Deux millions de personnes se sont inscrites pour obtenir des billets pour le concert de Céline Dion à la Défense Arena. Élisabeth Lévy en fait-elle partie ? Depuis quelques jours, les médias en font des tonnes sur le grand retour sur scène de la chanteuse.
Si j’entends encore une note de Céline Dion, je vais commettre un meurtre. La guerre fait rage au Moyen-Orient, le prix de l’essence flambe, le côte-à-côte menace de virer au face-à-face en France, mais depuis lundi, de tous les plateaux, tous les studios, toutes les rédactions monte la même clameur : Céline revient ! Chez nous, à Paris ! Alléluia ! Les médias se mettent quasiment en édition spéciale, les généraux à la retraite y cédant la place aux spécialistes de la chanteuse québécoise. On blablate sur le fameux site de prévente qui, si vous êtes tiré au sort, vous permettra peut-être de vous faire délester d’un demi-SMIC pour acheter des places. Les politiques sont sommés de prendre position, eux aussi. « Est-ce que la patronne de la CGT aime Céline Dion, elle aussi ? » demandent Agathe Lambret et Paul Larrouturou sur Franceinfo. « Vous aimez bien Céline Dion ? » demande Léa Salamé à l’ancien Premier ministre Édouard Philippe pendant le journal de 20h. Oui, il est bien fan de Céline Dion ! « Vous attendez évidemment comme tout le monde la tournée de Céline Dion… » avance Benjamin Duhamel face à son invitée, la ministre de la Culture Catherine Pégard, sur France Inter. Un montage cocasse a été proposé par Quotidien — ce sont les seuls qui osent encore ironiser.
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Même la patronne de la CGT, la pas toujours commode Sophie Binet, n’a pas osé envoyer bouler les journalistes. Laurent Wauquiez, interrompu en pleine interview pour commenter la grande nouvelle en direct sur LCI, proclame qu’il est un énorme fan. Jeanne d’Arc ou Marie Curie reviendraient sur terre qu’elles ne seraient pas accueillies avec autant de fébrilité et de déférence…
« Vous ne respectez rien ! » me reprochera-t-on. Arrêtez de déconner : c’est une grande artiste. Certes, et je ne doute pas qu’elle procure de la joie à tous ses fans. C’est très respectable. Sauf que depuis lundi, on ne parle pas que de musique — mais aussi, et surtout, de gros sous. On s’enthousiasme pour tout ce marketing hollywoodien. On égrène les chiffres ronflants. Ce n’est pas tant la voix de la Québécoise qui impressionne, mais le milliard et demi d’euros qu’elle va, paraît-il, nous rapporter. On comptera les bouses à la fin du marché. Ce come-back parisien est une bonne nouvelle — mais pas un événement planétaire. Mardi soir, la tour Eiffel s’est illuminée. Comme après le 7 octobre ou le début de la guerre en Ukraine: cherchez l’erreur. « Paris, je suis prête ! » lisait-on. Il y a quelques années, elle était pavoisée aux couleurs du PSG pour célébrer l’achat de Neymar par le club de foot. Je ne sais pas combien Céline Dion a payé exactement pour cette pub géante, mais c’est un peu triste de voir notre vieille dame de fer transformée en homme-sandwich. Désolée de casser l’ambiance, mais il y a quelque chose d’indécent dans ce culte de la personnalité. Je me demande si ça valait le coup de briser les idoles. Peut-être avons-nous les divinités que nous méritons.
Cette chronique a été diffusée sur Sud radio ce matin
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