Condamnée hier en appel à un an de détention sous bracelet électronique dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN, Marine Le Pen a annoncé au journal télévisé de 20 heures son intention de se pourvoir en cassation, qu’elle sera candidate à l’élection présidentielle et qu’elle proposera aux électeurs un «ticket gagnant»: elle à l’Élysée, Jordan Bardella à Matignon. «Le pourvoi en cassation suspend les effets de l’arrêt, je ferai donc campagne sans bracelet électronique», a déclaré la prétendante à la magistrature suprême qui se rend ce matin dans la Sarthe pour lancer sa campagne.
Dans le procès de Marine Le Pen, dont le verdict d’appel vient d’être rendu, trois éléments, trois degrés de lecture, peuvent retenir l’attention de l’opinion publique.
Le premier porte sur le fond de l’affaire : sans grande surprise, comme en première instance, la justice a conclu que le système mis en place durant onze ans par sa formation politique constituait bien une violation du droit et un détournement de l’argent public. Elle a reconnu dans ce montage le rôle central de Marine Le Pen. Quelques heures après l’annonce de la décision, Marine Le Pen a toutefois continué de protester de son innocence sur le plateau du JT de TF1 et a annoncé son pourvoi en cassation. Tous les recours ne sont donc pas encore purgés dans cette affaire, qui pourrait encore connaître quelques rebondissements judiciaires.
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Le second enjeu était de savoir si la peine dont allait écoper Marine Le Pen pouvait l’empêcher de se présenter à l’élection présidentielle. Les juges allaient-ils se substituer au peuple ? La démocratie ou la Justice ? Le dilemme était de taille, et la polémique toute prête… C’est un écueil politique et philosophique que la cour d’appel a fort précautionneusement contourné en condamnant Marine Le Pen à trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet, et quarante-cinq mois d’inéligibilité, dont quinze fermes. Cette décision prouve que les magistrats, plus prudents en cela que les parlementaires qui ont, eux, fait de l’inéligibilité une peine automatique, ont fait le choix de ne pas s’inscrire en confrontation avec le champ démocratique et de préserver autant que possible intact le processus électoral en cours. Cette volonté s’est aussi manifestée dans le sort réservé au maire de Perpignan, Louis Aliot : condamné à une peine d’inéligibilité avec sursis, celui-ci pourra conserver son mandat que viennent de lui renouveler, il y a trois mois à peine, ses électeurs. La présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale, deux fois finaliste déçue de la présidentielle, pourra donc, sur le papier, aligner une quatrième candidature à la magistrature suprême…

Reste le troisième point : la question « morale ». Peut-on être candidat quand on vient d’être condamné dans une affaire de cette nature ?
À bien y regarder, nombre d’électeurs, toutes tendances confondues, ne s’encombrent pas de ce genre de scrupules : même s’il ne s’agit pas de candidats à la présidence de la République, l’histoire politique récente prouve que rien n’empêche un condamné de gagner ou de conserver la confiance des électeurs. Par ailleurs, et de façon plus spécifique, il n’est pas certain que l’électorat mariniste soit sensible à une condamnation de sa candidate « anti-système » par les « juges du système »… Au-delà de l’arithmétique électorale et des probabilités de succès, la chose n’a rien de moralement choquant, bien au contraire : une personne condamnée purge la peine à laquelle elle est condamnée, et après… et après, elle a purgé sa peine et mérite de ne pas y être sans cesse ramenée. C’est un principe essentiel de notre société et il est bon qu’il soit respecté.
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Sauf que… Sauf que Marine Le Pen n’est pas n’importe quelle candidate. Elle n’incarne pas n’importe quel courant dans la vie politique française. Le Rassemblement national, et avant lui le Front national, ont construit une part non négligeable de leur discours sur la dénonciation du « tous pourris », sur l’idée d’incarner une politique « mains propres et tête haute »… Il y a peu encore, le parti promettait en cas d’élection d’instaurer « l’inéligibilité à vie des élus condamnés ».
Finalement, Marine Le Pen, qui n’a eu de cesse de « dédiaboliser » le parti en le normalisant, poursuit et parachève avec cette condamnation-candidature cette œuvre : au RN aussi, comme chez les autres, on peut être condamné et candidat !
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