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Afrique du Sud: de vieilles blessures mal cicatrisées

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En Afrique du Sud, la libération imminente de Janusz Jakub Waluś, emprisonné pour l’assassinat d’un communiste il y presque trente ans, ravive les passions et les tensions de l’époque des luttes pour mettre fin à l’apartheid.


C’est une décision qui a soulevé un tollé en Afrique du Sud. Condamné pour le meurtre en 1993 de Chris Hani, charismatique leader communiste, Janusz Jakub Waluś va être prochainement libéré après avoir passé plus de trente ans derrière les barreaux. Polonais d’origine, il avait émigré en Afrique australe durant sa jeunesse et s’était engagé comme militant au sein du mouvement de résistance afrikaner, AWB, d’Eugène Ney Terreblanche.
L’annonce de sa prochaine libération a ré-ouvert des plaies en Afrique du Sud. Aujourd’hui âgé de 69 ans, il cristallise encore autour de lui toutes les passions héritées de la lutte anti-apartheid. Arrivé dans les années 80 en Afrique du Sud où sont déjà installés son père et son frère (ils ont réussi à fuir le régime communiste de Varsovie), il va rapidement adopter l’idéologie d’un pays marqué par l’histoire de la ségrégation raciale et adhérer au Parti National (NP) qui dirige le pays depuis 1948. Il travaillera, un temps, dans l’entreprise familiale de verrerie avant de se reconvertir en conducteur de camion. Avec l’entrée des métis et des Indiens au parlement, Janusz Jakub Waluś va de plus en plus se radicaliser. Il ne tarde pas à rejoindre le mouvement de résistance afrikaner (AWB) dont la svastika à trois branches dans un cercle blanc sur fond rouge n’est pas sans rappeler celle du nationalisme-socialisme allemand. Le parti est dirigé par Eugène Ney Terreblanche, un descendant de huguenots français, dont les diatribes enflammées sont dirigées contre le NP, accusé de trahir la minorité blanche. 
Le tournant politique de Janusz Jakub Waluś intervient entre 1990 et 1991, quand le président Frederik de Klerk annonce, à la surprise générale, la fin de l’apartheid, la légalisation du Parti communiste sud-africain (SACP) et la libération de Nelson Mandela, le leader historique de l’African National Congress (ANC). C’est justement des rangs de ce parti qu’est sorti Martin Thembisile Hani. Ce natif du Transkei, un bantoustan créé de toute pièce par Pretoria, est un catholique qui s’est s’engagé dans le combat contre l’apartheid dès 1957. Il a tout juste 15 ans. Il va apprendre les rudiments de la lutte armée, les passages d’une nouvelle bible qui lui paraît plus inspirante : celle écrite par Karl Marx. Son activisme armé lui vaut d’être arrêté à plusieurs reprises au cours des décennies suivantes. Surnommé « Chris » par ses camarades de combat, il va se former militairement en Rhodésie du Sud (actuelle Zimbabwe) et se mue peu à peu en chantre de l’insurrection générale contre le gouvernement blanc. Chris Hani quitte l’ANC et rejoint le Parti communiste sud-africain dont il va gravir rapidement les échelons jusqu’au poste de secrétaire-général.
Pour une partie de la jeunesse africaine, il est un leader né à qui nombre d’analystes politiques prédisent un destin présidentiel. Chris Hani ne cache pas ses ambitions, devient l’ennemi numéro un de l’extrême-droite afrikaner. Mais aussi de l’ANC qui l’accuse de vouloir plonger le pays dans une vaste guerre civile au moment où le parti de Nelson Mandela tente de négocier une transition pacifique avec le NP. Une situation conflictuelle dans laquelle Janusz Jakub Waluś est partie prenante. L’idée de voir un communiste noir accéder au strapontin suprême et humilier les Blancs lui est insupportable. Son racisme est nourri par les discours de Terreblanche et par ses discussions avec des membres du Parti conservateur (CP). Il se décide à agir. Le matin du 10 avril 1993, Janusz Jakub Waluś, au volant de sa Ford Laser rouge, se positionne devant la maison de Chris Hani. Il attend patiemment que le leader communiste sorte de chez lui. L’attente sera brève. Alors qu’il s’apprête à fermer la porte de son garage, Hani est fauché par deux coups de feux. 

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Blessé, il se relève, titube et s’effondre dans une mare de sang. Calmement, pistolet à la main, Janusz Jakub Waluś vient de l’abattre froidement avant de lui asséner deux balles supplémentaires. Il sera arrêté plus tard dans la journée grâce aux témoignages du voisinage qui n’a raté aucun moment de cette scène.Le gouvernement de Frederik de Klerk a perdu la main. L’enquête démontre que Janusz Jakub Waluś a bénéficié de l’aide du député conservateur, Clive Deby-Lewis (1936-2016), et de son épouse qui lui ont fourni l’arme encore fumante retrouvée dans sa voiture. Pis, on découvre qu’elle fait parti d’un lot d’armements militaires volé par l’extrême-droite sud-africaine. Les obsèques de Chris Hani seront à la hauteur de sa réputation. Plus de 100 000 personnes assistent à ses funérailles, émaillées par des incidents et autres appels au calme relayés par Nelson Mandela. L’action du plus célèbre prisonnier de la lutte anti-apartheid permettra au pays de ne pas basculer dans une guerre raciale. Ce qui n’empêche pas les mouvements afrikaners (dont l’AWB et le CP), menés par le général Constand Viljoen, de se rassembler au sein de l’Afrikaner Volksfront (AVF) en prévision de l’inéluctable. En prison, Janusz Jakub Waluś suit les événements dans l’attente de son procès. Chez lui, on a retrouvé une liste de personnalités africaines à abattre dont le nom de Chris Hani en troisième position et celui de Mandela. En assassinant Hani, il espérait faire sombrer le pays dans le chaos pour mieux rétablir la domination de la « race blanche » et permettre l’instauration d’un régime militaire. L’attentat a renforcé les mouvements extrémistes afrikaner dans leur volonté d’empêcher les Noirs d’arriver au pouvoir. « Si Hani n’avait pas été abattu, je l’aurais fait moi-même ! » n’hésite pas à déclarer Terreblanche au cours d’un discours public à Port Elizabeth alors que le procès du meurtrier se tient en direct. 
Janusz Jakub Waluś assume son crime et sera condamné à mort en octobre 1993 (avant que sa peine soit commuée à la prison à vie deux ans plus tard) devenant une légende au sein de l’afrikanerdom. 

