L’électorat MAGA pensait avoir voté pour un président soucieux du quotidien des Américains, mais ils ont obtenu un président embourbé dans une guerre à l’étranger comme George W. Bush ou Barack Obama à leurs époques. Sur le plan macroéconomique, son bilan n’est pourtant pas à jeter. L’analyse de Sean Scull et Augustin Bataille, spécialistes des États-Unis et auteurs de l’étude « Midterms 2026 : les clés du scrutin«
Cela fait maintenant plusieurs mois que Donald Trump est en difficulté dans les sondages aux Etats-Unis avec un taux d’approbation qui ne dépasse pas les 40% depuis mars 2026. Si sa situation ne semble toujours pas s’améliorer à la veille des midterms, cette réalité ne permet pas de comprendre les ressorts de cette impopularité. Pour concevoir le mécontentement des Américains il faut saisir la nature de sa dynamique, c’est-à-dire, comment Trump, candidat antisystème en 2016, en est venu à incarner aujourd’hui un système critiqué par une partie des Américains dont sa propre base MAGA.
Le déclin progressif d’une posture antisystème
L’opposition au système incarne le moteur du trumpisme originel de 2016, qui aura galvanisé les foules avec des slogans comme drain the swamp ou fake news media. C’était l’année de la victoire d’un candidat hors système dont la politique n’était pas la profession mais aussi celle du triomphe d’une Amérique oubliée. C’est le profil atypique de businessman couplé à un message politique antisystème qui a permis à Trump de mobiliser l’électorat ouvrier blanc qui ne votait plus. Le mouvement MAGA est né : critique de la mondialisation néolibérale, critique des guerres à l’étranger, opposition au politiquement correct et promesse d’une seconde révolution conservatrice incarnent le cœur idéologique du mouvement. L’engouement pour Donald Trump était tel, qu’une partie de ses soutiens sont même allés jusqu’à contester les résultats de l’élection de Joe Biden en attaquant le Capitole, l’épicentre de la politique américaine, le 6 janvier 2021.

Or, depuis 2025, la ligne antisystème est un alibi qui perd de sa valeur. L’élection de 2024 aura été marquée par une coalition républicaine historiquement diversifiée : Hispaniques, jeunes, ouvriers, Afro-Américains et grands patrons de la Silicon Valley ont convergé dans un dégagisme démocrate en raison du mandat de Joe Biden, jugé désastreux. Trump et le mouvement MAGA représentaient l’espoir d’une nouvelle élite soucieuse de l’intérêt général qui allait permettre à l’Amérique de retrouver sa grandeur. Ces espoirs se sont évaporés lorsque Trump brise la sacrosainte promesse de ne plus mener de forever wars en attaquant l’Iran le 28 février 2026. L’électorat MAGA pensait avoir voté pour un président soucieux du quotidien des Américains, mais ils ont obtenu un président embourbé dans une guerre à l’étranger comme George W. Bush ou Barack Obama à leurs époques.
Donald Trump : de la volonté d’assainir le marécage à sa personnification
Le sentiment qui règne aujourd’hui dans une partie de l’Amérique est celui d’une élite MAGA qui accapare le pouvoir au détriment des Américains. Trump est paradoxalement accusé d’incarner le système qu’il dénonce depuis 2016 en donnant l’image de se soucier de son propre héritage. Son second mandat a été marqué par un investissement autour de projets visant à immortaliser sa propre personne comme la construction d’un arc de triomphe à Washington DC ou la construction d’une nouvelle salle de bal à la Maison Blanche. S’ajoutent à cela les nombreuses accusations de corruption au sein de l’administration présidentielle, dont l’ambassadrice des Etats-Unis en Grèce, Kimberly Guilfoyle, est le dernier exemple en date. Enfin, la gestion de l’affaire Epstein aura aliéné une partie de sa base qui n’a pas compris pourquoi l’administration présidentielle a publié seulement la moitié des dossiers, en plus caviardés et après des semaines de pression de l’opinion publique ainsi que de l’opposition politique. Cette affaire aura achevé l’idée que la seconde administration Trump incarne une nouvelle élite : 43 % des électeurs ont désormais davantage tendance à considérer les républicains que les démocrates (33%) comme « élitistes ».
