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«Notre-Dame brûle»: la foi à l’épreuve du feu

Le film de Jean-Jacques Annaud sur la tragédie d’avril 2019, en salles, à voir absolument

«Notre-Dame brûle»: la foi à l’épreuve du feu
© Mickael Lefevre – BSPP

Pour son 15ème long-métrage, le réalisateur Jean-Jacques Annaud nous offre un film impressionnant et réaliste.


Lundi 15 avril 2019, 18 h 17. L’alarme incendie de Notre-Dame se déclenche. Le chef de la sécurité, dont c’est le premier jour de poste, signale immédiatement l’alerte. La messe en cours est suspendue au grand agacement du prêtre officiant, habitué aux dysfonctionnements de la détection incendie ; les touristes sont évacués. Un vigile -asthmatique- monte examiner la charpente, mais ne trouve rien. Il n’a pas vu ce qu’une caméra a montré au spectateur : la cigarette allumée, poussée par le vent dans la charpente en bois, et dont la fumée a activé le détecteur incendie.

Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes

Les touristes sont alors invités à revenir dans l’édifice. Ils sont partout: la scène inaugurale suit d’ailleurs des guides présentant en différentes langues Notre-Dame à leurs ouailles en goguette. Elle témoigne assez finement de l’immense symbole qu’est la cathédrale, et montre simultanément l’intense activité touristique qu’elle génère, les visiteurs étant nettement plus nombreux que les fidèles assistant à la messe.

Lorsque l’alarme se répète, le vigile retourne examiner la charpente, et ne constate toujours rien d’anormal. Ses propos sur les nombreux dysfonctionnements du système anti-incendie qui n’ont pas été pris en considération donnent un écho terrible au rapport de Paolo Vannucci commandé par Manuel Valls en 2016, qui concluait à la nécessité de remédier à la quasi-inexistence de systèmes de protection de la toiture contre l’embrasement… mais ne fut pas utilisé à l’époque. Lorsque le vigile referme la porte, les fumées montent déjà dans le ciel derrière lui – et les passants commencent à prendre des photos.

Un hymne aux pompiers?

Finalement alertés par des signalements téléphoniques, les pompiers de Paris partent en mission. Ils deviennent alors les principaux protagonistes du film, luttant pour sauver Notre-Dame des flammes pendant plusieurs heures, parfois malgré elle, tant sa structure et l’exigüité de certains accès gênent leur progression. On se prend à enrager contre tous les éléments qui ralentissent leur avancée: embouteillages et foules compactes, gouttes de plomb fondu trouant les lances anti-incendie, méconnaissance du vocabulaire spécialisé et du lieu qui ralentit leur recherche des saintes reliques, absence du régisseur qui a accès à des clés utiles, etc. Lucide, le général Gallet comprend rapidement que l’incendie va avoir des répercussions politiques : « Ça va débarquer de partout : les officiels, les politiques, les célébrités. On va avoir deux feux à gérer ».

notre dames ruines eglise france
Notre-dame de Paris. Auteurs : HOUPLINE/SIPA.

Extrêmement bien documenté, le film évite l’écueil facile de transformer les soldats du feu en héros extraordinaires dotés de caractéristiques morales surhumaines. Il nous donne à voir leur courage professionnel quotidien, eux qui réalisent en même temps que les témoins la gravité de la situation. Leur esprit d’entraide et leur code moral prennent alors tout leur sens, leur permettant de se secourir les uns les autres tout en surmontant leurs différences pour affronter un ennemi supérieur. Une scène marquante montre d’ailleurs un désaccord entre un pompier et son officier, qui ne prend pas en compte son avis. Le premier ironise en lançant au second que lui « n’a pas la chance d’avoir des parents riches ni d’avoir fait une école d’officiers » . Plus tard, l’officier écoutera cette fois le conseil de son subordonné, qui a identifié un foyer susceptible d’être circonscrit. En y envoyant une équipe, ils parviendront à éteindre l’incendie, après 15 heures de lutte, ensemble dans ce brasier.

Finalement, le film n’est pas un hymne aux pompiers ; il montre des pompiers qui sont eux-mêmes un hymne au courage, à l’entraide, et à l’abnégation. Ils luttent contre l’ennemi qu’ils ont choisi en embrassant cette carrière.

Un « ennemi charismatique »

Cet ennemi, c’est le feu, « le plus charismatique des méchants », dixit Jean-Jacques Annaud. On ne peut que lui donner raison, tant les pluies d’étincelles, l’enfer du brasier, les effondrements enflammés et la perfidie des flammes constituent des éléments cinématographiques extrêmement impressionnants visuellement.

Le feu colore certaines scènes de façon infernale – la tentative d’identification infructueuse du foyer principal de l’incendie par exemple-, et en nimbe d’autres d’un halo quasi-surréaliste, donnant une dimension mystique à la recherche de la couronne d’épines du Christ. Sa violence en fait l’antagoniste principal du film, projetant les pompiers sur plusieurs mètres lorsque le plafond de la nef s’effondre. En prenant le parti de privilégier plutôt des plans fixes travaillés la caméra à l’épaule, Annaud donne à voir des tableaux spectaculaires qui donnent au film sa véritable dimension cinématographique et visuelle.

Le feu incarne ici le Mal immatériel qui sourd partout, et hurle férocement. Par moments, le spectateur devient le témoin d’une lutte entre Satan et Dieu, représentés respectivement par les flammes et Notre-Dame. Seule la véracité des faits présentés lui rappelle que ce qu’il voit a bien eu lieu dans le monde réel.

La dernière bataille contre l’incendie, scène marquante

L’ultime tentative des pompiers sera la bonne. Alors que l’un d’eux – le seul pompier resté sec, capable donc de s’aventurer au plus près du feu – lutte contre le foyer proche du bourdon pour éviter l’effondrement de la cloche colossale, celui qui a permis d’entreprendre cette dernière bataille entend les chants d’espoir venus de la foule.

Cette scène, qui utilise des images d’archive, nous rappelle avec émotion que la foi s’est trouvée magnifiée ce 15 avril, alors que des Chrétiens se sont mis spontanément à entonner en foule le « Je vous salue Marie » et d’autres prières. Aidé par un montage remarquable et efficace, le réalisateur choisit ici d’entremêler les images de fidèles chantant et celles de la bataille de la dernière chance contre le feu. Les chants sacrés sont transfigurés, et cette catharsis spontanée devient l’outil indispensable à l’ultime exorcisme permettant la victoire des pompiers.

Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes comme le matérialisme, l’économisme ou la perte de transcendance. Avec « Notre-Dame brûle », Jean-Jacques Annaud montre encore une fois la formidable maîtrise de son art et son talent unique de cinéaste régulièrement capable d’utiliser le réel pour le dépasser et édifier le spectateur.

À voir absolument !

Le cinéaste Jean-Jacques Annaud © Guy Ferrandis

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Enseignant à l’École de Guerre Économique, Louis Favrot a créé et anime le blog « Libres Paroles ». Il y décrypte des contenus médiatiques et s’intéresse particulièrement à la guerre informationnelle et à la lutte des idées dans l’espace médiatique.

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