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Avec la mise en place de la Commission réconciliation et vérité (TRC), il tente d’obtenir une amnistie qui lui est refusée en 1998. Depuis, l’AWB a perdu de sa superbe et son leader a fini également en prison avant d’être assassiné en 2010, battu à mort par ses employés noirs. L’AVF a raté son coup d’Etat et accepté de participer in extrémis aux élections multiraciales de 1994 en échange d’un référendum sur l’établissement d’un volkstaat blanc (il n’a jamais été organisé). Janusz Jakub Waluś contemple l’échec de ses idées sans mot dire. En 2016, contre toute attente, la Haute-Cour de justice accepte de le libérer mais indique qu’il est déchu de sa nationalité, expulsable vers la Pologne. Face aux protestations, les accusations de parodie de justice (« La juge n’est qu’une raciste » déclare Limpho Hani, la veuve de Chris Hani, dans le Times), le ministère de la Justice intervient et fait annuler cette décision devant la Cour suprême. Retour à la case départ pour Janusz Jakub Waluś qui a réintroduit une nouvelle demande de remise en liberté en octobre 2021. Il aura fallu un an à la justice sud-africaine pour trancher de nouveau en sa faveur.
« J’ai beaucoup de remords pour ce que j’ai fait. Je me rends compte aujourd’hui que c’était totalement inacceptable. Depuis mon incarcération, je suis revenu à la foi catholique romaine, ce qui m’a aidé à comprendre pleinement mes méfaits. J’ai accepté la nouvelle Afrique du Sud et sa constitution », a déclaré Janusz Jakub Waluś au Times, affirmant même que «le régime d’apartheid avait été une erreur ». Une repentance qui n’a pas convaincu la famille de Chris Hani qui a fait part dans la presse de sa « tristesse, sa colère et son sentiment de trahison » à l’annonce du verdict du tribunal de Pretoria. À sa sortie de prison, dont la date n’est pas encore connue, Janusz Jakub Waluś sera envoyé vers la Pologne « où il devrait être accueilli comme un héros » regrette d’ors et déjà la presse sud-africaine.

Après « Nous sommes en guerre… »

Voici la série glaciale et glaçante : « Sobriété énergétique » réalisée par le pouvoir.


Vous avez sans doute aimé les deux saisons de la série « Nous sommes en guerre ». Rappelez-vous : « les gestes-barrière », « les produits non essentiels », mamie à la cuisine pour déguster la bûche de Noël, les autorisations de sortie qu’on s’auto-délivrait, le café dont on ne savait plus dans quelle position le boire : assis, debout ou couché. Les conseils prodigués pour aérer la maison. « Nous sommes en guerre » et ses répliques-cultes : « Il n’y aura pas de pénurie de masques », « Le masque ne sert à rien », « Le masque est obligatoire ».

Vous devriez adorer la série « Sobriété énergétique » dont le gouvernement a annoncé la sortie pour janvier, lors d’un grand raout. Organisée le 6 octobre dans l’un des grands halls de la Porte de Versailles, la promotion de la série a réuni 400 personnes (dont une dizaine de ministres) autour d’Élisabeth Borne, la réalisatrice, endoudounée.

Face à la pénurie énergétique qui s’annonce, résultant en grande partie de choix politiques malencontreux : abandon de la filière nucléaire sous Hollande, poursuite de cette politique sous Macron avec la fermeture de Fessenheim, absence de rénovation de nos centrales, il s’agissait, pour notre Premier ministre pris à la gorge, de vendre aux Français le slogan suivant : « Des économies choisies plutôt que des coupures (d’électricité) subies ».

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On fut sensible au choix rhétorique astucieux de la rime interne choisies/subies. Il fit sonner fièrement la phrase-massue pour la rendre aussi efficace qu’un coup de matraque. On aurait pourtant préféré que notre poétesse en herbe citât Victor Hugo : « Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité » (Actes et paroles). Las ! Le temps de la liberté, de l’aventure et de la poésie a vécu, place au règne de l’infantilisation, de la culpabilisation et de la prévention.

Selon Élisabeth Borne, il fallait faire baisser de 10% notre consommation d’énergie d’ici 2024. Une campagne de communication a alors démarré avec ce slogan décapant : « Je baisse, j’éteins, je décale ». On était censé se le réciter comme un mantra, mais, l’automne, exceptionnellement chaud, a plutôt stimulé l’insouciance de la cigale qui sommeille en chaque Français. Aussi, on est vite passé à autre chose, l’actualité, généreuse, aidant. Les Français furent pourtant invités à suivre le « Bison futé » de l’électricité Ecowatt, un site censé leur permettre de connaître la situation de la consommation d’électricité dans le pays, à l’instant T.  On pensa même à nommer des « ambassadeurs sobriété » dans les administrations.

C’est au printemps que le premier épisode de la série phare de notre l’hiver a été tourné. Rappelez-vous le discours de Macron du 16 avril, à Marseille. « La politique que je mènerai dans les cinq ans sera écologique ou ne sera pas ». Notre bonimenteur enterrait alors la Start-up nation et annonçait la planification écologique, récupérant « en même temps » que les idées de Jean-Luc Mélenchon, les voix de ses électeurs. Tout s’est ensuite enchaîné :  s’abritant derrière le conflit en Ukraine et le dérèglement climatique, le président a signifié « la fin de l’abondance » à des Français estourbis par le covid, la guerre lancée par Poutine et la canicule. « Pas de contrainte, de la pédagogie ». Il faut que la population prenne conscience de la gravité de la situation. Il faut « accompagner les Français ». « On doit tous se bouger », a ensuite lancé notre Dynamiteur de la République, le 5 septembre. Ce qui nous a valu un défilé des membres du gouvernement en col roulé et autres doudounes.

Nous voici maintenant en décembre : préparez-vous. Épisodes et rebondissements vont s’enchaîner. Est venue la saison de la polaire et des slips tricotés en laine de mérinos. Préparez-vous à faire de vos chaises du petit bois et faites-vous offrir du silex à Noël afin d’allumer le feu.

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Voici le teasing du deuxième épisode : « Les besoins en électricité pourraient dépasser les capacités certains jours de grand froid », a affirmé Olivier Véran, indiquant que l’exécutif veillait à « anticiper tous les scénarios possibles ». Si l’hiver est rigoureux, les coupures d’électricité risquent de toucher 60% de la population métropolitaine entre 8h et 13h et 18h et 20h. (En gros, on n’y coupera pas). Si les écoles doivent être « délestées », elles fermeront alors le matin. On n’hésitera pas, si besoin, à supprimer des trains et à fermer des lignes de métro. En principe, les sites dits « sensibles » (hôpitaux, gendarmeries, casernes de pompiers) devraient être épargnés par les coupures ainsi que les 3800 patients à « haut risques », à savoir, dépendants d’un équipement médical branché sur le secteur. Les réseaux de téléphonie mobile ne seront pas épargnés. Quant à la centrale à charbon de Saint-Avold, elle reprend du service.

En ce moment lugubre, un devoir de mémoire s’impose : en 1971, autre époque, Georges Pompidou, lançait le grand plan énergétique français : « Nous avons dans les domaines les plus avancés : nucléaire, aéronautique, espace, informatique, exploitation des océans, conquis notre place dans le peloton de tête des nations. Non par un vain désir de prestige mais par la conviction que le monde moderne est dominé par le progrès scientifique et technique et qu’un pays qui ne consent pas l’effort intellectuel et financier nécessaire pour être dans le train est condamné irrémédiablement à la médiocrité et à la dépendance ».

