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La PMA, pourquoi pas?

La PMA, pourquoi pas?
Marche des fiertés 2013, Lyon, Sipa. Numéro de reportage : 00659599_000001.

Je vois que l’on reparle de la PMA à l’occasion de cette rentrée et que certains craindraient (ou souhaiteraient ?) une saison 2 à la Manif pour tous. Je ne suis pas persuadé que si c’était le cas, cela rendrait service à une droite qui n’a pas encore réussi à se retrouver, c’est le moins qu’on puisse dire. Le rôle de Sens commun dans la campagne de Fillon a été utile pour les primaires mais on peut se demander si, pour la présidentielle, en plus des affaires que l’on connaît, cette option ultra-conservatrice n’est pas devenue un handicap supplémentaire. Les Républicains n’ont pas forcément eu envie, électeurs comme élus, d’être sous la coupe d’un nouvel ordre moral. Après tout, ce parti, quoi qu’on en pense, est majoritairement à l’image de la société. Et il n’est pas forcément aberrant d’imaginer un couple de lesbiennes libérales et encartées ayant voté aux primaires pour NKM ou même Sarkozy[tooltips content=”Qui était beaucoup moins réac sur ces questions qu’on pourrait l’imaginer, notamment parce qu’il avait le pragmatisme de ceux qui savent où en sont les Français sur ces questions, c’est-à-dire très en avance sur la loi existante, comme pour le cannabis ou l’euthanasie.”]1[/tooltips].

Tour d’Europe des PMA pour toutes

A vrai dire, je ne trouve absolument rien de choquant à la procréation médicalement assistée pour les lesbiennes ou les femmes seules pour une raison simple, c’est qu’elle existe déjà et est mise en pratique dans les faits. Il suffit d’aller faire un tour en Belgique, au Royaume-Uni, au Danemark ou même dans le très catholique royaume d’Espagne. Et il y a quelque chose d’injuste et de scandaleux à la fois à voir des couples de femmes obligés de faire le voyage. Injuste, parce qu’il faut avoir les moyens de le faire, scandaleux parce cela crée une inégalité de fait entre les citoyens de l’UE qui ont tous le même passeport et devraient disposer des mêmes droits. Sans compter que ce type de voyage a un petit air de retour vers le futur, à l’époque où il fallait se faire avorter hors de nos frontières si on ne voulait pas finir entre les mains d’une faiseuse d’anges plus ou moins compétente.

On pourra aussi rappeler que le 27 juin, le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) s’est prononcé en faveur d’une ouverture de cette procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules qui souhaitent se passer d’un partenaire masculin, ce qui est leur affaire, et préférer un don de sperme : « Cette ouverture peut se concevoir pour pallier une souffrance induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles. » J’insisterai, pour ma part, sur cette idée de « don » qui retire tout aspect marchand. Précisément, sur ce type de sujet, ma seule limite est la GPA qui est une marchandisation pure et simple du corps d’autrui au nom d’un droit individuel assez discutable pour le coup et qui consiste à louer un utérus comme d’autres, dans la prostitution, louent un vagin.

Ce qui est faisable finit par se faire

Mon pessimisme foncier me fait néanmoins penser que ce qui est virtuellement faisable, comme la GPA, finit par se faire de toute manière, un jour ou l’autre. De la bombe atomique hier au clonage humain bientôt. La seule chose qu’on peut espérer du politique, au moins, c’est qu’il encadre tout ça ou s’efforce de le faire pour éviter le meilleur des mondes. Mais il ne pourra rien interdire dans un univers mondialisé et largement privatisé.

Pour le reste, ne soyons pas naïfs, ce problème de la PMA « ouverte » pourrait se régler par un simple vote à l’Assemblée nationale comme l’avaient fait les parlementaires britanniques pour le mariage gay au moment où chez nous on mimait une guerre civile interminable sur la question. Mais elle risque d’abord de servir de dérivatif utile en cas de mouvement social à la rentrée quand le pouvoir va commencer à napalmer le code du travail par ordonnances. A moins que les gens se rendent compte que voter Macron a des répercussions un peu plus grave sur leur vie quotidienne que deux femmes qui s’aiment et veulent faire un enfant.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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