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La déception du second mandat de Trump est surtout liée au bilan économique ressenti comme négatif et qu’on lui impute. La réalité est toutefois plus nuancée, le Golden Age of America tarde à se concrétiser car l’économie américaine fonctionne à deux vitesses. Sur le plan macroéconomique le pays se porte bien comme en témoigne une progression de 37% de la bourse depuis la réélection de Donald Trump en 2024. C’est sur le plan de l’économie réelle que les effets des réformes économiques de Trump tardent à se faire ressentir: coût de la vie, une inflation de 3, 7% en septembre, explosion du prix à la pompe avec une moyenne nationale de 4,3 dollars le gallon en octobre et une dette fédérale qui a dépassé le seuil record des 40 000 milliards de dollars en août dernier. Ainsi, l’électeur américain pose un constat sévère : le bilan économique de Donald Trump ressemble plutôt à celui de Joe Biden en fin de mandat qu’à la promesse d’un retour à l’âge d’or.
Une logique antisystème instrumentalisée par les démocrates
Face à la déception de sa politique, Trump fait face à une coalition qui se fracture, une partie de sa base l’accuse de s’être détourné du projet MAGA : refus de publier la totalité des dossiers Epstein, coût de la vie élevé, l’explosion de la dette, la guerre en Iran et construction de datacenters sont les raisons pour lesquelles des soutiens de longue date et des piliers du mouvement MAGA, dont Tucker Carlson, Joe Kent, Thomas Massie ou Marjorie Taylor Greene se détournent du 47ème président des Etats-Unis. En clair ils l’accusent d’avoir abandonné sa ligne antisystème en n’étant pas assez MAGA, tant et si bien que Trump 2016 aurait sans doute fait campagne contre Trump 2026.
Les démocrates tentent de capitaliser sur le mécontentement, en adoptant à leur tour une logique antisystème. Ils s’efforcent d’établir un lien entre la corruption de l’administration Trump et le coût élevé de la vie afin de donner l’image d’une élite MAGA déconnectée de la réalité des citoyens. Fait inédit, les démocrates viennent de renverser la tendance dans les sondages sur l’économie pour la première fois depuis près d’une décennie. Selon un sondage Reuters/Ipsos d’août 2026, 37 % des électeurs inscrits estiment que les démocrates gèrent mieux l’économie, contre 36 % pour les républicains. Mais tout reste à construire pour le Parti démocrate, car la dynamique en leur faveur s’explique davantage par anti-trumpisme et non par une adhésion aux Dems, dont la population américaine peine toujours à comprendre le projet idéologique entre une ligne d’extrême gauche et un centre désabusé face au phénomène Trump qui domine la politique nationale depuis 2016.
Si la dynamique anti-trumpiste suffit à mettre en difficulté le Parti républicain pendant les midterms, le modèle prédictif du Millénaire donne aux démocrates 78,1% de chances reconquérir la Chambre des représentants mais seulement 39,8% le Sénat. En revanche, rien n’indique que les démocrates seront capables de bâtir une coalition solide pour espérer récupérer la Maison Blanche en 2028. Le Parti démocrate est toujours incapable de proposer un projet idéologique cohérent en capacité de rivaliser avec le mouvement MAGA. Mais la plus grande victoire de Trump est peut-être justement là : les démocrates se cherchent eux aussi leur Trump, leur champion capable de déjouer les pièges du système.
Sean Scull, chargé d’études États-Unis du Millénaire, co-auteur des rapports « Midterms 2026 : les clés du scrutin », Sénat 2026 : course par course et « Gouverneurs 2026 : État par État » et de Le Populisme, symptôme d’une crise de la démocratie, comment le néolibéralisme a triomphé en France et en Suède, L’Harmattan (2024).
Augustin Bataille, analyste du Millénaire et co-auteur des rapports « Midterms 2026 : les clés du scrutin », Sénat 2026 : course par course et « Gouverneurs 2026 : État par État ».




