Tesla a dévoilé son nouveau Roadster, capable de quitter le sol grâce à des technologies développées avec SpaceX. L’image est spectaculaire et permet à Elon Musk de renouer avec son personnage de visionnaire. Mais derrière la démonstration, la « voiture volante » est surtout une vitrine technologique dont l’intérêt pour l’automobiliste ordinaire reste très limité.
Une Tesla lancée sur une rampe, qui se retrouve la tête en bas avant de quitter le sol, de pivoter dans les airs et de retomber sur ses roues. Pour présenter son nouveau Roadster au Texas, Elon Musk n’a pas vraiment choisi la sobriété, informe Reuters. Une seconde démonstration a montré le véhicule bondissant au-dessus d’une rangée de Tesla grâce à des propulseurs intégrés. « Eh bien, ça a marché », s’est contenté de commenter le patron de Tesla après la première figure.
Les images ont évidemment fait le tour des réseaux sociaux. En France, L’ThinkTank a notamment relayé la séquence sur X. Il faut toutefois s’entendre sur les mots. Le Roadster n’est pas une voiture volante au sens d’un véhicule destiné à décoller de Paris pour atterrir à Lyon. Tesla a greffé à une voiture électrique des technologies venues de SpaceX qui lui permettent de réaliser des sauts et des manœuvres aériennes pendant une durée limitée. La version la plus radicale n’est d’ailleurs pas destinée, en l’état, à devenir une voiture ordinaire de grande diffusion.
Un peu Tesla, beaucoup SpaceX
La prouesse technique reste impressionnante, souligne Euronews. Le Roadster utilise sous son châssis un système capable de produire un appui considérable, auquel s’ajoutent des technologies empruntées à SpaceX pour propulser et contrôler le véhicule lorsqu’il quitte le sol. Les performances annoncées sont à l’avenant : la version la plus radicale vise une accélération de 0 à 60 miles par heure, soit 96 km/h, en moins d’une seconde.
Mais cette technologie n’annonce probablement pas une invasion prochaine de voitures capables de sauter au-dessus des embouteillages. Les principes employés sont connus des ingénieurs. Volkswagen, Ferrari ou les grands groupes français disposent évidemment de compétences leur permettant d’explorer des dispositifs comparables s’ils décidaient d’y consacrer suffisamment de moyens. La vraie difficulté n’est pas seulement de faire décoller momentanément une voiture. Elle consiste à transformer la démonstration en un véhicule sûr, homologable, industrialisable et surtout suffisamment abordable pour avoir un intérêt commercial.
Et c’est précisément là que la « voiture volante » de Musk change de nature. Pour l’automobiliste classique, ajouter des propulseurs et des systèmes complexes à une voiture électrique afin de lui permettre de réaliser des figures aériennes n’a guère de sens économique. Le Roadster sert surtout de voiture-vitrine : un objet spectaculaire destiné à montrer ce dont Tesla et les ingénieurs liés à SpaceX sont capables.
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Tesla doit de nouveau faire rêver
C’est sans doute le contexte dans lequel cette présentation prend tout son sens. Tesla n’est plus l’entreprise qui régnait presque seule sur l’imaginaire de la voiture électrique. Les constructeurs historiques ont massivement investi le secteur et les groupes chinois sont devenus des concurrents redoutables. Même dans le très haut de gamme électrique, plusieurs marques occupent désormais un terrain que Tesla pouvait autrefois présenter comme presque exclusivement sien.
La concurrence chinoise est particulièrement importante. Tesla doit désormais affronter des groupes capables de proposer rapidement de nouveaux modèles électriques, souvent moins chers, très équipés et produits à grande échelle. Dans cette bataille, le Roadster remplit une fonction que son volume de ventes ne permettra probablement jamais de remplir : faire reparler de Tesla comme de l’entreprise qui invente le futur.
La collaboration avec SpaceX renforce encore cette image. Là où Volkswagen, Ferrari, Renault ou Peugeot vendent d’abord des automobiles, Elon Musk peut mettre en scène une continuité entre fusées, robots, intelligence artificielle et voitures électriques. C’est précisément son avantage médiatique : une technologie qui serait probablement une coûteuse expérimentation chez un constructeur classique devient, chez Musk, un nouvel épisode de la conquête du futur.
Le patron de Tesla maîtrise ce registre depuis longtemps. En 2018, il avait envoyé dans l’espace son premier Roadster à bord d’une fusée Falcon Heavy. Huit ans plus tard, il effectue presque le mouvement inverse en installant une technologie issue de ses fusées dans une Tesla. L’utilité commerciale immédiate est discutable. L’efficacité médiatique l’est beaucoup moins.
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Sympa, mais pas demain sur nos routes
Il reste enfin quelques obstacles assez sérieux avant de voir ce type d’engin devant un supermarché. Sécurité, homologation, coût, poids et intérêt pratique limitent fortement les perspectives d’une diffusion massive. Une démonstration réussie ne signifie pas qu’un véhicule puisse être produit à des centaines de milliers d’exemplaires, assuré, entretenu et utilisé quotidiennement par des automobilistes ordinaires.
Ce qui a été présenté au Texas doit donc être regardé pour ce qu’il est : une démonstration d’ingénierie spectaculaire et probablement reproductible, sous une forme ou une autre, par d’autres grands constructeurs disposant des compétences et des budgets nécessaires. Mais pas nécessairement une révolution automobile. Pour l’automobiliste classique, le rapport entre le coût, la complexité et l’utilité de cette technologie est difficile à défendre.
Pour Elon Musk, en revanche, l’investissement peut déjà être rentable autrement. Les images d’une Tesla dans les airs permettent à la marque de reprendre momentanément l’initiative dans une industrie électrique devenue beaucoup plus concurrentielle. La voiture volante n’est peut-être pas l’avenir de l’automobile. Elle reste une assez bonne manière de rappeler qu’Elon Musk entend toujours incarner le futur.
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