Que reste-il de notre France ? Laissons le dernier mot à Victor Hugo (Choses vues) : « Aucune société n’est irrémédiable, aucun Moyen-Âge n’est définitif. Si épaisse que soit la nuit, on aperçoit toujours une lumière ».

« Et si les Beatles n’étaient pas nés ? » — et autres hypothèses stimulantes

Uchronie et dystopie sont de retour, constate notre chroniqueur. Le réel auquel nous sommes confrontés étant de qualité moyenne, romanciers, essayistes et journalistes s’aventurent sur les terres de l’improbable, de l’irréel et du rêve compensatoire.


« Si j’aurais su, j’aurais pas venu », se lamente P’tit Gibus, dans la seule vraie adaptation — celle d’Yves Robert — de La Guerre des boutons, la seule fidèle au roman de Louis Pergaud : les censeurs qui contrôlent les ondes se gardent bien de la rediffuser, de peur de choquer la brigade anti-pédophilie, puisqu’on y voit à loilpé les fesses des garnements qui se chamaillent dans les forêts normandes.

Les grammairiens appellent cela l’irréel du passé : on regrette que les choses ne se soient pas arrangées autrement — mais on n’y peut rien. Là règnent en maîtres le conditionnel passé et le subjonctif plus-que-parfait.

Vivre vite, couronné cette année du Goncourt, est tout entier construit sur de telles hypothèses. Brigitte Giraud évoque toutes les occasions (ratées) qui auraient pu ne pas conduire à la mort de son compagnon dans un accident stupide. Et si, par exemple, les Japonais n’avaient pas construit la Honda 900 CBR Fireblade, dite « widow maker », qu’ils se gardaient bien d’autoriser chez eux. Je n’épiloguerai pas, j’en ai déjà parlé par ailleurs, l’un des premiers, et Sophie Bachat dans Causeur en a dit tout le bien qu’elle en pense.

Dans son numéro de fin d’année 2021, Marianne avait épuisé tous les « Et si » que les déceptions en cascade nées de cette France obsolescente pouvaient engendrer. Et dans un essai remarquablement intelligent et bien écrit, comme tout ce qui sort de sa plume, l’essayiste Pierre Bayard a jeté un long regard en arrière pour évoquer des hypothèses dont l’effet, si elles s’étaient réalisées, eût pu changer la face du monde mieux que la longueur du nez de Cléopâtre.

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« Et si les Beatles n’étaient pas nés » ? Ainsi commence ce livre, qui ne se contente pas d’effacer tel ou tel personnage, mais d’envisager son remplacement par un autre, qui existait aussi, n’était pas dépourvu de talent et auquel l’icône a fait une ombre telle qu’il a disparu corps et bien. Si les Beatles n’étaient pas nés, si Brian Epstein n’avait pas pris leur carrière en main, nous aurions dansé le slow sur «Waterloo Sunset».

C’est, on s’en souvient peut-être, le thème de Jean-Philippe, l’excellent film de Laurent Tuel, où Fabrice Luchini, fan inconditionnel de Johnny Halliday, se réveille après un léger coma dans un monde où Jean-Philippe Smet est inconnu. Mais il existe bien, pourtant — il est patron de bowling : un stupide accident de scooter l’a empêché de participer, le 30 décembre 1959, à l’émission qui l’a lancé. Non, je ne dévoilerai pas la fin, qui retourne la dystopie en uchronie.

Pierre Bayard va très loin et réhabilite par ce procédé de grandes pointures éclipsées par tel ou tel phare de l’humanité. Sans Shakespeare, par exemple, on n’aurait pas oublié Ben Jonson, auteur important de l’ère élisabéthaine, dont il ne reste (vaguement) dans les mémoires que Volpone, et encore parce que Harry Baur et Louis Jouvet l’ont interprété — disponible en intégralité ici. Mais il échafaude aussi des hypothèses corrosives : si Freud n’était pas né, aurions-nous encore des problèmes ? Si Max Brod avait brûlé les manuscrits de Kafka, conformément au vœu de son ami ? Si la CIA n’avait pas décidé de se faire éditeur et de diffuser le Docteur Jivago, sentant que le roman était une épine dans la chaussure des Soviétiques — ce qui éclipsa Le Don Paisible, splendide roman sur un thème similaire de Mikhaïl Cholokhov, et valut le Nobel à Pasternak.

Ou si Marx…  

La dystopie est bâtie sur une hypothèse noire. Ainsi, dans Le Maître du haut château, Philip K. Dick imagine que l’Axe a gagné la Deuxième Guerre mondiale, et que les Etats-Unis sont occupés à l’est par les Allemands, à l’ouest par les Japonais — et qu’un roman narrant la victoire des Alliés amène une uchronie dans la dystopie.
Parce que l’uchronie, elle, est la re-création d’un monde plus agréable à notre goût. En 1836 un certain Louis Geoffroy (1803-1858) publia Napoléon et la conquête du monde, où il raconte comment l’Empereur, après avoir subjugué les Russes, étend son empire jusqu’au Japon. Giscard d’Estaing, qui n’a jamais utilisé de nègre et qui n’a jamais copié personne, a publié en 2010 un roman intitulé La Victoire de la Grande armée qui part exactement de la même hypothèse — un hasard, probablement. Le roman de Geoffroy étant disponible sur Wikisource, chacun pourra s’en faire une idée.

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À noter que ce qui est dystopie pour les uns peut être uchronie pour d’autres. Le romancier Emmanuel Carrère, alors à l’aube de sa carrière, publia en 1986 un essai stimulant intitulé Le Détroit de Behring, où il analyse en détail les principes uchroniques : l’Encyclopedia Sovietica, après l’exécution de Beria en décembre 1953, fit effacer le nom du tortionnaire préféré de Staline de tous les exemplaires envoyés aux souscripteurs en leur expédiant un article de même format sur « Behring, détroit de » — à coller sur l’article Beria pour le faire disparaître. Évidemment ça n’effaçait pas le Goulag ni le massacre de Katyn, entre autres exactions commises par ce grand bienfaiteur de l’humanité.

Je suggère au lecteur, après avoir fait l’acquisition des ouvrages indispensables cités ci-dessus, de chercher les « Et si » les plus à même de corriger la trajectoire désastreuse de la France — ou du monde, si vous avez de l’ambition et de la démesure. Ou votre trajectoire personnelle : après tout, si la voiture qui hier soir m’a accroché la veste en virant sec en plein centre-ville avait tourné plus sec, je ne serais pas là pour écrire cette chronique — dystopie ou uchronie, à votre gré.

Parce qu’avec des « Et si », on pourrait révolutionner bien des choses. Obliger Karim Benzema à chanter la Marseillaise. Nommer Cyril Hanouna au ministère de l’Éducation, et Elisabeth Lévy à la tête de France Télévision. Imaginer que Virginie Despentes aurait enfin potassé le BLED. Ou me faire taire…

Non, ça, ce n’est pas possible — même dans les rêves fous de tous les gens qui me veulent du bien.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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L’enfer vert

D’un réalisme étonnant, Collapsus de Thomas Bronnec, raconte la fin du quinquennat d’un président écologiste qui, pour le bien des peuples et de la planète, a fait basculer la France dans un régime totalitaire.


Vous ne le savez pas encore mais Pierre Savidan a été élu neuvième président de la Ve République. Et c’est un écologiste. Enfin presque. Il a été choisi bon gré, mal gré par des Verts à bout de souffle dans un contexte de défiance générale à l’égard du monde politique et de catastrophes climatiques à répétition. À la surprise générale, il est arrivé en tête au premier tour et a été élu au second de justesse contre Violaine Roy, la candidate commune des Républicains et du RN. Et c’est ainsi que la France a glissé dans ce qu’il est convenu d’appeler une démocratie illibérale. Déjà, l’Allemagne et le Danemark s’inspirent de Pierre Savidan et de sa manière très erdoganienne de gérer à marche forcée la transition écologique.

À vrai dire, rien ne le prédisposait à la magistrature suprême. Savidan est un Breton issu des classes populaires, alcoolique repenti, autodidacte, qui a failli mourir plus jeune d’une pancréatite aiguë doublée d’une tuberculose provoquée par l’aiguille d’un tatoueur amateur. Il garde d’ailleurs sur son bras droit, comme un souvenir de ces années sombres, une vilaine tête de mort. Bref, comme l’écrit Thomas Bronnec, l’auteur de Collapsus : « Il n’était pas né pour le pouvoir, c’est le pouvoir qui était venu le chercher, au bout de vingt années ».

Savidan avait simplement décidé de commencer à surveiller son alimentation pour guérir. Et puis il s’est dit qu’il pouvait monnayer ses talents sur internet et il est devenu un gourou version xxie siècle, c’est-à-dire un influenceur avec des vidéos aux millions de vues. Adepte du crudivorisme – hormis la nourriture crue, point de salut –, il a commencé à organiser des stages payants pour un public en quête de mieux-être. Cela s’est vite transformé en une entreprise très prospère, Vitalise, qui s’est révélée, avec ses centaines de milliers de clients, une rampe de lancement idéale pour sa candidature. Il a adouci les contours de sa doctrine en prônant simplement le véganisme et en tentant de faire oublier que son antivaxisme et sa prétention à soigner le cancer lui avaient valu d’être dans le collimateur de la Miviludes, la mission interministérielle de lutte contre les sectes.

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Quand le roman commence, Savidan en est à sa quatrième année de présidence dans une ambiance préinsurrectionnelle. Parmi ses mesures phares, le SEI, « Scoring écologique individuel ». C’est une application pour smartphone. Chacun y note ses actions en faveur de la transition écologique. On est noté sur une échelle de 50 à 950, sachant qu’au-delà de 500, les impôts commencent à baisser et qu’en dessous, évidemment, ils augmentent. Si le Conseil constitutionnel s’est opposé au caractère obligatoire de l’appli, comme tout le monde a envie de payer moins d’impôts, elle a été téléchargée 38 millions de fois. L’autre mesure, c’est le programme Paire, le « Programme d’accueil individualisé et de réafilliation écologique ». Vous pouvez vous y rendre volontairement pour vous faire rééduquer et accessoirement gagner des points de bonus pour votre score écologique. Dans ces camps qui ne disent pas leur nom, on trouve du beau monde comme l’ancien secrétaire général du gouvernement et beaucoup de riches essorés fiscalement.

Une sorte de terreur verte règne dans le pays, menée par des militants fanatisés qui servent d’avant-garde éclairée à Savidan. Des groupes s’infiltrent sur les pistes d’aéroport et empêchent le décollage des avions privés des grands patrons ou des longs courriers touristiques. Ou alors, ils attaquent les maternités pour dénoncer les gens qui continuent à faire des enfants. C’est que Savidan, comme son âme damnée Fanny Roussel, une conseillère occulte, l’une de ses premières disciples, née avec un bras en moins, est convaincu que le malthusianisme est la seule solution pour éviter l’effondrement ou le « collapsus » qui marquerait la fin du monde d’ici une ou deux générations.

Lors de l’une de ces intrusions dans une maternité de l’Ouest parisien, la femme d’Olivier Fleurance, patron du plus grand groupe laitier de France, saisie de panique, se jette par une fenêtre avec son bébé. Et Fanny Roussel est filmée parmi les assaillants de la clinique. À partir de ce moment, une guerre à mort s’engage entre Savidan et Fleurance.

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La première chose qui frappe, dans ce roman, c’est sa vraisemblance. Il faut dire que Thomas Bronnec, journaliste et déjà auteur d’une trilogie sur le pouvoir, dont l’étonnant La Meute, sur la manipulation réciproque des réseaux sociaux et des politiques, est un remarquable connaisseur des institutions. On voit en détail comment les contre-pouvoirs cessent de fonctionner les uns après les autres dans un mélange de peur et d’opportunisme. La seconde est que Bronnec s’inspire, pour nous montrer à l’œuvre ce « populisme vert », du mariage potentiellement totalitaire entre une idéologie et les nouvelles technologies de l’information, ce qui était déjà l’intuition fondatrice d’Orwell dans 1984. Ce mariage est représenté par une jeune stagiaire à l’Élysée, issue de Sciences-Po avec tous les classiques de la collapsologie dans sa bibliothèque et, accessoirement, maîtresse du Président.

Ajoutez à cela une absence de manichéisme de l’auteur qui ne juge jamais : tous les personnages, même Fanny Roussel qui flirte avec la folie, ont de bonnes raisons de faire ce qu’ils font. Savidan est sincère dans son désir de sauver le monde par une décroissance féroce tandis que Fleurance n’est pas un salaud de riche, mais croit au contraire que seul le progrès permettra de sauter les obstacles.

Pour couronner le tout, on salue la lucidité de Thomas Bronnec et son questionnement inquiet : face aux crises de toutes sortes qui nous attendent, sera-t-il encore possible de gouverner démocratiquement ? Les réponses apportées à cette question lors de la récente pandémie de Covid n’invitent pas forcément à l’optimisme…

Collapsus, de Thomas Bronnec, éd. Gallimard, 480 pages, 20€.

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Ne pas tomber dans le « Panot »

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Mathilde Panot, députée LFI, a affirmé dans un tweet que la France n’était rien d’autre que les mots qui constituent sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Quid (au moins) de sa langue et de sa culture ?


Mathilde Panot, qui est tout de même à la tête du groupe parlementaire de LFI, a trouvé le moyen de produire un tweet ahurissant : « La France n’est ni une langue, ni une religion, ni une couleur de peau, la France, c’est « liberté, égalité, fraternité »».

Le professeur de français et la citoyenne française que je suis a bondi de sa chaise, et s’en prendra pour le moment à la première affirmation : « La France n’est pas une langue ».

Comment une responsable politique censée représenter les Français peut-elle leur dénier leur langue ? Et comment est-il possible de séparer un pays de celle-ci ?

Pour commencer, j’invite Mathilde Panot à relire la Constitution qui inscrit le français comme langue de la France ! Puis, je lui demande de me dire quelle est la langue de la France si ce n’est le français ?

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J’entends d’ici la réponse : toutes les langues du monde qui se tiendraient la main… Comme c’est touchant, et comme ce baiser universel ressemble étrangement à la Pentecôte où il est dit que chacun parlant dans sa langue comprenait l’autre qui parlait dans la sienne… Sauf que pour ce faire, il faut que l’Esprit Saint descende sur nous. Mathilde Panot se voudrait-elle catholique et invoquerait-elle la grâce pour que sans langue commune l’on se comprenne quand même ?

Pratiquement, on voit à quel point sans langue commune il n’y a pas de vie sociale possible. Par ailleurs, comment peut-on mépriser à ce point la littérature française et son rapport souvent si étroit avec le politique ?

Et enfin, comment peut-on inciter si visiblement tout étranger arrivant en France « à ne pas apprendre le français ? »

Au fond de ce nihilisme qui traduit une telle détestation du pays que l’on représente, je ne vois qu’une raison vraiment valable : celle d’inciter ceux qui votent pour vous à ne rien comprendre à ce que vous dites.

Sans doute le meilleur moyen de recueillir leur suffrage ? Autrement…

La hausse du prix de l’électricité en France

La Commission européenne impose une tarification «au coût marginal» qui provoque la flambée des prix et la pénurie. Pourtant, à l’âge d’or d’EDF, la France savait très bien gérer son marché de l’électricité pour le plus grand bien de ses citoyens. Il est urgent que notre pays dénonce le système imposé par l’UE !


Il est clair que les coûts de production de l’électricité en France, produite essentiellement par nos centrales nucléaires et nos barrages hydroélectriques, ne sont que très peu sensibles à la hausse du prix du gaz. La hausse du prix de l’électricité est évidemment due à la tarification dite « au coût marginal » que l’Union européenne a mise en place et qui les indexe sur les prix du gaz. C’est pourquoi il est affligeant de voir la France suivre la Commission qui cherche à en combattre les effets désastreux par des moyens aussi surprenants qu’inefficaces, au lieu de dénoncer cette tarification.

Première observation : justifier l’introduction d’une tarification en disant qu’elle est faite pour encourager la création d’un marché est une contradiction majeure. Car un marché est précisément ce qui permet la détermination des prix pertinents par la seule confrontation de l’offre et de la demande, donc sans intervention publique sur la tarification. Cette contradiction ne devrait échapper à personne.

Mais il y a des mots qui ont un pouvoir magique, celui d’écarter toute analyse rationnelle. Il en va ainsi de l’expression « marché européen », sous le prétexte duquel cette tarification a été installée[1], et de l’expression « tarification au coût marginal », qui serait le nec plus ultra en matière de règlementation des prix. Même Jean-Marc Vittori, qui nous a habitué à des raisonnements logiques et pertinents, n’y a pas échappé, si l’on croit l’article que les Echos ont publié le 17 novembre.

Il s’appuie sur Marcel Boiteux. En France, juste après la guerre, les divers producteurs d’électricité ont été regroupés dans une organisation créée pour cela : EDF. Ce regroupement a supprimé la concurrence, donc tout marché pour déterminer les prix. C’est ainsi que Marcel Boiteux, qui travaillait dans la belle équipe d’économistes de Maurice Allais, a été appelé en 1948 pour définir la politique des prix que devrait suivre ce monopole. Tarification et marché étaient donc bien perçus comme opposés.

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Non seulement ses idées ont été appliquées, mais il a pu en mesurer les effets puisqu’il a poursuivi sa carrière à EDF, pour être nommé directeur général en 1967 puis président. Son avis sur le sujet est donc particulièrement pertinent, et Jean-Marc Vittori est bien inspiré de le citer. Encore faut-il bien connaître son opinion. Or, il nous la livre dans un article de 1987 qui laisse peu de place à l’interprétation.

La partie tarifaire commence par la phrase, « Dans l’abstrait, le principe de la vente au coût marginal recueillait un préjugé favorable ». Il est amusant de constater que 54 ans après, le même préjugé demeure. Nous avons pourtant eu largement le temps de mesurer les limites de la théorie économique dite néo-classique née vers 1870 qui en est à l’origine.

La pression devait être forte puisque Marcel Boiteux introduit dans son article les expressions de « coût marginal moyen » puis de « coût marginal à long terme » qui ne gardent du coût marginal que l’appellation, alors que la réalité du concept a disparu[2]. C’est sans doute cette concession verbale qui explique pourquoi EDF est réputée utiliser une « tarification au coût marginal ».

Quoi qu’il en soit, Marcel Boiteux expose dans son article les différentes raisons pour lesquelles cette tarification est totalement inapplicable dans le cas de l’électricité. Il y décrit par ailleurs les objectifs essentiels que doit poursuivre son monopole : satisfaire la demande au moindre coût, sans fausser la concurrence avec les autres formes d’énergie. Il explique comment EDF y a répondu, notamment par le choix et la programmation de ses investissements productifs, et par une tarification destinée à amortir les pointes de consommation. Grâce à quoi la France a bénéficié pendant des années d’une électricité bon marché et sans pénurie.

Ce que l’Union européenne a mis en place pour l’électricité est très éloigné des préceptes de Marcel Boiteux. Elle cherche clairement à s’en remettre à la concurrence, qui ne permet pas là une programmation efficace des investissements. Elle impose en outre une tarification, ce qui enlève toute efficacité aux mécanismes de marché pour contenir les prix. On commence à en voir les résultats : une hausse extravagante des prix et des menaces sérieuses de pénurie.

Cette tarification européenne n’a aucun fondement économique. On s’étonne que la France ne s’abstienne pas de l’appliquer, comme le font l’Espagne et le Portugal, et passe au contraire son temps à multiplier des chèques de « protection du pouvoir d’achat », dont la conséquence première est d’augmenter l’endettement de notre pays, qui est déjà faramineux, et nous met à la merci de ceux qui veulent bien nous prêter.


[1] Ce dont a besoin en priorité le marché européen pour se développer n’est pas un tarif, mais la construction des équipements permettant les échanges transfrontaliers – lignes électriques à haute tension, gazoducs…

[2] Le coût marginal est le prix de revient de la dernière unité produite, dans l’immédiat donc à très court terme, sur le moment, et avec des investissements supposés amortis.

