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2012 : et si ce n’était pas lui ?

2012 : et si ce n’était pas lui ?

C’est la question qu’on n’ose pas se poser à droite. Ou plutôt qu’on commence à se poser, mais à voix vraiment basse. Et si on se passait dès 2012 de Sarkozy, de son style, de sa personnalité, de sa politique? Se passer de lui… mais pas de la victoire ! On n’est pas suicidaire comme à gauche, tout de même… D’ailleurs, il n’y a qu’à voir les sondages qui commencent à tester d’autres noms comme putatifs candidats à l’élection présidentielle pour saisir que l’actuel Président de la République a un problème. Un problème bien plus grave que sa cote d’amour calamiteuse dans les études d’opinion qui, en théorie, peut toujours se redresser. Un problème de fond : il n’y a pas de sarkozystes parce que le sarkozysme, ça n’existe pas.[access capability=”lire_inedits”]

On aurait pu croire, au lendemain de son élection, que la doctrine allait tenir avec quelques slogans assez couillus : « Se lever tôt pour travailler plus pour gagner plus », la « croissance avec les dents », le « kärcher » en banlieue, et on en oublie au rayon « y’a qu’à »… Puis un truc a déconné, même le dedroite le plus naïf s’en est vite rendu compte: leur chef, qui est donc aussi le chef de l’Etat, les bouscule, les malmène, voire n’hésite pas à leur marcher dessus en les secouant tous azimuts. En choisissant des ministres de gauche, en faisant l’atlantiste à fond, en n’étant pas assez libéral en matière économique…

À tel point qu’aujourd’hui, si le boss tient ses troupes, ce n’est pas par le credo, mais par les chocottes, ou les susucres, ce qui revient au même. Il fallait les voir, nos députés de droite, faire les beaux pendant tout l’entracte précédant le remaniement (six mois sans sursis, tout de même), guignant tous un poste de sous-secrétaire aux feuilles mortes. Au bas mot, on avait 200 ministres potentiels à la veille du vrai-faux changement. Mais ce genre de trouille-là, ça n’a qu’un temps. Surtout quand le parfum d’une dégelée possible commence à monter des circonscriptions rurales profondes ou banlieusardes middle-class.

On a juste oublié, à l’Elysée, que, pour que la mayonnaise prenne − et pour qu’elle tienne −, il fallait y ajouter une dose d’idéologie. Ouais, le gros mot, celui qui hérisse le sarkozus pragmaticus. Ou à défaut d’idéologie, un vague noyau dur de doctrine. Un corpus qui fait que le député d’Indre-et-Loire ou le militant de Chatou accepteront de se faire pourrir sur les marchés pendant des mois et enchaîneront sans ciller les réunions avec des vieilles bigotes et des râleurs professionnels dans des salles surchauffées ou des préaux surgelés, bref continueront à croire à la victoire, à l’UMP et à la France.

Pour fédérer ce sursaut, il n’est pas sûr que Sarkozy soit encore l’homme de la situation. Pour les grognards de la droite d’en-bas, celle du RPR jamais mort, Sarko s’est giscardisé à force de fascination pour le camp d’en face et de mesures spectaculaires qui ne tiennent pas sur la durée, y compris en matière de sécurité. Ce sentiment porte un nom : le désamour.

Du coup, les soupirants se réveillent: Fillon bien sûr, Borloo évidemment, Villepin, pourquoi pas… Dommage que Chirac soit à l’article de l’hospice, sinon on irait le chercher. Ça commence même à démanger Copé et Baroin, jusque-là autoprogrammés pour 2017, et qui commencent à se demander s’ils ne pourraient pas aller un poil plus vite. Une chose est sûre : le dyptique Sarko/mauvaise pioche commence doucement à ne plus être une hérésie.

Pour l’instant la question est encore taboue. Mais le drame, avec les tabous, c’est que quand ils lâchent, tout lâche. Et il n’est plus exclu qu’un voyou kidnappe l’UMP à son profit en 2011, comme, il y a à peine six ans, Sarkozy l’avait si bien fait lui-même…[/access]

Décembre 2010 · N° 30

Article extrait du Magazine Causeur


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Aimée Joubert est journaliste. Marc Cohen est membre de la rédaction de Causeur.

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