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Le réseau Canopé de l’Éducation nationale, haut-lieu du pédagogisme

Camélia Jordana proposée parmi les outils des pédagogos!

Le réseau Canopé de l’Éducation nationale, haut-lieu du pédagogisme
Les thèses woke que combat Jean-Michel Blanquer sont promues par ses propres services © ERIC DESSONS/JDD/SIPA Numéro de reportage : 01034557_000108

Nous célébrons demain dans nos écoles la loi du 9 décembre 1905. Cette Journée de la laïcité à l’école donne lieu chaque année « à des projets instructifs, ambitieux, originaux, qui font vivre la laïcité au sein des établissements », précise le site de l’Éducation nationale. Comme c’est alléchant… En réalité, la propagande wokiste n’est pas loin !


À cette occasion, des « ressources pédagogiques » sont mises à la disposition des enseignants via le site Éduscol. À partir de ce site, le Réseau Canopé (éditeur officiel des ressources pédagogiques de l’Éducation nationale) conseille aux enseignants d’« aborder les valeurs républicaines et la notion de vivre ensemble par le biais de la musique en classe » [1]. Il est proposé, pour « sensibiliser à la laïcité », de se rendre sur le site “Les Enfants de la Zique”, un « support pédagogique de tout premier choix ! »

Rien n’échappe à l’idéologie woke qui s’incruste partout, le plus grave est que cette dernière prospère là où elle devrait être la plus combattue

Avant de visiter le site en question, il convient de regarder ce qu’entend par laïcité le Réseau Canopé qui est, rappelons-le, un réseau officiel du ministère de l’Éducation nationale. La laïcité, sur Canopé, c’est large, très large, très très large. Il est surtout question de sensibilité, de vécu, de prise de conscience, de droits des femmes, des étrangers, du peuple, etc. En vérité on est loin, très loin, très très loin de la définition de la laïcité pourtant affichée sur le site du gouvernement : garantie de la liberté de conscience, neutralité de l’État et séparation de l’État et des organisations religieuses, égalité de tous devant la loi, droit d’avoir ou de ne pas avoir de religion, égalité des citoyens quelles que soient leurs convictions ou leurs croyances, affirmation que personne ne peut être contraint au respect de dogmes et de prescriptions religieuses, pour l’essentiel.

Ah les jolies causes à défendre que voilà

Les six sujets déclinés sur Canopé pour « sensibiliser » les élèves à la laïcité ne concernent à aucun moment la… laïcité. Ils embrassent en revanche nombre de causes wokistes et identitaires. Les voici, in extenso : 1) la question identitaire, 2) l’homophobie et les droits LGBT, 3) l’égalité entre les filles et les garçons et les violences sexuelles, 4) les violences de guerre et le travail de mémoire, 5) la conscience écologique, 6) la paix et le vivre ensemble.

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Le réseau Canopé propose alors aux enseignants de se rendre sur le site “Les Enfants de la Zique” et de faire entendre à leurs élèves des chansons en rapport avec les sujets ci-dessus. Impatient, je m’y rue.

La chanteuse Jeanne Cherhal psalmodie une sorte de prière intitulée “Quand c’est non, c’est non”. Il ne s’agit visiblement pas d’une chanson sur l’interdiction d’apostasie dans l’islam ; le site indique en effet que la chanteuse « construit un espace de réflexion sur la question du consentement en confrontant le point de vue d’un homme de mauvaise foi, et les voix polyphoniques des femmes qui s’opposent à ses propos brutaux, hérités de la culture du viol ». Ne manquent que les mots « patriarcat » et « masculinité toxique » pour parfaire ce tract néoféministe.

Pour illustrer la « conscience écologique », Canopé renvoie à une babiole intitulée “Madame Nature” qui est, nous apprend-on, « une chanson engagée » dans laquelle « la nature transparaît à travers les termes : “planète”, “saisons”, “arbres”, “rivières”, “animaux”, etc. » [L’Encyclopédie des Chansons Engagées est formelle : il est excessivement rare que la nature transparaisse à travers des termes comme “boulon”, “vilebrequin”, “caoutchouc” ou “roue de secours”]

La suite est un massacre

Pour ce qui concerne la « question identitaire », les professeurs pourront faire écouter à leurs élèves la chanson intitulée “Ma gueule”, écrite et chantée par… Camélia Jordana. Petit rappel : Camélia Jordana a déclaré sur un plateau télé en mai 2020, à propos des “victimes des violences policières” : « Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau. » Ou, lors de la sortie de son album en janvier 2021 : « L’ensemble de ces chansons disent que si j’étais un homme, je demanderais pardon […] Car les hommes blancs sont […] responsables de tous les maux de la terre. » Le réseau Canopé explique que « “Ma gueule” ou “Inch Allah” sont deux titres (de Camélia Jordana) qui nous permettent de penser la France dans laquelle nous vivons, puisqu’ils tendent un miroir à la société, l’invitant à se regarder en face », et qu’elles dessinent « une société aux multiples facettes grâce à un métissage musical et au plurilinguisme. » [Exercice pédagogique : dans ces deux dernières citations, dites quels mots ou expressions auraient pu être avantageusement remplacés par “pays de merde”, “honte de soi”, “battre sa coulpe” dans la première ; et “multiculturalisme joyeux”, “créolisation harmonieuse” et “espéranto inclusif” dans la seconde.]

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Si cette dévotion intéressée de certains à la “laïcité républicaine” peut légitimement énerver, il est encore plus irritant de constater que des agents officiels de l’Éducation nationale ne l’utilisent plus que pour promouvoir des phénomènes relevant du militantisme identitaire, multiculturaliste, écologiste ou néoféministe. Ceux qui semblent vouloir lutter contre ces phénomènes ne peuvent rien contre les idéologues qui manigancent dans leurs propres services. C’est le cas malheureux de Jean-Michel Blanquer. Preuve en est cette dernière démonstration d’entrisme militant et doctrinal dans l’Éducation nationale : sur ce même réseau Canopé, pour faire connaître les préfixes d’origine grecque ou latine, il est proposé à l’élève de collège de rechercher « l’étymologie et la signification des préfixes “hétéro”, “homo”, “trans”, “cis”, “inter” et “bi” » (cf. l’édifiant article des cofondateurs de l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires dans Le Figaro du 29 novembre)

De la laïcité à l’étymologie, de la littérature aux sciences sociales, de l’orthographe aux “sciences de la vie”, rien n’échappe à l’idéologie woke qui s’incruste partout. Le plus grave est que cette dernière prospère là où elle devrait être la plus combattue, dans le lieu qui devrait n’être que celui de la transmission des savoirs et qui, de plus en plus, devient l’antre de la propagande déconstructiviste la plus virulente.

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[1] https://www.reseau-canope.fr/actualites/actualite/la-musique-comme-outil-de-sensibilisation-a-la-laicite.html


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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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