Léon XIV pourrait réveiller la France catholique, estime notre chroniqueur
Les Français oubliés vont-ils écrire la nouvelle histoire ? Ils sont les dépositaires d’une possible révolution[1]. Le réveil de la France catholique en offrira, dès vendredi, une illustration. Dès 10 heures, toutes les églises de France sonneront durant sept minutes pour saluer l’arrivée de Léon XIV. Les cloches parisiennes battront à nouveau à l’unisson à 17 heures, tandis que le pape entamera un parcours en papamobile dans les rues de la capitale. 80 000 jeunes sont attendus en soirée au Stade de France. Y sera exposée la tunique d’Argenteuil, ce vêtement rudimentaire et taché de sang que le Christ aurait porté durant son calvaire, avant sa crucifixion. La relique, offerte à Charlemagne, avait été confiée par l’empereur et roi des Francs au monastère d’Argenteuil, dont sa fille était l’abbesse. La tunique a été préservée jusqu’à nos jours, grâce à la transmission intacte d’un héritage millénaire. Samedi après-midi, une messe gigantesque sera célébrée place de la Concorde, sur les Champs-Élysées et dans les rues alentour. 600 000 fidèles se sont inscrits pour l’événement, qui restera ouvert à tous les autres.
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Instinct de survie
À l’évidence aucun homme politique, n’ayant pour horizon que le « pouvoir d’achat », ne peut prétendre à un tel engouement populaire. Cette ferveur s’exerce autour d’une autorité spirituelle économe de ses mots et de sa communication. Cette mobilisation de masse est celle d’un peuple que les fossoyeurs de la civilisation occidentale disent en voie de disparition. Or sa renaissance confirme la pérennité, enfouie au plus profond des mémoires, de l’instinct de survie de ceux qui ne veulent pas interrompre un destin collectif. Mardi, Emmanuel Macron a fait savoir qu’il ne participerait à aucune messe. On l’imagine soucieux d’éviter des controverses sur la laïcité de la République, à un moment où l’islam conquérant exige sa place et sa visibilité. Cependant, le chef de l’État choisit de montrer, dans sa distance, une incompréhension face aux quêtes immatérielles d’un peuple discret, attaché à ses racines chrétiennes et à une élévation spirituelle dégagée du matérialisme abrutissant. Ce besoin d’au-delà donne une force qui échappe aux bonimenteurs de bien-être immédiat.
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Psychologie des foules
Mardi, dans Le Figaro, le cardinal François Bustillo, évêque d’Ajaccio, a eu cette réflexion prémonitoire : « Jean-Paul II a réveillé l’Est ; Léon XIV pourrait réveiller l’Ouest. » Apparait, de fait, les limites d’un système vermoulu, technocratique et sans affect. Il ne produit aucun idéal et méprise, au nom du rejet des enracinés, les aspirations immatérielles d’une partie de la France silencieuse. Gustave Le Bon[2] disait des foules qu’elles « n’ont de puissance que pour détruire ». Il voyait la barbarie chez elles. Ici rien n’est plus faux. C’est au cœur des foules réactives, sorties de leur amnésie par la conscience de leur fragilité, que se lit l’épuisement d’un régime vidé de son humanisme pour s’être volontairement coupé de sa sève existentielle. Le miracle est que cette âme soit demeurée intacte. La puissance du renouveau se lira aux caricatures que les catholiques auront encore à supporter. Mais elles sont devenues inopérantes.
[1] De l’auteur, La Révolution des oubliés, Fayard 2026
[2] Psychologie des foules, 1895




