Depuis ses propos du 26 août sur l’homosexualité, le pape est devenu la Bête immonde des médias. Il n’y a pourtant pas plus progressiste que François. Défense d’un homme intègre. 


C’est tout de même étonnant, cette levée planétaire de boucliers contre le pape François.

Il dit, dans une de ses conférences de presse en aéroplane qui me font toujours penser à Zone d’Apollinaire (Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme / L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X (…) C’est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs / Il détient le record du monde pour la hauteur) que les parents d’enfants homosexuels devraient avoir recours à la psychiatrie. C’est très maladroit, et c’est blessant. Ca pourrait laisser entendre que l’homosexualité est une maladie. Le Vatican, très vite, se fend d’un communiqué pour préciser que ce n’est pas ce que le Saint Père a voulu dire, qu’il voulait parler davantage d’un accompagnement psychologique que de neuroleptiques et de camisoles de force.

Lancez-lui la première pierre (et toutes les autres)

Mais peu importe, la machine est lancée. Le pape est homophobe, l’Eglise veut brûler les gays, l’Inquisition est de retour et il ferait mieux de s’occuper des prêtres pédophiles plutôt que de vouloir mettre la poussière sur le tapis. Ce n’est pas compliqué, il est devenu le Grand Satan du moment, loin devant Kim Jong-un.

Bon. On pourrait rappeler, par exemple, que ce pape, en inaugurant son pontificat, a précisément eu cette parole éminemment évangélique et tolérante à propos des gays : « Qui suis-je pour juger ? ». On pourrait également rappeler que le pape n’est pas là pour satisfaire les revendications LGBT ni que l’Eglise se mette à applaudir à l’avortement, la capote ou prône le mariage pour tous. De toute manière, dans une société déchristianisée, il est assez étonnant que l’on s’occupe du pape seulement quand il parle des mœurs. Sans compter que son pouvoir temporel est assez limité sur la question : l’Eglise catholique n’a jamais eu les moyens, l’aurait-elle voulu, d’empêcher la plupart des pays d’adopter, par exemple, des législations sur le mariage homosexuel. Simplement, et encore une fois, qu’on soit d’accord ou non, cette église et ce pape sont dans leurs rôles.

Plus tolérant que le pape, tu meurs

Mais le plus gênant, dans cette séquence hystérique, est ailleurs. Quand le pape dit une bêtise sur les gays, on le lapide. En revanche, quand il publie coup sur coup des encycliques prônant l’accueil inconditionnel des migrants, dénonçant la responsabilité de l’économie de marché dans la destruction de la planète et le réchauffement climatique, stigmatisant les sociétés inhumaines que prépare le libéralisme qui marchandise tout, même le vivant, là, ce n’est jamais relayé. Jamais.

Ni par les pouvoirs en place, mais là c’est logique, puisqu’ils sont pour la plupart, et notamment en France, les exécutants zélés des desiderata patronaux, ni par la gauche progressiste qui aurait bien pourtant besoin d’une colonne vertébrale idéologique comme l’était la théologie de la libération dont ce pape argentin est issu. C’est à dire une théologie qui va jusqu’au bout du message évangélique d’amour pour les plus faibles, de partage des richesses et de respect de la vie humaine dans toute ses dimensions.

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Parce que cette gauche qui n’existe plus en Europe, ou presque, elle peut m’expliquer si elle connaît dans le monde un chef d’Etat plus progressiste que le pape François ? Erdogan ? Trump ? Poutine ? Salvini ? Macron ? Sans rire…

Mais non, dans un pavlovisme impeccable, le pape, c’est le mal, le pape, c’est réac. Dehors, le pape…

Le Capital est rusé : il a réussi à faire croire à la gauche sociétale que l’émancipation, la seule vraie, ce serait le mariage de deux autoentrepreneurs de 72 ans. Et tant pis si on le célèbrera dans les ruines radioactives de la société industrielle.

Alors, ce sera sans moi.

Je préfère encore écouter le vieil homme en blanc me parler de la vraie vie.

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