Ces derniers temps, les lfistes évoquent le fascisme à tout bout de champ…
On doit l’admettre : le délire idéologique, la confusion historique et la banalisation du pire ont déjà gagné.
Le Conseil d’État a récemment validé la qualification d’extrême gauche donnée à La France insoumise (LFI) par le ministre de l’Intérieur. On continue, par commodité et paresse, à qualifier systématiquement d’extrême droite des structures politiques diverses : de droite extrême, de droite radicale ou de droite identitaire. Ce que le plus grand spécialiste de l’extrême droite, Jean-Yves Camus, ne cesse de dénoncer.
Controverses surréalistes
Tout cela s’inscrit dans les aberrations partisanes d’aujourd’hui, avec un langage républicain qui est devenu sens dessus dessous. Ce n’est pas anodin, mais c’est infiniment moins grave que l’abus, depuis quelque temps, dû essentiellement à une extrême gauche se croyant revenue des années en arrière, au temps de la « bête immonde » et de la « peste brune », des termes de fascisme, de nazisme, de néonazisme ou, au mieux, de pré-fascisme.
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Cette passion rétrospective pour une Histoire terrifiante, et à nulle autre comparable, est dangereuse à plus d’un titre, mais personne ne paraît s’en émouvoir. Après le meurtre de Quentin Deranque, on a vu surabonder, de la part de tous les adversaires qui avaient peu ou prou approuvé son massacre, ces mots chargés d’Histoire et d’horreurs dont l’usage, dans notre climat démocratique, aussi imparfait qu’il puisse apparaître à certains, représentait une odieuse résurrection du passé dans un présent aux antipodes de ce dernier.
J’ai été frappé par le caractère surréaliste des controverses et des anathèmes qui semblaient tous accepter de se situer dans le registre de ce vocabulaire rétrospectif, pour mieux s’abandonner à une frénésie polémique s’enrichissant, si l’on peut dire, de ces références absurdement passéistes.
Pourtant la bonne foi, à défaut du savoir, aurait dû conduire à mettre en cause cette lamentable comparaison entre hier et aujourd’hui qui, dénaturant les caractéristiques fondamentales du fascisme et du nazisme et se faisant peur, délibérément ou non, engendrait cette conséquence : banaliser ces régimes totalitaires et atténuer leur terrifiante et singulière identité.
Antifascistes aux petits pieds
Il y a probablement dans cette comédie, qui dévoie les mots, mélange les époques, dilue les spécificités historiques et personnelles et occulte l’ampleur désastreuse des bilans humains du fascisme et du nazisme, une envie, à la fois, de s’imaginer héros de combats admirables, résistants face à un péril et à des défis sans merci, et de peindre nos jours aux couleurs affreuses de temps heureusement révolus.
Répéter en permanence que ceux-ci vont revenir ou qu’ils sont déjà là, c’est jeter une pierre pour encore charger notre République de tous les maux, alors que la coupe est pleine, et surtout interdire, dans une atmosphère lucidement démocratique, des débats dont la qualité tiendra d’abord à une juste perception de l’Histoire et de la hiérarchie de ses séquences et tragédies.
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Cette dérive préoccupante, qui prend de plus en plus d’importance, se retrouve aussi, mais sur un autre registre, quand on dilapide le terme de révolutionnaire en l’appliquant à un Jean-Luc Mélenchon parce qu’il a du talent, qu’il parle fort, qu’il invective les journalistes et qu’il se pose en gourou, n’espérant aucune subversion, mais seulement une installation à l’Élysée en 2027. Trop conscient de son importance pour prendre acte que le Rassemblement national n’attend que lui pour gagner !
Dans cette furie qui s’acharne, contre toute évidence, à voir du nazisme et du fascisme à tout coup, face à n’importe quelle péripétie de violences verbales ou physiques, ciblons le rôle lamentable de la plupart des historiens qui n’ont pas le courage de nous apporter leurs lumières pour remettre les pendules de l’Histoire à l’heure ! Certes, ce n’est pas un Gérard Noiriel ou un Patrick Boucheron qui le feront, mais il en est d’autres dont l’abstention est dommageable pour la vérité.
Ce fascisme et ce nazisme à tout bout de champ apposent du ridicule sur ce qui a été, avec le communisme sanglant, le comble de l’horreur historique : conséquence paradoxale et absurde d’un usage immodéré de l’esprit partisan !




