L’heure est à l’atmosphère militaire pacifique. Outre le 11 novembre, le président Emmanuel Macron a répété, depuis quelque temps, sa volonté de déminer, en France, le terrain sociétal. Il est temps, en effet, de dégoupiller la bombe de la PMA.

On parle déjà, dans l’hexagone, de pénurie de sperme. Bientôt le rationnement avec les listes d’attente et les quotas. Inutile que nos penseurs futés ramènent Thomas d’Aquin, la nature, opposée à la raison et à la culture, dans des joutes verbales d’un autre âge. Dans cette affaire, il ne s’agit que d’un marché mondial de l’être humain en pièces détachées avec sa guerre des prix : une barbarie qui en vaut une autre.

Un sperme et une femme

Regardons pour une fois, l’Allemagne. Comparaison vaut raison. La France est le seul pays d’Europe à ne pas avoir levé l’anonymat du donneur et même à continuer à encourager l’opacité des filiations. En Allemagne, il existe un droit constitutionnel, pour toute personne, d’obtenir des informations concernant ses ascendants. Le 30 janvier 2015, la Cour fédérale de justice allemande a même confirmé le droit de connaître ses origines. En France, en revanche, « le donneur ne peut connaître l’identité du receveur ni le receveur celle du donneur ». Le principe juridique de « la paix des familles » est à ce prix et celui de non patrimonialité des éléments du corps humain.

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En France, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les sondages seraient favorables à l’orphelinat d’Etat. Les feux à l’orange. Sauf que les progressistes n’ont pas prévu la marche inexorable du Progrès grâce à internet. La parole se libère déjà. De quel droit, dit l’un, je me suis vu imposer l’opacité de mon origine par les Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos), ce Moloch tout puissant ? Pourquoi, dit un autre, qui a retrouvé son donneur en ligne, je ne bénéficie pas du même héritage que mon frère ? Pourquoi suis-je le fruit de la frustration de ma mère qui m’a imposé sa compagne et n’ai-je pas un père comme mon amie de classe ? Pourquoi mon géniteur ne m’a-t-il pas dit qu’il se vendait, « par altruisme », pour arrondir ses fins de mois ? Je n’aurais pas pris un verre avec lui dans une discothèque. Les hasards de la vie ont beau jeu. La consanguinité hante certains enfants nés par PMA qui passent leur temps chez les psychologues. On le sait mais on ne le dit pas ! Pourquoi ? Pour ne pas « faire fuir les donneurs ». Pour le coup, c’est « impayable » ! Quant à encadrer le marché, on plaisante ? Et la PMA, un progrès moral et juridique ?

Aux origines du bonheur…

Sur une photo qui a fait le tour de l’hexagone, deux hommes sont assis sur un banc, dans un jardin public. Sur leurs genoux, deux petites filles, que l’un des deux hommes a achetées fort cher. Revient en mémoire la photo de Woody Allen et de Soon-Yi Previn, la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow, qu’il épousera en 1997 : c’était leur droit. Sur la première photo, l’homme, à côté du père, n’a aucun lien avec les deux petites filles. La légende dit vrai : tout le monde a droit au bonheur.

Autre image, sur la Toile : un jeune homme et une jeune femme, très beaux. Ils sont mariés et ont deux enfants. Nés tous deux de dons de gamètes, ils se sont battus pendant de longues années pour l’accès à leurs origines afin de lutter contre le risque réel de consanguinité entre frère et sœur. Bienheureux internet.

Il y a peu, une réclame, (toujours sur Internet) , faisait la promotion du bonheur pour tous avec la photographie d’une braguette d’homme entrouverte sur une fermeture éclair avec la pub : « Un cadeau tout petit pour un bonheur très grand. » C’est vrai, ça ! Citoyens, faites des actes citoyens.

Récemment l’agence d’Etat de la biomédecine a lancé une campagne de promotion pour la vente de gamètes contre laquelle la juriste Aude Mirkovic vient d’introduire, le 12 novembre, via son Association « Juriste pour l’enfance » un recours en justice.

…et de la désincarnation

Déminer : impossible de faire la PMA pour toutes sans lever l’anonymat du donneur, à moins d’avoir, dans notre droit, des filiations à l’infini. Genre poupées russes, au frais de l’Etat : carburant et mise en œuvre. On parle de lever l’anonymat du donneur dans certaines conditions. Certains enfants, nés par PMA, auraient donc accès à certaines données, ou pas du tout, selon que le donneur accepterait, ou pas, ce principe d’anonymat. Elle est pas belle l’égalité pour tous !

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Déminons: épargnons aux enfants de France un début dans la vie injuste et indigne des droits universels de l’homme et du citoyen. Ou alors, préparons déjà une cérémonie de repentance chronique itinérante pour les enfants orphelins de l’An XVIII.

Le mariage tel que le droit romain l’avait conçu, avec la présomption de paternité, avait été fait pour éviter le grand n’importe quoi.

On apprend, par le journal La Croix, que le calendrier législatif de la loi de bioéthique est repoussé à 2019.

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