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Rokhaya Diallo défile pour L’Oréal et déconstruit la Parisienne

La militante impose ses idées lors de la semaine de la Mode et dans un documentaire diffusé lundi prochain sur France 3

Rokhaya Diallo défile pour L’Oréal et déconstruit la Parisienne
Rokhaya Diallo photographiée en 2020 © Hannah ASSOULINE

« L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus. »
Dom Juan, Molière


Quitte à marcher pour la « justice sociale », autant le faire dans des pompes qui en jettent. C’est sans doute ce qu’a pensé Assa Traoré après avoir chaleureusement remercié Christian Louboutin pour son engagement contre « les violences policières », et s’être affichée sur sa page Facebook, pantalon déchiré, poing levé et chaussures hors de prix aux pieds. Christian Louboutin adapte son marketing et tente de prouver qu’il n’est pas qu’une entreprise qui pèse des centaines de millions d’euros. Il montre son cœur gros comme ça aux potentiels acheteurs aisés. La légendaire couleur rouge des semelles Louboutin, c’est le sang des victimes du « racisme systémique », nous dira-t-il sûrement d’ici peu. Mais Assa Traoré trépigne et enrage : son amie Rokhaya Diallo ne s’est pas contentée d’une paire de chaussures.

« L’antiracisme est anticapitaliste par essence ». Ce n’est pas moi qui le dis mais Rokhaya Diallo, qui ajoute : « L’expansion de l’esclavage est consubstantielle du capitalisme, on ne peut pas être antiraciste sans remettre en question les fondements du capitalisme ». (Tweet du 16 septembre 2018). Forte de ces convictions, Rokhaya Diallo, femme, noire et anticapitaliste, n’a pas hésité à affronter directement ce capitalisme honni en défilant dans une « sublime création d’Olivier Rousteing », une robe Balmain qui doit valoir son pesant de Louboutin, lors du traditionnel défilé de mode L’Oréal Paris. Apparemment, ça s’est bien passé.

L’Oréal, parce que je le woke bien

L’Oréal, qui s’était déjà fait remarquer en retirant des notices de ses produits de beauté les mots supposés stigmatisants blanc et blanchiment, ne rate jamais une occasion d’affiner son marketing et de l’adapter à toutes les fausses vertus de l’époque. Le magazine de mode L’Officiel en est tout retourné : « Des égéries aussi célèbres qu’engagées, notamment contre le racisme, le sexisme, le validisme ou encore la transphobie […] s’unissaient cette année pour dénoncer le harcèlement de rue, le thème du défilé étant une ode à l’indépendance des femmes et à l’inclusion. […] Cette approche a résonné comme une puissante déclaration sur la valeur individuelle et comme l’expression de l’engagement de la marque à soutenir les femmes du monde entier. »

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L’antiracisme racialiste, le néoféminisme, le décolonialisme, etc., sont entrés dans les entreprises les plus prestigieuses et ont remplacé, au grand contentement des financiers, les âpres luttes des classes d’antan. L’Oréal, Nike, Apple ou Coca-Cola se plient volontiers à l’injonction diversitaire : devenues publicitairement vertueuses, ces entreprises comptent sur de nouveaux clients, les followers gavés de bons sentiments et prêts à dépenser tant et plus pour imiter les “ambassadeurs”, acteurs, chanteurs, militants antiracistes, etc., triés sur le volet diversitaire. En même temps, ces entreprises craignent, si elles ne font pas le jeu de ces mouvements, de voir ruinée leur réputation sur les réseaux égoutiers dits sociaux.

Rokhaya Diallo sait très bien ce qu’elle fait

Rokhaya Diallo accompagne les grandes marques sur le chemin de la repentance et les aide à formuler d’hypocrites et cyniques engagements moralisateurs. La reine de la déconstruction et des combats intersectionnels sait ce qu’elle fait. Sa prestation au Trocadéro donne un avant-goût du documentaire qu’elle vient de réaliser et dans lequel elle entend « déconstruire les différents mythes qui entourent la figure de la Parisienne ». « À travers cet anti-manuel de la bonne Parisienne, Rokhaya Diallo déconstruit le cliché en montrant les Parisiennes d’aujourd’hui dans toute leur diversité », peut-on lire sur le site de France 3 qui a co-produit La Parisienne Démystifiée, du nom dudit documentaire. Le mythe de la Parisienne, trop « blanche, grande, mince, élégante et hétéro », doit être déconstruit ; l’image de la Parisienne doit être “créolisée”, voilée, diverse, inclusive, “afropéenne”. Au diable « la vision littéraire du monde », pour reprendre la belle formule d’Alain Finkielkraut, qui laissait entrevoir une Parisienne blanche, élégante et inaccessible, idyllique et inatteignable, c’est-à-dire littéraire et poétique. Ces deux derniers mots sont des gros mots pour les militants de la diversité idéologique qui ne pensent le monde qu’en termes militants : privilège blanc, grossophobie, inclusion, hétéronormativité. Et qui considèrent, comme Rokhaya Diallo, qu’il est temps de « changer la perception que le peuple Français a de lui-même. Ce n’est plus un pays blanc et chrétien. » (1)

L’idéologie diversitaire se répand dans les universités, dans les milieux culturels, dans les entreprises. Rokhaya Diallo, biberonnée à toutes les thèses américaines de l’antiracisme politique, du féminisme radical et du wokisme, connaît parfaitement les failles d’un Occident épuisé, honteux de lui-même et qui ne cesse de battre sa coulpe. Elle a compris que l’idéologie racialiste essentialiste importée des États-Unis était en train de gagner la partie en certains endroits importants de notre pays. Elle n’y est pas pour rien. Qu’elle interroge « la blanchité et les autres mécaniques de domination à l’œuvre dans les milieux militants du véganisme ou de l’éco-féminisme » (2) ou qu’elle défile pour des marques devenues des monstres franchisés et mondialisés se fichant éperdument des basculements civilisationnels en cours, elle continue son travail de sape et impose sa façon de penser le monde en noir et blanc, c’est-à-dire uniquement sur des critères raciaux. La France qu’elle appelle de ses vœux est évoquée dans son livre au titre évocateur (À nous la France !) : « Bientôt, plus personne ne se souviendra du fait que Mohamed n’est pas un prénom “gaulois”. […] La France change, et cela pourrait bien sonner le glas de la toute-puissance du “mâle blanc”. » Du mâle blanc et de la Parisienne, cela va sans dire.

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(1) Sur Al Jazeera, le 13 mai 2017.

(2) Sur son podcast Kiffe ta race ! (tout un programme).


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Amateur de livres et de musique. Auteur de Lettre sur les chauves (éditions Ovadia, juin 2021) et de Les Gobeurs (éditions Ovadia, juin 2021).

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