Pourquoi il faut aimer les riches

Impôts élevés, création de richesse, développement et maintien du secteur du luxe et de l’art, etc. : Sophie de Menthon nous explique pourquoi nous ne devons pas haïr les riches et accepter que l’égalité parfaite n’existe pas.


Nous voulons tous être riches, à quelques exceptions près, et pourtant la détestation des nantis continue de sévir de France. Tous les prétextes sont bons, inégalités, injustices, super profits, super riches, super dividendes, les pauvres qui sont pauvres, les politiques qui en rajoutent dans le partage obligatoire tout en truandant leurs propres déclarations, les aides pour les catalogués pauvres, les impôts… Un magma général ou chacun met son grain de sel.

La bourse est honnie des puristes anticapitalistes, les dividendes sont un gros mot sauf depuis que l’on veut les rendre obligatoires pour les salariés, démontrant ainsi l’inculture économique absolue de ceux qui ont eu cette super bonne idée ajoutant (sic) que c’est une façon de ne pas taxer les super profits : une super énormité ! Rendre les salariés actionnaires dans des entreprises solides non cotées on peut y réfléchir, mais prendre le dividende comme un bonus à distribuer pédagogique.

Essayons de tirer les marrons du feu de cette acrimonie nationale et quasi générale en réfléchissant un peu sur les motifs qui devraient nous faire aimer les riches. D’abord en les détestant et en voulant les appauvrir, on crée des pauvres. On est toujours le riche de quelqu’un et le pauvre de quelqu’un, l’égalité n’a pas de sens en la matière sauf à vouloir un retour au communisme le plus rigoureux. Pour François Hollande, on était riche à 4000 euros mensuels de revenu par foyer. Sans commentaire, ce n’était fondé sur rien et cela a fait pschitt, même si c’est devenu un leitmotiv qui fut un désastre pour l’unité nationale. Désigner ainsi des Français moyens était une discrimination source de conflits permanents. On estime « riche » le voisin quand celui-ci gagne le double de soi, ce devait-il être le raisonnement du président de la France ? Rappelons que les riches créent la richesse, ce n’est pas une lapalissade, c’est une vérité fondamentale, les impôts qu’ils paient (parmi les plus élevés du monde) assurent notre confort, notre santé et notre bien-être. C’est à eux que nous devons le secteur du luxe qu’au bout du compte nous aimons tous, même ceux qui n’aiment pas les riches et qui rêvent d’y accéder !

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Rappelons qu’un sac à main griffé Christian Dior, par exemple, qui coûte 5000 euros, rapporte 1000 euros à l’État… Merci à ceux qui l’achètent puisqu’ils vous reversent 1000 euros !  Mieux ce sont tous ces sacs vendus entre autres, qui permettent à un milliardaire de reconstruire une partie de Notre Dame ! « Oui, mais c’est une honte de vendre un sac si cher », « Une honte que très peu puissent l’acheter » etc. C’est ça, le raisonnement basique de la jalousie hexagonale que flatte notre gauche confiscatoire ?

 Il faut dire que notre détestation du profit est encouragée depuis… la Révolution ! On n’a pas assez guillotiné au nom de l’égalité, la guillotine aujourd’hui est fiscale. L’argent et la fortune de certains nous apportent la beauté des bâtiments, des maisons, des bijoux, des grands restaurants, le plaisir d’une consommation raffinée, la satisfaction du beau dans tous les domaines, l’art (et oui l’art ça coûte cher !). Il faut oser le dire et arrêter de jeter la pierre à tout ce qui n’est pas un nivellement par le bas au nom d’une égalité inexistante.

Oui, c’est injuste que tous n’aient pas accès à la même chose, mais il faut oser redire que l’égalité n’existe pas, l’égalité des chances certes mais il y aura toujours celui qui a réussi plus que l’autre.

Il faut avoir envie de s’enrichir. La déconsommation, très à la mode en plus grâce à l’idéologie écologiste, est une idée de peuple gâté ; cela a même abouti au « droit à la paresse » (payé par qui, ce droit ?).

Reversons, partageons mieux, gagnons, acceptons la compétition, ayons envie de nous enrichir matériellement et intellectuellement, aimons le succès. Au lieu de tout faire pour que l’on s’appauvrisse mais surtout sans riches ! Qui gagne à ce jeu de dupes ? On conteste la théorie du ruissellement, effectivement discutable, mais il n’en demeure pas moins que les emplois, les revenus, ne se créent pas dans la pénurie.  

Pitié pour nos enfants: donnons-leur envie de gagner avec bonne conscience. Dans une classe de 6ème, Louise revient triomphante : son équipe a gagné « et alors vous avez eu le prix ? » lui lance-t-on ravis… « Ah non, le prix c’est pour les perdants, nous, on avait déjà la chance d’avoir gagné » rétorque-t-elle d’un air dubitatif mais sentencieux. Cela peut faire l’objet d’un sujet de philo : vous avez 3 heures !

Par Tootatis et Polska

Tootatis et Polska, deux jeunes influenceuses reçues sur le plateau de TPMP, ont été sévèrement blâmées par le chroniqueur Guillaume Genton pour s’être montrées en public dans des tenues qui ne laissaient pas grand-chose à l’imagination. Il aurait sans doute préféré qu’elles soient voilées.


De bon matin, de retour d’une ribouldingue d’Halloween, deux jeunes et charmantes influenceuses françaises, Tootatis et Polska, se sont vu refuser l’entrée du Café des Phares, place de la Bastille, à Paris. Après une nuit apparemment mouvementée, elles souhaitaient se sustenter et voulaient juste « manger des œufs ». Motif de leur exclusion de ce bar qu’elles avaient l’habitude de fréquenter en civil : leurs tenues vestimentaires du jour, ou plutôt de la nuit, jugées inappropriées par la direction de l’établissement. De vagues « déguisements » qui, s’ils avantageaient leurs plastiques de rêve, ne pouvaient guère les faire passer pour des pensionnaires du couvent des oiseaux. Ou alors de très loin. Fort mécontentes, elles en ont fait tout un plat. Elles  ont partagé leur mésaventure avec leurs milliers de followers. Et ont été reçues chez Hanouna.

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Il faut protéger les enfants qui mangent des croissants

On eût pu penser que, dans cet espace de liberté, elles recevraient un accueil bienveillant voire qu’elles  seraient consolées de leur déboire. Que nenni ! La police du vêtement de TPMP les attendait de pied ferme.

En la personne de Guillaume Genton, expert donc en (petites) tenues. En bon professionnel, il avait pris la peine de se renseigner auprès du patron. Après une enquête minutieuse, notre envoyé spécial ne pouvait qu’approuver le gargotier : la tenue de nos deux gourgandines  auraient pu choquer « les (nombreuses) familles qui prennent leur petit déjeuner ». L’éviction des deux effrontées était donc grandement justifiée. Puisqu’il s’agit d’empêcher d’innocents bambins (et leurs pères si ça se trouve) de se rincer l’œil, de bonne heure, dans la capitale, le jour de la Toussaint, on ne peut qu’approuver. Merci patron, merci Guillaume.

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La discrimination, c’est parce que vous êtes noir ou homosexuel

Lorsque nos deux délurées ont tenté de suggérer qu’elles avaient été un tout petit peu discriminées (article 225-1 du Code Pénal) et qu’elles ne voyaient pas trop en quoi elles troublaient l’ordre public, (elles n’étaient pas à oilpé quand même), notre distingué et raffiné Guillaume, celui-là même qui, le 13 janvier, toujours chez Hanouna, avait narré en toute simplicité sa relation amoureuse avec une pétomane, leur a cloué le bec : « La discrimination, c’est quand vous êtes noir ou que vous êtes homosexuel ».

Notre arbitre des élégances avait oublié les femmes voilées ! Pour mémoire, en 2006, deux femmes voilées refoulées par la propriétaire d’un gîte vosgien sont parvenues à faire condamner celle-ci à quatre mois de prison avec sursis, à 1000 € d’amende, à 3000 € de dommages intérêt à verser aux plaignantes et 800 € à chacune des trois parties civiles, à savoir la Ligue des Droits de l’Homme, la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme et le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples. Et, ce 16 novembre, une amende de 600 €  a été requise à l’encontre d’une restauratrice d’Hendaye qui, en mai dernier, avait refusé l’entrée de son restaurant à une femme voilée. Il faut dire que ces femmes, des mamans comme il faut, étaient bien défendues, elles !

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Dur-dur d’être chroniqueur

Pour revenir à notre clash du jour, comme d’habitude, les chroniqueurs mouillèrent le maillot. Gilles Verdez, qui a l’air d’avoir les idées plus nettes depuis qu’il se lave moins afin de sauver la planète, se fit huer bien fort quand il asséna, tout fougueux, que c’était en tant que Femmes que les petites étaient discriminées. Bien tenté Gillou ! Mais, n’est pas Sandrine Rousseau qui veut. De toute façon, sur ce coup, il était bien seul. Résultat : les deux accortes minettes furent copieusement assaisonnées. Le plus déchaîné étant le sieur Genton : « Plutôt que de chercher en permanence à faire le buzz, vous devriez tra-vail-ler ». Comme chroniqueuses à TPMP ? Comme députées LFI ? Il n’a pas dit. En estocade, elles eurent droit à un savon non parfumé de Benjamin Castaldi, le roi du dress-code des hôtels cinq étoiles. Qui a sans doute oublié que c’est avec un dress-code minimaliste que Jean-Edouard et Loana l’ont lancé dans le grand bain.

Pour clôturer la séquence, un petit moment bien lunaire quand l’énigmatique Polska (qui, sur ses comptes, milite pour qu’on « laisse les meufs avoir le kilométrage qu’elles veulent ») ferma le ban en conjecturant que la délicieuse Danielle Moreau devait être jalouse ! Bref, un TPMP bien ordinaire.

TMPM une girouette bien huilée

Tootatis et Polska s’en remettront mais ce « clash » est tout à fait significatif du sens du vent que TPMP indique inexorablement. Les politiques ne s’y trompent pas : le babillage déjanté des chroniqueurs de cette « émission de débats » et les réactions de son public valent tous les sondages. Moralité donc de cette petite séquence bien anodine en apparence : dans la vraie vie, dans les bistrots, l’heure n’est plus trop de montrer sa culotte et ses roploplos. Récemment, Cyril Hanouna déclarait chez Pascal Praud que cela ne le gênait pas de voir une femme en burkini, qu’il fallait être de son temps. Il envisageait même de recruter une chroniqueuse voilée. On a hâte. 

Quand je serai grande, je serai sur OnlyFans

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De plus en plus de jeunes gens se tournent vers la production amateure de contenus osés, érotiques et parfois même pornographiques sur des plateformes comme OnlyFans qui permettent de vendre des photos ou vidéos et de générer un revenu souvent conséquent. Le premier de deux articles sur ce phénomène.


Une vidéo de TPMP, publiée le 6 novembre, reprenait une joute verbale entre l’influenceuse et invitée Ruby Nikara et le chroniqueur Guillaume Genton. Ruby Nikara venait défendre deux autres jeunes influenceuses, Tootatis et Polska, respectivement âgées de 19 et 20 ans. Celles-ci s’étaient déjà exprimées auparavant au sujet d’un restaurateur qui avait refusé de les laisser entrer dans son établissement en tenue très légère, à l’heure du petit-déjeuner. Elles avaient filmé la scène, tant elles étaient scandalisées. Guillaume Genton mit alors en lumière un thème plus important que le débat initial : « Les filles comme vous, vous êtes tellement prêtes à n’importe quoi pour qu’on croie que vous êtes des gens importants, que vous êtes des stars, que vous êtes fortunés, que le seul moyen que vous utilisez, c’est la nudité ».

Il faisait référence au site OnlyFans, un réseau social où, via un abonnement mensuel, on achète du « contenu » produit par d’autres personnes. Cette plateforme anglaise créée en 2016 avait comme premier objectif la rémunération directe des « créateurs de contenus » (artistes, modèles, professeurs de fitness, etc.) par leurs « fans ». Aujourd’hui, la plateforme héberge dans sa plus grande majorité des consommateurs et des « créateurs de contenus » érotiques et pornographiques.

On y retrouve nombre de célébrités adulées par les jeunes, comme Cardi B, une rappeuse américaine suivie par plus de 143 millions d’abonnés sur Instagram ; Bella Thorne, une ancienne enfant star de Disney des années 2000, comptant 25,3 millions d’abonnés. Et dans un registre plus français, des vedettes de la téléréalité comme Nathalie Andreani (« Secret Story ») ou Astrid Nelsia (« Les Anges ») qui dit gagner 3 572,61€ mensuellement en affirmant «[c’est] tous les mois mon salaire. Croyez-moi, je ne mens pas.»

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Durant la pandémie, OnlyFans est devenu populaire auprès des personnes au chômage ou travaillant à domicile ; mais aussi et surtout auprès des adolescents, déjà sur des réseaux sociaux comme TikTok et Instagram. Certains jeunes reconnaissent en des influenceurs des modèles et rêvent de leurs modes de vie à coup de marques de luxe, de sorties nocturnes, de belles voitures et de l’Eldorado : Dubaï.

Si cela ne restait qu’un rêve. Malheureusement, beaucoup de jeunes sont convaincus par cette solution facile. D’autant que selon une enquête récente de l’IFOP, les jeunes français (18-34 ans) n’aiment plus et ne veulent plus travailler. Ce que soulignait très justement Guillaume Genton, dans la suite de son démêlé avec Ruby Nikara : « Vous êtes une génération qui ne fait aucun effort, qui ne veut pas travailler. Et votre seul moyen d’exister et de gagner de l’argent est de se mettre à poil. On vit malheureusement dans un monde où c’est mieux payé de poser en string dans un lit que d’aller bosser ».

