La France termine 38e sur 38 dans l’International Tax Competitiveness Index 2026 de la Tax Foundation, avec 45,7 points sur 100. Elle est également dernière pour la fiscalité des entreprises. Ce classement ne mesure ni la qualité des services publics ni le niveau de vie : il juge la compétitivité et la neutralité des systèmes fiscaux. Mais au moment où le pays cherche encore de nouvelles recettes pour réduire son déficit, le résultat pose une question simple : jusqu’où peut-on augmenter les prélèvements sans affaiblir la base économique censée les financer ?
Competitivité fiscale : la France 38e sur 38, derrière la Colombie et l’Italie
Il existe des classements dont on peut discuter la méthodologie pendant des heures. Celui-ci mérite au moins d’être regardé, ne serait-ce que parce que la France ne termine pas simplement dans le dernier tiers : elle est dernière. Dans l’édition 2026 de l’International Tax Competitiveness Index, la Tax Foundation lui attribue 45,7 points sur 100 et la classe 38e sur les 38 pays de l’OCDE étudiés. La Colombie est 37e, l’Italie 36e et l’Espagne 35e. À l’autre bout du tableau, l’Estonie reste première.
La mauvaise place française n’est pas nouvelle. La France était déjà 38e en 2025 et son score est pratiquement inchangé. Sur la période 2014-2026, sa meilleure position n’a jamais dépassé la 36e place. Autrement dit, le problème relevé par l’indice n’est pas un accident provoqué par une mesure fiscale ponctuelle : il décrit une faiblesse structurelle du système.
La fiscalité des entreprises, point noir absolu
Le détail est encore plus sévère. La France est 38e pour la fiscalité des entreprises, 33e pour la fiscalité individuelle, 31e pour les taxes sur la consommation et 32e pour la fiscalité du patrimoine. Elle sauve seulement les apparences sur les règles fiscales transfrontalières, où elle occupe la 13e place grâce notamment à son vaste réseau de conventions fiscales.
La Tax Foundation pointe en particulier un taux supérieur d’imposition des entreprises de 36,1 % lorsqu’on intègre les différentes surtaxes, qu’elle présente comme le plus élevé de l’OCDE. Elle critique également les impôts de production et plusieurs prélèvements sur le patrimoine, les transactions financières, les successions ou l’immobilier, considérés comme particulièrement distorsifs pour l’investissement.
Competitivité fiscale : 47 % de prélèvements sur le travail, un vrai enjeu pour la France
L’autre chiffre spectaculaire concerne le travail. L’indice évalue à 47 % le poids combiné des prélèvements sur le travail en France, parmi les niveaux les plus élevés de l’OCDE. Ce constat rejoint d’ailleurs, avec une méthodologie différente, celui de l’OCDE elle-même. Dans son rapport 2026 consacré à la croissance et à la compétitivité françaises, l’organisation recommande de réduire la complexité du système et sa dépendance à la taxation du travail, estimant qu’elle peut décourager l’emploi et peser sur la productivité.
L’OCDE rappelle également que le ratio impôts/PIB français atteignait 43,8 % en 2023, soit environ dix points de plus que la moyenne de l’organisation. Elle ne préconise pas pour autant une baisse immédiate et générale des prélèvements : compte tenu de l’état des finances publiques, elle estime la marge de manœuvre limitée à court terme et recommande plutôt d’élargir certaines assiettes, de supprimer des niches inefficaces et de rééquilibrer progressivement le système.
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Un classement libéral, mais un problème difficile à balayer
Il faut évidemment dire ce que mesure ce classement et qui le produit. La Tax Foundation est un think tank américain favorable à des systèmes fiscaux simples, neutres et favorables à l’investissement. Son indice récompense donc les pays dont la fiscalité correspond à cette philosophie. Être 38e ne signifie pas que la France serait le 38e pays de l’OCDE pour la qualité de ses services publics, son niveau de vie, sa protection sociale ou même ses performances économiques.
Mais cette réserve ne suffit pas à faire disparaître le sujet. Le classement ne dit pas seulement que la France prélève beaucoup. Il affirme surtout qu’elle prélève d’une manière qui pénalise particulièrement l’investissement, le travail et certaines décisions économiques. Et sur ce point, le diagnostic rejoint une partie des critiques formulées par l’OCDE, qui insiste elle aussi sur la complexité, le poids des prélèvements sur le travail et les distorsions créées par certaines taxes.
Toujours chercher une taxe de plus, le problème de la competitivité fiscale en France
C’est ce qui rend le résultat politiquement explosif. Depuis des mois, le débat budgétaire français ressemble à un inventaire de nouvelles recettes possibles : hauts revenus, grandes entreprises, patrimoine, rachats d’actions, consommation, petits colis, produits jugés mauvais pour la santé ou l’environnement. Chaque prélèvement peut avoir sa justification propre. Leur accumulation finit néanmoins par produire un système dont personne ne semble plus réellement maîtriser l’architecture.
La France doit réduire un déficit public considérable et ne peut pas simplement supprimer des dizaines de milliards d’impôts du jour au lendemain. Mais l’autre solution — ajouter continuellement des taxes à un système déjà parmi les plus lourds et les plus complexes — possède elle aussi ses limites. À force de chercher des recettes sur chaque activité, on peut finir par réduire l’activité sur laquelle les recettes sont prélevées.
Le classement de la Tax Foundation est donc moins intéressant comme palmarès que comme avertissement. La France n’est pas dernière parce qu’elle aurait oublié de créer suffisamment d’impôts. Elle l’est précisément alors qu’elle dispose déjà de l’un des systèmes fiscaux les plus développés du monde. La question n’est plus de savoir quelle taxe inventer, mais enfin lesquelles simplifier, déplacer ou supprimer pour que l’impôt finance l’État sans décourager ce qui le finance !
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