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La droite française n’aime pas les dissidents…

Le billet politique de Philippe Bilger


La droite française n’aime pas les dissidents…
Le magistrat et essayiste français Philippe Bilger © l'Archipel

Dans la bataille politique, culturelle et médiatique engagée en vue de 2027, il est à craindre que la droite ne tolère finalement pas plus que la gauche les véritables dissidents. Et préfère se complaire dans un monolithisme idéologique rassurant. Philippe Bilger dénonce ici les décalages entre des postures et la réalité.


La venue en France de ce pape d’exception, Léon XIV, m’orientait vers un billet où le contraste éclatant entre une forme d’éternité et notre périlleuse contingence nationale aurait constitué le fond de mon propos. Puis j’ai lu, dans le JDNews, sous une magnifique couverture consacrée à Sarah Knafo, dans la rubrique « Les Gens », l’inlassable promotion de Philippe de Villiers, qui publiera Résurrection chez Fayard le 7 octobre. Après nous avoir déprimés avec Mémoricide et Populicide, il a donc décidé de nous revigorer.

Il veut ressusciter la « France éternelle ». Pour lui, « l’heure du sursaut » a sonné : il s’agit de « lever une cohorte de dissidents, une minorité restauratrice ». Rien de très neuf dans ses convictions et ses injonctions habituelles. Mais il n’empêche que cette « cohorte de dissidents » m’a alerté. D’abord, à supposer que la « France éternelle » ait jamais eu une existence tangible plutôt que symbolique, pourquoi faudrait-il la ressusciter ? Elle n’est pas morte. On peut la considérer comme étouffée sous mille entraves et déguisements qui la masquent, mais il s’agirait alors – tâche immense ! – de la délivrer de ce qui dissimule en partie son identité. On a le droit aussi de souligner que l’éternité selon Philippe de Villiers n’est pas forcément la nôtre, en tout cas pas intégralement…

C’est surtout cet appel aux « dissidents » qui interpelle. Comme si la droite conservatrice, souverainiste aussi, aspirait vraiment à les voir « se lever en cohorte », alors que tout démontre, sur les plans politique et médiatique, qu’elle ne les aime guère et supporte encore moins qu’on conteste son bloc homogène, monomaniaque et étouffant.

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La triste dérive de la droite d’aujourd’hui est précisément qu’elle ne raffole que des « dissidents » bien dans le moule : apparemment contestataires, mais en réalité parfaitement intégrés à un modèle dominant devenu aussi monolithique que celui de l’extrême gauche et d’une part de la gauche. Sur les plateaux de télévision, il est presque douloureux, intellectuellement, d’écouter des journalistes clairement de droite, comme enfermés chacun dans leur prison, incapables d’entendre leurs contradicteurs et montrant d’emblée les crocs pour ne pas risquer, si peu que ce soit, d’être influencés par autrui. Ils se confortent les uns les autres dans une sorte de concert où personne ne paraît gêné d’ânonner ce que l’autre vient de dire, persuadés d’avoir raison parce que la droite au nom de laquelle ils s’expriment serait, elle, responsable.

De grâce, alors, qu’on ne prétende pas, avec Philippe de Villiers, éprouver une quelconque fraternité pour les « dissidents », puisque le rêve de la classe médiatique, quelle que soit sa tonalité, est de n’avoir affaire qu’à une pensée unique, aisément gérable par les animateurs. J’évoquais plus haut « une part de la gauche ». Il existe en effet quelques personnalités dont l’honnêteté foncière se révèle plus forte que l’idéologie, fût-elle socialiste. Jérôme Guedj, par exemple, est assez libre pour dénoncer la manière dont Philippe Brun a été traité.

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Si nous étions véritablement conscients de la nécessité d’un authentique pluralisme dans notre espace démocratique, nous accepterions, en dépit de nos convictions partisanes, de considérer d’étranges dissidences.

Jean-Luc Mélenchon a réussi le tour de force d’être le dissident le plus officiel du monde. Bruno Retailleau est un radical qui n’oublie jamais qu’il n’est pas tout seul. Marine Le Pen n’est plus du tout dans ce registre. Il ne suffit pas de puiser à droite puis, pour autre chose, à gauche pour troubler le jeu politique traditionnel. En revanche, Nicolas Dupont-Aignan, qui va se représenter pour la quatrième fois, incarne à sa manière une forme de dissidence, par sa constance sans espoir et son argumentation répétitive, indignée, jamais lasse. Personne ne l’admettra, mais le véritable dissident est Éric Zemmour, bien davantage que Philippe de Villiers, dont il est l’ami mais qui peut, lui, monologuer en majesté sans être contredit. Zemmour, au contraire, dérange. La haine qu’il suscite, sa radicalité intellectuelle, cette volonté de pousser jusqu’au bout un raisonnement implacable et provocateur, mais sans la violence d’un Mélenchon, sa capacité à défendre un argumentaire qui choque même lorsqu’il relève du bon sens, son refus de complaire aux journalistes qui l’interrogent, sa profonde solitude dans le monde partisan malgré Reconquête! : tout fait de lui l’exemple unique d’une authentique dissidence. Avec, lorsque l’amitié s’en mêle, cette élégance de laisser l’autre libre de ses choix. La droite n’aime pas les dissidents : ils risqueraient de déranger son confort intellectuel.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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