Nous faisions de la musique depuis deux jours dans le petit studio-cuisine. La veille, ils m’avaient montré ce qui allait devenir « Marcia Baïla ».
Laurent Sinclair de Taxi Girl était reparti vers minuit, Daniel Darc n’était jamais arrivé et il avait fallu appeler les pompiers : Jean Neplin se déchirait le torse au cran d’arrêt. Histoire d’attirer l’attention.
C’était parfaitement réussi. Il y avait du sang sur les draps du lit que j’avais partagé avec Catherine à l’invitation de Fred. Et pas qu’un peu ! Du sang, du sang mélangé à une bouteille de parfum explosée. Habit Rouge.
Au matin, Cat était partie. Elle avait un gangbang. Un tournage porno.
Je restais avec Fred. Deux guitares. En fouillant dans les songbooks, on choisit les Beatles. On passe la journée à apprendre « Girl » et « Help ». De Lennon, comme on sait.
À 18 heures, Cat revient, l’air enjoué : — Hé les garçons ! Vous savez qui est mort ? John Lennon ! Assassiné.
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Devant nos airs défaits et choqués, elle lance : — Mais c’est si grave ?
Un de nous deux lâche : — Tu te rends pas compte ! Et on a passé la journée à jouer… du Lennon. C’est terrible, terrible ! — Ah bon ?
Et la comédienne prend un air de tragédie et se met à pleurer. De chaudes larmes. Et puis, soudain, elle chante, entre Callas géniale et Nina Hagen. Un coffre à casser les vitres : « John, mon ami, mon héros ! On t’aimait tant. » — Arrête ! On dirait la Castafiore.
C’était Fred. — C’est mauvais alors, on la garde pas ? — Mais tu te fous de Lennon! Ça rime à rien. — Vous avez raison les garçons. Bon, on achète de la drogue ou je fais du riz ?
Rue de Crimée, à côté de chez eux, le dealer paki de brown sugar pointait aux abonnés absents. Et nous n’avions plus de seringues. La pharmacie de Nation, seule à en fournir, était loin.
Par contre… son riz était célèbre dans le petit milieu du rock parisien.
Tous les acteurs de cette scène sont morts. Sauf un.
Ceci dit, comme disait Gainsbourg, je ne me sens pas très bien. Un peu seul, surtout.
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