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À Saint-Malo, la peur de “devenir Rennes” fait campagne

La sécurité au coeur de la campagne municipale


À Saint-Malo, la peur de “devenir Rennes” fait campagne
Saint Malo.

Même à Saint-Malo, la sécurité est au cœur de la campagne municipale. La ville, réputée pour sa tranquillité bourgeoise, a été récemment le théâtre de violences inédites…


A Saint-Malo (35), le maire sortant, Gilles Lurton (LR), sera-t-il réélu à l’issue des prochaines municipales ?  Si l’on se fie à ses résultats lors du précédent scrutin (70%), tout porte à le croire. Si l’on se fie aussi à la tradition politique de la ville natale de Chateaubriand  – une terre de centre droit où le député-maire René Couanau, successeur de Pierre Méhaignerie à l’Assemblée nationale, a régné entre 1989 et 2014 -, le très modéré Lurton, qui a soutenu Bruno Le Maire lors de la dernière primaire de son parti, n’a pas trop de soucis à se faire.

La campagne de trop ?

Pourtant, à la sortie de la messe, à Saint-Servan, quelques langues se délient. « C’est la campagne de trop pour Lurton », entend-on dans certaines bouches. Un adjoint plus cruel lâche: « C’est la dernière campagne de Bouteflika ! ». Une partie de la bourgeoisie malouine s’interroge et commence à regarder vers la candidate RN-UDR. A l’origine de cette droitisation: l’insécurité.

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A Saint-Malo, 50 000 habitants, des voitures ont été brûlées et des immeubles ont été visés par des tirs durant l’été dernier. Pourtant, contrairement à la voisine Dinard, l’équipe en place se refuse à armer la police municipale. « Les questions de sécurité sont le grand tabou de Gilles Lurton, déplore Thidalack Abhay, la tête de liste ciotto-mariniste aux élections. Son équipe n’en parle jamais, mais y pense toujours. Nous avons appris que les quartiers qui ont été visés par des cambriolages reçoivent des SMS de « réconfort » et des rondes de police pour rassurer tout le monde. Nous préfèrerions une action plus concrète. »

Jusqu’au mois de décembre 2025, le candidat RN-UDR à Saint-Malo s’appelait Romain Le Goaster. Patron d’une petite entreprise morbihannaise, il a dû abandonner le gouvernail un peu à cause de difficultés rencontrées par sa PME, un peu à cause d’une propension, si l’on en croit Médiapart, à poser avec Dieudonné et à se mettre à dos les tenanciers de bistrots du cru. Compliqué, dans une ville qui compte un bar pour 364 habitants.

Ce nom, c’est pas de chez nous !

C’est la numéro 2, Thidalack Abhay, qui a donc repris les commandes de la liste Malouin je suis. Son patronyme exotique s’explique par des origines laotiennes. « Mes grands-parents ont fui le communisme, explique-t-elle. Ils sont d’abord arrivés en région parisienne puis ont découvert Saint-Malo par hasard. Ça a été le coup de foudre immédiat. Ils ont tenu intra-muros un célèbre restaurant asiatique pendant trente ans ».

Pour sa campagne, Mme Abhay a adopté un slogan qui veut tout dire : « Pour que Saint-Malo ne devienne pas Rennes ». Comprenez : pour que la cité corsaire ne ressemble jamais à la capitale bretonne, où se joue une impitoyable guerre des gangs, avec encore trois fusillades et un mort en décembre dernier.

Longtemps, les habitants de la cité corsaire se sont crus à l’abri de l’insécurité. Mais désormais, chaque été, les Airbnb de la vieille ville font office de points de deal et de lupanar. « A Saint-Malo, il y a des gens qui ont les moyens, et c’est parmi eux que l’on retrouve aussi les consommateurs de stupéfiants, décrypte Jérôme Besnard, numéro 2 de Thidalack Abhay. Sans compter l’effet frontière, avec les îles anglo-normandes voisines.»

Face à M. Lurton et Mme Abhay, quatre autres candidatures sont en lice. Tout d’abord celle de Marc Nouvion, un dissident du centre-droit, sans étiquette. Cet ancien élu municipal, vice-procureur au parquet de Nanterre, est notamment soutenu par le chef d’entreprise le plus puissant du cru, Roland Beaumanoir, qui contrôle en autres les marques de prêt-à-porter Cache-Cache, La Halle et Morgan. Enfin il faut compter avec les deux inévitables listes de gauche : celle de Carole Le Bechec, conseillère régionale. A Rennes, la quinquagénaire siège avec le groupe « Bretagne Sociale Démocrate, Écologiste et Régionalistes ». Mais à Saint-Malo, pas de logo sur les affiches. Le Bechec incarne assez bien une nouvelle population malouine, assez bobo, qui a investi massivement le quartier de Saint-Servan largement gentrifié. Plus à gauche encore, Céline Yadav mène la liste estampillée plus classiquement « Nouveau Front populaire ». Parmi les colistiers, quelques monomaniaques de la cause palestinienne. A Saint-Malo, certains confondent hélas le keffieh et le Gwen ha Du.



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