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Robert Ménard: “Pour gagner, la droite doit s’allier”

Une tribune libre de Robert Ménard, maire de Béziers

Robert Ménard: “Pour gagner, la droite doit s’allier”
©Hannah Assouline

La droite est, au mieux, abonnée à la facilité lorsquelle s’oppose à Macron, au pire la caricature d’elle-même lorsqu’elle se radicalise. Zemmour, Le Pen et Pécresse partagent cependant des points communs – ordre, sécurité, immigration – qu’il faut mettre en avant pour réaliser l’union de la victoire.


Le Covid a fait tomber le mur du mensonge. Oui, cette pandémie a changé beaucoup de choses. Pour moi, en tout cas. Avant ce long drame, avant ces millions de morts, ces vies gâchées par les séquelles de la maladie, ces QR codes inquiétants, ces gamins masqués, les démagogues vivaient encore plus ou moins cachés. La droite en abritait un certain nombre. La droite dite nationale surtout. Au moment où tout le monde se couvrait le visage, parmi elle, certains ont montré le leur en pleine lumière. Cela m’a amené à de nombreuses réflexions, à de profondes remises en cause.

J’avais déjà remarqué que la quasi-totalité des leaders de la droite demeuraient, au-delà de la prudence – et de la décence –, très silencieux à chaque temps fort de la crise. À chaque décision choc prise par Emmanuel Macron, que ce soit le confinement ou la vaccination massive, elle semblait attendre de voir où le vent de l’opinion allait tourner. Malgré l’impact de ces décisions sur les Français, elle tardait souvent à se prononcer, à tweeter, elle détournait discrètement le regard. Pour ne pas froisser son électorat. Pour ne pas risquer de perdre des plumes dans le futur combat de volatiles. C’était impressionnant. J’étais impressionné.

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Je me sentais seul, franc-tireur. Parce que, de mon côté, dans ma ville, je me battais au jour le jour – comme beaucoup d’élus locaux – pour trouver des masques quand ils étaient introuvables, puis pour créer et installer en urgence des centres de dépistage d’abord, de vaccination ensuite. Je n’hésitais pas. Je faisais confiance aux scientifiques. L’intérêt des gens, leur santé, était mon seul souci. Que faire d’autre ?

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J’ai découvert alors un vrai manque de bienveillance chez ce qu’on appelle les « conservateurs » ou les « réacs ». Un monopole de l’absence de cœur, pour paraphraser un ancien président. Tant pis si le mot « bienveillance » est galvaudé, tant pis s’il est repris par le gouvernement. C’est sans doute ce qui manque beaucoup dans notre camp. J’avais la naïveté de croire que les comportements avaient évolué, je faisais une erreur.

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Au fil des mois, mes prises de position ont troublé, voire révolté une partie de ceux qui me soutiennent. Les insultes, les menaces aussi parfois pleuvaient sur les réseaux asociaux. Pourtant, je suis resté le même. Pour l’ordre, contre l’immigration folle et incontrôlée, mais humaniste. Je ne peux pas, je ne veux pas renier ce que j’ai fait pendant vingt-cinq ans à la tête de Reporters sans frontières !

Alors oui, quand Emmanuel Macron applique ce que j’estime être bon, je le dis. Même si je n’oublie pas ses incohérences, ses errements, ses mensonges répétés, son paternalisme culpabilisant, y compris à l’égard des élus. Le respect de l’adversaire politique, la nuance, le goût du compromis, je les ai appris dans mon métier de maire. Face aux vrais problèmes du quotidien. Loin des terres stériles de la théorie. L’idéologie, c’est ce qui pense à notre place, disait Jean-François Revel.

Je ne suis membre d’aucun parti politique : je n’en peux définitivement plus de cette opposition bête et méchante, mécanique, robotique, de cette abrutissante « discipline de parti ». Elle ne fait pas avancer la France, elle l’a plutôt fait reculer. La droite est trop souvent réduite à cela. Dans l’aigreur, à ne parler que de déclin. La gauche est pire, prisonnière de ses concepts éculés, de sa démagogie infantile.

La crise sanitaire a également révélé que certains n’hésitent pas, pour de basses raisons électorales, à diffuser le poison du complot. En mentant, en niant parfois l’existence même du virus. Une partie de la droite s’en est malheureusement fait l’écho. Je pense à Nicolas Dupont-Aignan ou à Florian Philippot, plongés dans le complotisme le plus fou. N’éprouvant aucune honte à qualifier la France de Macron de « dictature », alors qu’ils sont en pâmoison devant le sinistre Poutine.

Aussi, j’en arrive à ce constat : la droite – honorable quand elle défend les valeurs, l’ordre, la sécurité – est atteinte d’un cancer en phase avancée. Une partie d’elle-même se radicalise, s’arc-boute sur un passé fantasmé, la défense d’un Occident chrétien idéalisé, un irrationalisme qui vire au complotisme : le même phénomène venu des marges a tué électoralement Trump et bientôt Bolsonaro.

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Cette droite devient alors une caricature d’elle-même, enfermée dans un monde peuplé d’écoliers en blouses grises, d’hommes forts en treillis, de femmes aux fourneaux et de coups de trique. Elle ne propose pas d’avenir. Elle n’a plus d’élan, engoncée dans ses vieux mots, ses vieux réflexes, ses vieilles rancunes. Devant ce théâtre de marionnettes, le chef de l’État peut s’amuser, agitant sa muleta, que ce soit le drapeau européen sous l’Arc de triomphe ou l’« emmerdement » des non-vaccinés. Chaque fois, la droite a foncé tête baissée sur le morceau de tissu rouge ! Incapable de comprendre les aspirations réelles des gens, massivement d’accord avec le président sur le vaccin ou, au pire, indifférents au drapeau européen !

Arc de Triomphe, Paris, le 1er janvier 2022 © SADAKA EDMOND/SIPA Numéro de reportage : 01054969_000001

Mettons les choses au point : ce qui me rapproche, quoiqu’avec des nuances, de Marine Le Pen, d’Éric Zemmour et de Valérie Pécresse, c’est la volonté de rétablir l’ordre et la sécurité dans ce pays. La volonté de freiner durablement cette immigration extra-européenne qui n’en finit plus et qui rend impossible toute espèce de début d’intégration. Pour le reste, je suis dubitatif.

Dieu merci, rien n’est figé. J’ai pu constater que Marine changeait. Pas assez ? Sûrement. Mais déjà beaucoup. Elle a appris de ses défaites. Elle écoute. Elle est chaleureuse avec le peuple d’en bas. Elle ne rêve pas de vacances à Ibiza ou à Saint-Martin. Elle n’est pas son père. Ses blessures, ses déceptions lui ont donné une envergure qu’elle n’avait pas il y a cinq ans. Elle a vécu. Elle est plus raisonnable, plus réaliste sur l’immigration, la place des Français musulmans, l’Europe, l’euro. Elle vient d’abandonner l’absurde interdiction de la double nationalité inscrite dans son programme. Un pragmatisme nouveau, une modération assumée.

D’autres analyses, d’autres choix sont possibles. Je les respecte. Reste une certitude. Ou plutôt deux. Si la droite veut avancer dans le xxie siècle, il lui faut se débarrasser de ses toiles d’araignée. Les pédants parleront d’aggiornamento. Et surtout, elle doit sortir du piège mitterrandien dans lequel Jacques Chirac a foncé tête baissée : la droite doit s’allier si elle veut gagner. Aucun de ses candidats ne gagnera tout seul. C’est une évidence, une règle d’airain, le bon sens même. La victoire future et l’alternance sont à ce prix.

Février 2022 - Causeur #98

Article extrait du Magazine Causeur


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Maire de Béziers

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