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Fast fashion : la Chine avait menacé la France de représailles, les cosmétiques en subissent déjà les conséquences


Fast fashion : la Chine avait menacé la France de représailles, les cosmétiques en subissent déjà les conséquences
Illustration de produits cosmetiques Yves Saint Laurent exposes a la vente a l'aeroport de Paris Orly Sud.//BENAYACHEADIL_sipa.01249/Credit:ADIL BENAYACHE/SIPA/2404021309

Jusqu’à 15 % des produits de certains fabricants français de cosmétiques seraient actuellement bloqués dans les douanes chinoises. Pour Marc-Antoine Jamet, président de Cosmetic Valley, le lien avec les mesures françaises contre l’ultra-fast fashion et les petits colis est direct. Pékin avait prévenu dès juillet qu’il prendrait des « contre-mesures » si les intérêts de ses entreprises étaient lésés.


La menace était jusqu’ici restée diplomatique. Elle commence à avoir des conséquences très concrètes pour les entreprises françaises. Plusieurs fabricants de cosmétiques rencontrent actuellement des difficultés pour faire entrer leurs produits en Chine, avec des retards de livraison et d’enregistrement qui toucheraient déjà une part importante de leurs exportations. Selon Marc-Antoine Jamet, président de Cosmetic Valley, certains adhérents de l’organisation professionnelle estiment qu’environ 15 % de leurs produits sont actuellement bloqués dans les douanes chinoises.

Le secteur concerné n’est pourtant ni celui du textile, ni celui du commerce électronique. Marc-Antoine Jamet établit néanmoins un lien direct avec les mesures prises contre les plateformes chinoises. « La taxe sur les petits colis et la pénalité française sur l’ultra fast fashion ont très directement provoqué ces retards de livraison et d’enregistrement », a-t-il déclaré. L’information est d’autant plus sensible que la Chine représente le deuxième marché des cosmétiques français, avec 1,8 milliard d’euros d’exportations l’an dernier, sur un total de 22,4 milliards pour la filière.

Pékin avait prévenu Paris

Il est difficile de ne pas rapprocher ces difficultés des avertissements adressés depuis plusieurs mois par Pékin à la France. Le ministère chinois du Commerce avait accusé en juillet la loi française contre l’ultra-fast fashion d’imposer des restrictions « discriminatoires » aux plateformes chinoises de commerce électronique transfrontalier. Pékin avait surtout averti qu’il prendrait les « contre-mesures nécessaires » si les intérêts légitimes des entreprises chinoises étaient affectés.

Paris avait rejeté ces accusations et défendu un dispositif présenté comme environnemental et destiné à encadrer les pratiques de l’ultra-fast fashion. Mais le problème n’est désormais plus seulement théorique. Les plateformes chinoises sont visées par les mesures françaises et des entreprises françaises rencontrent à leur tour des difficultés en Chine.

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Il faut toutefois conserver une nuance importante. À ce stade, Pékin n’a pas officiellement présenté les ralentissements douaniers touchant les cosmétiques comme une mesure de rétorsion. L’administration chinoise des douanes n’avait pas répondu à la demande de commentaire de Reuters. C’est Marc-Antoine Jamet, représentant de la filière française, qui établit publiquement le lien entre les mesures françaises et les retards constatés.

Les cosmétiques beaucoup plus exposés que la fast fashion

Le rapport de force est d’autant plus délicat que les intérêts français en Chine dépassent largement le secteur textile. La France exporte relativement peu de vêtements vers le marché chinois, tandis que les parfums et les cosmétiques y ont construit des positions considérables. Les seules exportations françaises de cosmétiques vers la Chine ont représenté 1,8 milliard d’euros l’an dernier, soit une part significative des 22,4 milliards d’euros d’exportations du secteur.

La filière se retrouve de surcroît prise entre plusieurs fronts commerciaux. Reuters souligne qu’elle subit parallèlement la pression des droits de douane instaurés par les États-Unis. Des entreprises françaises fortement exportatrices se retrouvent donc exposées à la fois au durcissement américain et aux tensions commerciales croissantes avec Pékin.

C’est précisément le risque que soulevait la controverse autour de la loi française. Le gouvernement présente le dispositif comme un moyen de corriger les effets environnementaux et économiques de l’ultra-fast fashion. Pékin considère au contraire que la France utilise ces critères pour instaurer un traitement commercial discriminatoire visant en pratique les acteurs chinois.

Le sujet dépasse désormais le débat sur la fast fashion. Une mesure conçue pour renchérir les vêtements vendus par certaines plateformes chinoises pourrait avoir pour première conséquence commerciale visible de compliquer l’accès au marché chinois de produits fabriqués par des entreprises françaises. Et pas n’importe lesquels : les cosmétiques font partie des secteurs où la France conserve une forte capacité exportatrice et un savoir-faire mondialement reconnu.

Pour l’instant, il s’agit de retards douaniers, pas d’une interdiction d’importation. Mais le chiffre avancé par Cosmetic Valley — environ 15 % des produits de certains adhérents bloqués — donne une première mesure du risque. Surtout, il intervient quelques mois après que Pékin a publiquement averti Paris qu’il prendrait des contre-mesures si la loi française portait atteinte aux entreprises chinoises. La bataille française contre l’ultra-fast fashion pourrait ainsi commencer à se payer très loin des rayons de vêtements.



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