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Présidentielle : Attal veut une primaire, Philippe refuse… le centre peut-il s’éliminer tout seul ?


Présidentielle : Attal veut une primaire, Philippe refuse… le centre peut-il s’éliminer tout seul ?
Former prime minister, Edouard Philippe and President of Ensemble Pour la Republique parliamentary group Gabriel Attal attend during a meeting of French centrist Renaissance party, at the Cite du Cinema, in Saint-Denis, north of Paris, on April 6, 2025. Â' Stephane Lemouton/SIPA //LEMOUTONSTEPHANE_250624A046/Credit:Stephane Lemouton/SIPA/2510091352

Gabriel Attal assure ce lundi qu’une «primaire des démocrates» est devenue «inéluctable». Vingt-quatre heures plus tôt, Édouard Philippe expliquait exactement le contraire et annonçait qu’il n’y participerait pas. La querelle pourrait sembler tactique si le bloc central n’était pas en train de décrocher dans les sondages. Dans la dernière enquête Ipsos BVA, Marine Le Pen arrive largement en tête et Jean-Luc Mélenchon se qualifie pour le second tour dans toutes les hypothèses testées.


Gabriel Attal et Édouard Philippe sont au moins d’accord sur une chose : ils veulent être candidats à l’élection présidentielle. Pour le reste, la conversation devient compliquée. Dimanche soir sur TF1, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron a balayé l’idée d’une primaire de la droite et du centre. « Je ne crois pas que cette primaire aura lieu », a-t-il expliqué, la qualifiant de primaire « de la division et de la confusion ». Ce lundi matin, son ancien collègue de Matignon lui a répondu qu’elle aurait lieu de toute façon : « Je crois que c’est inéluctable. »

Il y aurait quelque chose d’assez classique dans ce duel si les sondages ne rendaient pas la situation urgente. Le bloc central n’est plus en position de choisir tranquillement son champion. Dans l’enquête Ipsos BVA-CESI réalisée les 21 et 22 octobre pour Le Parisien, Marine Le Pen obtient entre 32 % et 33,5 % des intentions de vote. Jean-Luc Mélenchon est à 17 % dans toutes les configurations testées et accède au second tour à chaque fois.

Philippe à 15 %, Attal à 9,5 %

Édouard Philippe, longtemps présenté comme le mieux placé pour reprendre l’électorat macroniste, n’atteint plus que 15 % lorsqu’il est seul candidat du bloc central. C’est quatre points de moins qu’en septembre et, surtout, deux points derrière Mélenchon. Gabriel Attal fait encore moins bien : testé seul pour représenter le centre, il tombe à 9,5 %, en recul de 4,5 points. S’ils sont tous les deux candidats, Attal descend jusqu’à 4 %.

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Ces chiffres ne prédisent évidemment pas le résultat du scrutin qui aura lieu dans six mois. Ils expliquent en revanche pourquoi Attal insiste autant. Pour lui, l’équation est brutale : si le centre part dispersé, il risque de ne même pas participer au second tour. Une primaire permettrait de désigner un candidat unique, d’éviter la concurrence fratricide et, accessoirement, de rebattre les cartes entre celui que les sondages donnent aujourd’hui devant et celui qui contrôle l’appareil Renaissance.

Philippe n’a aucun intérêt à jouer le jeu d’Attal

Vu depuis Le Havre, le raisonnement est évidemment différent. Pourquoi Édouard Philippe, qui reste devant Attal dans toutes les enquêtes, accepterait-il de remettre sa candidature en jeu dans une primaire dont les règles, le corps électoral et même le périmètre restent à définir ? Le maire du Havre a déjà annoncé sa candidature et construit sa campagne depuis des mois. Entrer dans une compétition voulue par Renaissance reviendrait à reconnaître qu’il appartient encore à un bloc dont il cherche précisément à s’émanciper.

Attal parle d’une « grande primaire des démocrates » pouvant aller de Renaissance à une partie de la droite. Aurore Bergé souhaite y associer le MoDem, Horizons, l’UDI, le Parti radical, Les Républicains ou encore Nouvelle Énergie de David Lisnard. Sur le papier, l’affiche est impressionnante. Dans la réalité, plusieurs de ces formations ont leurs propres candidats, leurs propres intérêts et parfois peu d’envie de se ranger derrière l’ancien parti présidentiel.

Pendant ce temps, Le Pen et Mélenchon regardent

Le risque pour le centre est que la discussion sur la méthode finisse par devenir le sujet lui-même. Marine Le Pen n’a, à ce stade, aucun problème de concurrence comparable dans son camp et reste au-dessus de 30 %. Jean-Luc Mélenchon, lui, a gagné deux points dans l’enquête Ipsos BVA et profite de la crise sociale pour s’installer à la deuxième place. Raphaël Glucksmann progresse également, avec 13 à 15,5 % selon les hypothèses.

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La fragmentation devient donc dangereuse pour tout le monde sauf les deux candidats qui dominent actuellement. Philippe refuse une primaire parce qu’il se considère comme le mieux placé. Attal la réclame parce qu’il considère qu’aucun candidat du centre ne peut gagner seul. Les deux raisonnements se tiennent. Mis ensemble, ils peuvent produire exactement le résultat qu’ils veulent éviter.

Il reste six mois avant le premier tour et une campagne présidentielle peut bouleverser les rapports de force. Mais le bloc central découvre une situation à laquelle le macronisme l’avait peu habitué : il ne s’agit plus de savoir qui héritera naturellement du vote utile. Il faut d’abord éviter que ce vote utile ne se porte ailleurs.



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