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Immigration: Édouard Philippe promet de diviser les entrées par deux, mais ses calculs tiennent-ils vraiment?


Immigration: Édouard Philippe promet de diviser les entrées par deux, mais ses calculs tiennent-ils vraiment?
Edouard Philippe, leader of the right-wing Horizons party and a candidate in France’s 2027 presidential election, attends the Paris Motor Show in Parc des expositions porte de Versailles , Paris, France, on October 14, 2026.//ACCORSINIJEANNE_EPAUTO.0075/Credit:Jeanne Accorsini/SIPA/2610141658

Édouard Philippe veut faire de l’immigration l’un des marqueurs de sa campagne présidentielle : diviser par deux les entrées, suspendre le regroupement familial pendant cinq ans, instaurer des quotas économiques, contrôler davantage les étudiants étrangers et revoir le droit d’asile. Le programme est spectaculaire. Mais une analyse chiffrée publiée par Marc Vanguard pointe une difficulté simple : avec 377 000 premiers titres de séjour délivrés en 2025, les catégories que Philippe veut préserver représentent déjà une grande partie de l’objectif qu’il prétend atteindre.


Édouard Philippe a choisi un chiffre facile à retenir : diviser l’immigration par deux. L’ancien Premier ministre, désormais candidat déclaré à l’Élysée, assume un virage beaucoup plus ferme sur un sujet qui structure déjà la campagne de 2027. Son site présente désormais la réduction de moitié de l’immigration comme un « objectif clair » et détaille plusieurs mesures : suspension du regroupement familial pendant tout le quinquennat, quotas pour l’immigration économique, contrôle accru des étudiants étrangers, liste élargie de pays sûrs pour l’asile, fin de « l’asile à vie » et dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968.

Lors de L’Heure de vérité sur France 2, Philippe a expliqué vouloir revenir à un niveau de délivrance de titres largement inférieur à 200 000 par an, comparable selon lui à celui qui existait avant 2010. Il précise toutefois que la France continuera à avoir besoin de dizaines de milliers de travailleurs étrangers et ne propose pas de supprimer l’immigration étudiante.

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377 462 premiers titres en 2025

Les chiffres officiels permettent de mesurer l’ampleur de la promesse. Selon la Direction générale des étrangers en France, 377 462 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025 aux ressortissants de pays tiers. Les étudiants représentent 116 835 titres, soit 31 % du total. Les motifs familiaux en représentent 90 959, les motifs humanitaires 88 001, les motifs économiques 50 848 et les autres motifs 30 819.

Une division stricte par deux conduirait donc à environ 189 000 premiers titres annuels. C’est ici que commence la difficulté soulevée par Marc Vanguard dans une longue réponse publiée sur X. Son calcul n’est pas un document officiel ni une projection économétrique : c’est une critique politique du programme de Philippe. Mais il s’appuie pour l’essentiel sur les données publiques du ministère de l’Intérieur et met le doigt sur une vraie contrainte arithmétique.

Le calcul de Marc Vanguard

Vanguard part des 117 000 titres étudiants et des 51 000 titres économiques délivrés en 2025. Si Édouard Philippe veut maintenir globalement l’immigration étudiante et l’immigration de travail, ces deux catégories représentent à elles seules environ 168 000 titres. Il ne resterait donc qu’une vingtaine de milliers de places pour toutes les admissions familiales, humanitaires et diverses si l’objectif de 189 000 devait être respecté.

Deuxième point : suspendre le « regroupement familial » ne revient pas à supprimer les quelque 91 000 premiers titres accordés pour motif familial. Cette catégorie est beaucoup plus large. Elle comprend notamment les familles de Français, les liens personnels et familiaux et d’autres situations qui ne relèvent pas du regroupement familial au sens strict. Le ministère comptabilise par exemple plus de 40 000 premiers titres accordés en 2025 à des membres de familles de Français.

Troisième difficulté : l’humanitaire. Les premiers titres correspondants ont bondi à 88 001 en 2025, notamment en raison de la hausse des protections subsidiaires et des statuts de réfugiés. Philippe veut durcir l’instruction de l’asile et établir chaque année une liste de pays sûrs, mais il ne propose évidemment pas la suppression pure et simple du droit d’asile.

Même avec des hypothèses très sévères, Vanguard arrive à 270 000

Pour tester la promesse, Marc Vanguard construit volontairement un scénario très favorable à Philippe. Il maintient les étudiants et les travailleurs autour de 168 000 titres, suppose la disparition complète du regroupement familial et une baisse de 30 % du reste des titres familiaux, imagine une diminution extrêmement forte de 70 % des titres humanitaires et retranche encore 30 % aux motifs divers.

Même dans ce scénario, il aboutit à environ 270 000 premiers titres par an : 168 000 pour études et travail, 54 000 pour la famille, 26 000 pour l’humanitaire et 22 000 pour les autres motifs. Autrement dit, encore très loin des 189 000 correspondant à une division par deux du niveau de 2025.

Le raisonnement peut être discuté. Philippe ne s’est pas engagé à maintenir exactement au niveau actuel l’ensemble des étudiants étrangers ou tous les titres économiques. Son programme prévoit au contraire de renforcer les conditions financières imposées aux étudiants extra-européens et d’utiliser des quotas pour choisir davantage l’immigration de travail. De même, une réforme de l’asile peut modifier le nombre de protections accordées sans supprimer le droit d’asile. Le calcul de Vanguard n’est donc pas une démonstration mathématique de l’impossibilité du programme.

Le vrai problème : où couper ?

Il révèle néanmoins la question à laquelle Édouard Philippe devra répondre s’il veut transformer son slogan en politique publique. Pour atteindre 189 000 titres, il ne suffit probablement pas de suspendre le regroupement familial. Il faut décider quelles autres catégories diminueront et dans quelles proportions.

Réduire fortement les étudiants étrangers aurait des conséquences pour les universités et grandes écoles, dont certaines cherchent au contraire à attirer davantage de talents internationaux. Réduire l’immigration économique suppose de concilier le discours de fermeté avec les besoins de secteurs en pénurie de main-d’œuvre. Réduire massivement l’asile se heurte à des obligations juridiques nationales, européennes et internationales. Quant à l’immigration familiale, elle comprend des droits liés aux citoyens français eux-mêmes et ne peut être traitée comme un bloc unique.

Philippe a le mérite d’avoir fixé un objectif quantifié, ce qui permet précisément de le confronter aux chiffres. Mais ce chiffre devient aussi une contrainte politique. Dire « moins 50 % » est simple ; expliquer où disparaîtront près de 190 000 admissions l’est beaucoup moins.

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Une ligne plus dure, mais encore incomplète

Le durcissement est en tout cas incontestable. Dénonciation de l’accord de 1968 avec l’Algérie, suspension du regroupement familial, quotas, contrôle des ressources des étudiants, expulsion des étrangers délinquants : le programme d’Édouard Philippe se situe très loin du discours migratoire du premier macronisme dont il fut pourtant le Premier ministre.

Reste à savoir si cette fermeté affichée est compatible avec la mécanique administrative qu’elle prétend transformer. Le post de Marc Vanguard a le mérite de ramener le débat à une question beaucoup moins spectaculaire que les slogans de campagne : si l’on conserve une immigration de travail importante, des étudiants étrangers, le droit d’asile et une partie substantielle de l’immigration familiale, comment passe-t-on réellement de 377 000 à moins de 190 000 premiers titres ?

Pour l’instant, le candidat a présenté les leviers. Il lui reste à montrer l’addition.

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