Accueil Politique Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste

Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste

Quand l'envie de garder la mairie l’emporte sur l’éthique publique


Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste
DR.

A Poitiers, le communautarisme des Verts n’a rien à envier aux pires Lfistes: Chiacap Kitoyi, ex-trafiquant de drogue qui fut condamné à deux ans de prison, est en quatrième position sur la liste de la maire sortante.


Comment un narcotrafiquant condamné à deux ans d’emprisonnement et débiteur de 600 000 euros envers la collectivité, peut-il figurer en bonne place sur une liste municipale ? C’est la question que soulève la candidature de Chiacap Kitoyi, présenté en quatrième position sur la liste de Léonore Moncond’huy, maire Europe Écologie Les Verts (EELV) de Poitiers, pour les prochaines élections municipales.

Les faits sont accablants et documentés. Chiacap Kitoyi a été condamné à deux ans d’emprisonnement par la justice française. Au-delà de la peine privative de liberté déjà effectuée, la condamnation l’oblige à rembourser la somme considérable de 600 000 euros à la collectivité (somme qu’il daigne rembourser à hauteur de 50 euros par mois). Une dette contractée envers les deniers publics, ceux-là mêmes qu’il prétend aujourd’hui être en mesure de gérer au nom des Poitevins.

Cette condamnation n’est pas une affaire privée, puisqu’elle concerne directement la probité exigée d’un candidat à l’exercice d’un mandat public. Lorsqu’un individu a été jugé coupable par les tribunaux et qu’il reste redevable d’une telle somme à la collectivité, sa candidature à la mairie d’une ville comme Poitiers pose un problème éthique et démocratique fondamental. Un maire qui met en avant un tel profil sur la liste ne le fait évidemment pas « gratuitement » : il achète l’électorat des quartiers, quoi qu’il en coûte pour son image.

« Les fourmis » des Couronneries : le communautarisme comme levier électoral

Pour comprendre la présence de Chiacap Kitoyi sur cette liste, il faut remonter aux élections municipales de 2020. À cette époque, M. Kitoyi était le leader d’un mouvement, « les fourmis », né dans le quartier difficile des Couronneries. Ce groupe, structuré autour de « leaders » du quartier, dont cet ancien chef du trafic de drogue, a joué un rôle déterminant dans l’élection de Léonore Moncond’huy à la tête de la mairie de Poitiers.

A lire aussi: À Saint-Malo, la peur de “devenir Rennes” fait campagne

Les fourmis ont su mobiliser massivement dans les quartiers populaires de Poitiers pour faire basculer le scrutin en faveur de la candidate EELV. Cette mobilisation, aussi efficace soit-elle, reposait sur une logique communautariste : voter en bloc selon une appartenance identitaire de quartier et d’origine. Le résultat politique fut au rendez-vous : le maire PS Alain Claeys fut battu par la gauche radicale. Mais à quel prix pour la cohésion républicaine ?

Le communautarisme, dans notre République laïque et universaliste, est devenu l’arme de guerre électorale de la gauche radicale, à Poitiers comme ailleurs. Ce clientélisme fracture le corps civique en sous-groupes antagonistes, il instrumentalise les appartenances pour en faire des bulletins de vote, il dévalue le débat politique en le réduisant à des calculs d’allégeance. Que la liste de Madame Moncond’huy — par ailleurs soutenue, toute honte bue par le président de Région PS Alain Rousset contre le candidat local de la gauche républicaine —  récompense aujourd’hui cet acteur en lui réservant une place de choix en est la pitoyable confirmation.

Une démocratie abîmée

Qu’un candidat condamné pénalement, endetté à hauteur de 600 000 euros envers la collectivité qu’il prétend servir, puisse se présenter sans que cela ne suscite un tollé en dit long sur la perte de repère civique de notre pays. Dans de nombreux pays démocratiques, une telle condamnation aurait suffi à écarter toute candidature. En France, la loi permet techniquement à certains condamnés de se présenter selon la nature de leur peine. Mais le narcotrafic tue. Et la légalité n’est pas la légitimité.

A lire aussi: Sarah Knafo: «A Paris, le vote utile c’est moi!»

La démocratie ne se résume pas au respect formel des règles. Elle exige aussi une éthique de la responsabilité de la part de ceux qui sollicitent le suffrage universel. La maire écologiste Léonore Moncond’huy, en validant le profil de ce narcotrafiquant, fait preuve d’une légèreté qui confine à l’indécence vis-à-vis des citoyens et de leurs impôts. En plaçant Chiacap Kitoyi en quatrième position, une place éligible, symboliquement forte, la maire sortante fait un choix délibéré : celui du clientélisme et du communautarisme, en s’essuyant les pieds sur les valeurs de la République. 

Déjà membre du conseil d’administration d’Ekidom, le bailleur social de la ville de Poitiers

Mais cette place sur la liste n’est pas le premier cadeau de la maire au caïd des Couronneries. La question des compétences se pose avec une acuité particulière lorsqu’on sait que M. Kitoyi a été nommé en 2020, au début du précédent mandat (en remerciement pour son rôle de chef des « fourmis »), membre du conseil d’administration d’Ekidom, l’organisme chargé d’attribuer les logements sociaux à Poitiers. Confier à Chiacap Kitoyi une responsabilité quelconque dans la gouvernance d’un tel organisme était déjà irresponsable. La gestion du logement social requiert probité, impartialité et compétences administratives solides. Or, comment un ex-dealer condamné par la justice et débiteur de 600 000 euros à l’État pourrait-il incarner la neutralité et l’intégrité indispensables à l’attribution équitable de logements ?

Au-delà du cas individuel de Chiacap Kitoyi, c’est une question de principe qui se pose à Poitiers. Quelle idée de la République veut-on défendre ? Celle où le casier judiciaire importe peu ? Celle où le communautarisme est un outil de gestion électorale toléré ? Ou bien celle où l’exemplarité des élus est une exigence non négociable, et où chaque candidat à un mandat ou à un poste est évalué sur ses compétences et mérites réels ? Les électeurs poitevins ont le droit de savoir. Ils ont le droit de mesurer ce que signifie voter pour « Poitiers Collectif », la liste de la maire écolo Léonore Moncond’huy, dont l’ADN politique relève du communautarisme anti-républicain le plus assumé.

Diriger une ville est une charge trop sérieuse pour être laissée à des profils qui, objectivement, ne présentent pas les garanties minimales d’honnêteté et de compétence attendues d’un élu de la République.



Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !

Article précédent Pablo Neruda, Trump, «Bibi» et nos élites
Romancier, journaliste, conseiller politique, createur de l'Université du Futur

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération