C’est devenu une antienne de considérer que la droite est devenue sociologiquement majoritaire en France. Suivant cette logique, ce ne sont que des circonstances ou l’accident judiciaire de Fillon qui la privent de la victoire qui lui était due.  L’analyse des résultats comparés des élections de 2012 et de 2017 vient pourtant infirmer catégoriquement ces analyses. Nous considérerons pour cela que François Bayrou fait partie du camp gauche/centre-gauche. Tout simplement parce qu’il avait appelé à voter contre la droite en 2012 et que Macron capte en 2017 les voix de la gauche et se voit soutenu par le même Bayrou en 2017.

carte macron le pen

Regardons les résultats du camp gauche/centre-gauche :

En 2012 :  Hollande = 28,6%    – Melenchon = 11,1%    – Bayrou = 9,1%  , soit au total = 48,8%

En 2017 :  Hamon = 6,4%    – Melenchon = 19,6%    – Macron = 23,4% , soit au total = 49,4%

Le camp gauche/centre gauche est en progrès de 0,6 points.

Regardons ce qu’il en est du camp de la droite :

En 2012 : Sarkozy = 27 %    – Dupont Aignan = 1,8 % , soit au total = 28,8 %

En 2017 : Fillon = 19,4 %    – Dupont Aignan = 4,9 % , soit au total = 24,3 %

Le camp de la droite est en baisse de 4,5 points. Où sont partis ces électeurs ?

Pour le comprendre, il suffit de regarder la progression de l’extrême droite :

En 2012: Marine Le Pen = 17,9 %

En 2017: Marine Le Pen = 21,4 %

L’extrême-droite a progressé de 3,5 points. Le Front national apparaît donc comme un boulet qui empêchera durablement la droite de revenir au pouvoir. C’est pour cette raison que certains à droite rêvent d’un rapprochement de la droite et du Front national. Ce rapprochement n’est pourtant pas d’actualité au vu des appels unanimes à voter Macron au second tour lancé par tous les hiérarques de LR. Et s’il l’était, le nouveau rapport de force permettrait-il au bloc de droite/extrême droite de dominer le camp de la gauche et du centre ?

L’impasse à droite

En 2012, la droite et l’extrême-droite représentaient ensemble 46,7 % des voix ; en 2017, ce bloc hypothétique baisse à 46,1%. Les 0,6% d’écart correspondent d’ailleurs précisément au gain du camp de la gauche et du centre-gauche. En considérant donc que la droite et l’extrême-droite pourraient s’allier, ils étaient 2 points en retrait par rapport à la gauche et au centre gauche en 2012, et cet écart s’accroît encore en 2017. La droite est donc dans une impasse stratégique.

Cette impasse stratégique tient à la montée en puissance du clan souverainiste et anti-mondialisation au sein de chaque camp. Il représente aujourd’hui 19,5 % avec Jean-Luc Mélenchon dans le camp de la gauche, en progrès de 8 points par rapport à 2012. Mais il représente 26,3% avec Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan au sein du camp hypothétique de la droite et de l’extrême droite, en progrès de 6,6% par rapport à 2012. Ce clivage sur le rejet de la mondialisation entrave donc beaucoup plus la droite que la gauche dans sa capacité à proposer une perspective gouvernementale à ses électeurs.

Loin d’être un accident de l’histoire dû aux déboires judiciaires de François Fillon, le recul de la droite au profit de la gauche et du centre-gauche s’inscrit donc dans une perspective durable : ce dernier camp est majoritaire en France et en progression car moins divisé que la droite sur l’Europe et la mondialisation.