisqu’il est de nature à empêcher l’identification policière de son propriétaire. À l’audience, Miller a soulevé son voile pour confirmer son nom, son adresse et sa date de naissance. Puis il a déclaré avoir vécu au Maroc et « étudié » l’islam, avant d’expliquer que son costume lui apporte une « meilleure compréhension » du monde musulman. Visiblement gêné, le juge a reporté le procès au 16 février. Derrière cette provocation un rien puérile se cache en effet une vraie question politique : contrairement à la France, le Royaume-Uni autorise les femmes, au titre du respect de la liberté religieuse, à porter le niqab. Un principe confirmé par le Human Rights Act de 1998, et encore proclamé en juin 2025 par le Premier ministre travailliste Keir Starmer en réponse à la députée Sarah Pochin, du parti Reform UK, qui venait de demander au Parlement d’interdire le voile intégral. Pochin n’est pas la première élue à porter un regard « à la française » sur ce vêtement. En 2018, Boris Johnson a comparé les musulmanes qui portent le voile intégral à des « boîtes aux lettres ». Plusieurs de ses collègues conservateurs, dont le président du parti, Brandon Lewis, lui ont alors demandé de s’excuser et une enquête interne a même été diligentée contre lui. Pour se défendre de toute accusation d’islamophobie, Johnson a alors plaidé le droit à la satire. Innocenté mais échaudé, il n’a pas tenté, lors de son passage à Downing Street, de faire interdire le niqab.




