Accueil Monde Terrorisme: le 22 mars 2016 belge, miroir du 13 novembre français

Terrorisme: le 22 mars 2016 belge, miroir du 13 novembre français

Alain Destexhe joue cartes sur table


Terrorisme: le 22 mars 2016 belge, miroir du 13 novembre français
Image de vidéosurveillance des trois personnes responsables des attentats à l'aéroport de Zaventem. Les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles sont trois attentats-suicide à la bombe : deux à l'aéroport de Bruxelles à Zaventem et le troisième à Bruxelles, dans une rame du métro à la station Maelbeek, dans le quartier européen. Le bilan définitif fait état de 38 morts et 340 blessés. DR.

Dix ans après l’attentat le plus meurtrier du royaume, la Belgique reste une plaque tournante de l’islamisme européen, observe Alain Destexhe dans sa chronique hebdomadaire.


Le 22 mars 2016 fut le 13 novembre 2015 des Belges. Ce jour-là, l’État islamique frappait au cœur de l’Europe: 32 morts et plus de 300 blessés dans des attentats suicides à l’aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek, à deux pas des institutions européennes.

Des auteurs Belgo-Marocains

Les auteurs de ce carnage étaient des Belgo‑Marocains de seconde génération: Ibrahim El Bakraoui, Khalid El Bakraoui et Najim Laachraoui. Ils avaient grandi dans les quartiers nord de Bruxelles – Molenbeek, Schaerbeek, Anderlecht – ces zones où l’État belge avait laissé prospérer l’islamisme pendant deux décennies, au nom du multiculturalisme et du « vivre ensemble ». Ceux qui osaient dénoncer l’échec de ce modèle étaient taxés de xénophobie ou de racisme, marginalisés dans les médias et au sein des partis politiques.

Des retours de Syrie grâce à Angela Merkel

Radicalisés, certains de ces jeunes avaient rejoint l’État islamique en Syrie et en Irak. Ils étaient revenus en Europe dans le flot du chaos migratoire de 2015, protégés par le nombre et hors des radars policiers. Ce réseau avait déjà commis les attentats de Paris en novembre 2015. La chancelière allemande, en ouvrant unilatéralement les portes de l’Europe, porte une responsabilité écrasante dans ces tragédies. Mais elle n’était pas seule: intellectuels et responsables politiques de tous bords avaient nié ou minimisé la possibilité que des terroristes se mêlent aux migrants. En France, seule Marine Le Pen avait osé alerter – et fut immédiatement diabolisée par le système médiatique.

Le scandale (oublié) d’Oussama Atar

L’un des cerveaux des attentats s’appelait Oussama Atar, un Belgo‑Marocain lui aussi. Parti en Irak soi‑disant pour faire de l’humanitaire, il avait été arrêté par les forces américaines et condamné à dix ans de prison. En Belgique, un comité de soutien – incluant des parlementaires socialistes, écologistes et sociaux-chrétiens, ainsi qu’Amnesty International – s’était mobilisé pour obtenir sa libération.

A lire aussi, Jean Messiha: Merah, quatorze ans après: l’impuissance érigée en politique

Le ministère belge des Affaires étrangères avait joué un rôle déterminant dans ces démarches, avec des engagements de suivi par les services belges après sa libération. Mais, à son retour en Belgique en septembre 2012, Atar obtint  — on se sait trop comment — un passeport, partit en Tunisie, puis rejoignit l’État islamique où il fut une des têtes pensantes des attentats de Paris et de Bruxelles.

Plusieurs partis, de la majorité comme de l’opposition, étant impliqués dans ce dossier, il n’a jamais été question d’une enquête parlementaire trop poussée. Pourtant, il s’agit de l’un des plus grands scandales politiques belges des dernières décennies.

L’islamisme est infiltré au sein de l’État belge

Dans le comité de soutien figurait Jamal Ikazban, député bruxellois PS à l’époque, qui avait publiquement traité le spécialiste du terrorisme Claude Moniquet d’« ordure sioniste » et fait le signe de ralliement des Frères musulmans. Soupçonné d’appartenir à ces réseaux, Ikazban a pourtant été promu récemment, en février 2026, président du groupe socialiste au Parlement bruxellois. Il succède à Ahmed Laaouej, autre figure forte du PS bruxellois, devenu le numéro 2 du gouvernement bruxellois. L’homme politique a mené les dernières campagnes électorales autour de thèmes destinés à l’électorat musulman: port du voile, abattage rituel et Gaza, un sujet omniprésent.

Dix ans après, la Belgique commémore en grande pompe les attentats du 22 mars, accompagnée des habituelles belles paroles de circonstance. Certes, des attaques de grande ampleur comme celles de 2015‑2016 semblent moins probables.

Cependant, en 2023, deux supporters suédois ont été assassinés en pleine rue à Bruxelles par un terroriste se revendiquant de l’État islamique. Et le 9 mars de cette année, une bombe a explosé devant la synagogue de Liège.

L’entrisme politique dans un Etat faible

L’islamisme s’est adapté, prenant la forme pernicieuse et « pacifique » de l’entrisme des Frères musulmans dans le but de subvertir les institutions belges et européennes. Ils ont infiltré les partis de gauche, des ONG belges et européennes et l’Université libre de Bruxelles (ULB), devenue un foyer de palestinisme et d’antisémitisme.

L’État belge, morcelé, sans véritable hiérarchie entre les niveaux de pouvoir (communes, régions, communautés linguistiques, pouvoir fédéral) est mal armé pour répondre à cette menace insidieuse. La Belgique reste la plaque tournante de l’islamisme européen. Les Frères musulmans y ont identifié un maillon faible. Bruxelles pourrait bientôt compter une majorité de musulmans, tout en abritant les institutions européennes qui fixent de plus en plus les règles en matière de liberté d’expression, un point central pour la mouvance frériste qui tente de criminaliser la critique de l’islam.

Commémorer sans agir contre un islamisme qui a changé de visage, c’est trahir la mémoire des victimes. C’est, en réalité, n’avoir rien compris au danger.



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Si « Le Monde » n’existait plus, ce ne serait pas la fin du monde
Sénateur honoraire belge, ex-secrétaire général de Médecins sans frontières, ex-président de l’International Crisis Group

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération