En 1970, ses chances de percer à Hollywood étaient presque nulles. Ni beau ni laid, plutôt quelconque, que pouvait-il espérer d’autre que de brèves apparitions parfois non créditées ? Il allait se perdre dans le brouillard des figurants, avant de disparaître. Contre toute attente, en 1976, Sylvester Stallone s’imposait sur les écrans du monde avec sa créature nommée Rocky. Quarante ans ont passé ; dans Creed, septième et dernier opus dans l’ordre d’apparition, définitivement retiré des rings, Rocky balade sa neurasthénie entre son restaurant et le cimetière, où repose sa chère Adrian. L’histoire de cet homme, qui trébuche et se relève, croise en permanence la propre histoire de Stallone, celle du septième art, celle de la boxe.

Il a réussi à imposer au cinéma ce que les feuilletonistes français, au XIXe siècle, ont imprimé à la presse, puis à la littérature. Tout l’esprit du feuilleton tient dans les rebondissements, dans leur organisation : Stallone crée Rocky, lui fait traverser des épreuves, qui le modifient. De tous les bagarreurs à fort développement thoracique nés à ce moment-là, il est le seul à se mouvoir dans un même environnement sociologique sur une aussi longue durée. Ses victoires sont celles de Philadelphie, où les laissés-pour-compte l’ont identifié comme leur représentant. Les citoyens d’Albe avaient désigné les frères Horace, ceux de Rome les frères Curiace, pour être leurs champions respectifs. Rocky incarne les rêves de gloire et de revanche des perdants de l’Amérique : il devient leur « Coriace » prolétarien.

Homme de main

Mais comment tout cela a-t-il commencé ?

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