Plus désolant encore, lorsque Cyril Hanouna demanda à Tootatis et Polska ce que pensaient leurs parents de leurs activités affriolantes, elles répondirent sans avoir conscience de la gravité et de la tristesse de la situation : « ils [les parents] disent si ça rapporte de l’argent, c’est bien ». Effroi général sur le plateau.

La musique n’adoucit pas les moeurs

Une députée insoumise n’aime pas la musique militaire, car elle préfère la paix à la guerre. Mais que faire quand on nous déclare la guerre ? A qui faire appel pour nous défendre ?


Marchons, marchons, qu’une musique impure n’arrose notre audition 

La Délégation Militaire Départementale du Tarn et l’Académie d’Albi ont organisé, le 22 novembre 2022, un concert de l’orchestre Musique des Parachutistes accompagné d’une chorale de cent élèves des collèges publics de la région.

Cette opération, qui met en pratique le slogan de l’inclusion et du vivre-ensemble, eût dû, logiquement, recueillir les félicitations de la classe politique, toutes tendances confondues. Que nenni ! Madame Karen Erodi, députée insoumise, y a trouvé une occasion d’exister enfin, conjuguant le verbe en LFIste dans le texte : un « Détruire, dit-elle » qui n’a rien à voir avec Duras, et tout avec le Moravia du « Mépris ». 

« Exister » contre « Résister »

À défaut de réflexion, la députée du Tarn a des réflexes : quand elle entend le mot culture, elle sort son antimilitarisme primaire. Elle a publié un communiqué dans lequel les élans religieux le disputent à l’ignorance la plus crasse : « Maudite soit la guerre ! Hélas, nous savons que la paix est un combat bien plus grand et difficile que la guerre. […] L’Éducation Nationale doit s’attacher à promouvoir l’universalité des droits humains contre la haine d’autrui et son exaltation guerrière au travers des chants militaires non républicains. […] Je dénonce avec la plus grande fermeté l’organisation du concert de l’orchestre d’harmonie Musique des Parachutistes avec les chorales d’élèves collégiens du Tarn… Évitons d’utiliser nos enfants pour chanter les louanges de Napoléon et de la guerre ».

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Elle aurait pu demander le programme

Un slogan est fait pour frapper, pas pour expliquer. Cela tombe bien, car Madame Erodi espère convaincre que la paix fait plus mal que la guerre, sans donner d’explication sur la façon de réagir, lorsque l’ennemi vous la déclare. En 1939, elle aurait applaudi à Munich et se serait jetée dans le difficile combat de la collaboration ?

Ajoutons qu’elle aurait pu aussi maudire la maladie et la mort, cela ne mange pas plus de pain et cela l’aurait rendue agréable, à défaut d’utile.

Enfin, achevons-la en suggérant que si elle avait consulté le programme, ça lui aurait évité le ridicule, et à nous, le spectacle de sa mauvaise foi. En effet, en première partie de ce concert, ont été interprétées des musiques de films, Indiana Jones et Harry Potter, entre autres, qui promeuvent l’exploration (colonialiste ?) et la magie (belliqueuse ?), mais pas le wokisme.

En deuxième partie, l’orchestre et les chœurs ont offert au public des œuvres classiques : Faust (Gounod) et Carmen (Bizet). Quant à l’Ode à la Joie de Beethoven, que les chorales ont chantée avant La Marseillaise, on croit se rappeler que l’Union européenne en a fait son hymne. Moins « non républicain », tu meurs, mais la députée insoumise au réel y voit des louanges qui lui déclenchent des prurits intellectuels.

Intellectuels, intellectuels, est-ce que les députés LFI ont des gueules d’intellectuels ?

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Afrique du Sud: de vieilles blessures mal cicatrisées

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Maniffestation devant la prison de Kgosi Mampuru contre la libération de Janusz Walus à Pretoria, Afrique du Sud, le 30 novembre 2022.

En Afrique du Sud, la libération imminente de Janusz Jakub Waluś, emprisonné pour l’assassinat d’un communiste il y presque trente ans, ravive les passions et les tensions de l’époque des luttes pour mettre fin à l’apartheid.


C’est une décision qui a soulevé un tollé en Afrique du Sud. Condamné pour le meurtre en 1993 de Chris Hani, charismatique leader communiste, Janusz Jakub Waluś va être prochainement libéré après avoir passé plus de trente ans derrière les barreaux. Polonais d’origine, il avait émigré en Afrique australe durant sa jeunesse et s’était engagé comme militant au sein du mouvement de résistance afrikaner, AWB, d’Eugène Ney Terreblanche.
L’annonce de sa prochaine libération a ré-ouvert des plaies en Afrique du Sud. Aujourd’hui âgé de 69 ans, il cristallise encore autour de lui toutes les passions héritées de la lutte anti-apartheid. Arrivé dans les années 80 en Afrique du Sud où sont déjà installés son père et son frère (ils ont réussi à fuir le régime communiste de Varsovie), il va rapidement adopter l’idéologie d’un pays marqué par l’histoire de la ségrégation raciale et adhérer au Parti National (NP) qui dirige le pays depuis 1948. Il travaillera, un temps, dans l’entreprise familiale de verrerie avant de se reconvertir en conducteur de camion. Avec l’entrée des métis et des Indiens au parlement, Janusz Jakub Waluś va de plus en plus se radicaliser. Il ne tarde pas à rejoindre le mouvement de résistance afrikaner (AWB) dont la svastika à trois branches dans un cercle blanc sur fond rouge n’est pas sans rappeler celle du nationalisme-socialisme allemand. Le parti est dirigé par Eugène Ney Terreblanche, un descendant de huguenots français, dont les diatribes enflammées sont dirigées contre le NP, accusé de trahir la minorité blanche. 
Le tournant politique de Janusz Jakub Waluś intervient entre 1990 et 1991, quand le président Frederik de Klerk annonce, à la surprise générale, la fin de l’apartheid, la légalisation du Parti communiste sud-africain (SACP) et la libération de Nelson Mandela, le leader historique de l’African National Congress (ANC). C’est justement des rangs de ce parti qu’est sorti Martin Thembisile Hani. Ce natif du Transkei, un bantoustan créé de toute pièce par Pretoria, est un catholique qui s’est s’engagé dans le combat contre l’apartheid dès 1957. Il a tout juste 15 ans. Il va apprendre les rudiments de la lutte armée, les passages d’une nouvelle bible qui lui paraît plus inspirante : celle écrite par Karl Marx. Son activisme armé lui vaut d’être arrêté à plusieurs reprises au cours des décennies suivantes. Surnommé « Chris » par ses camarades de combat, il va se former militairement en Rhodésie du Sud (actuelle Zimbabwe) et se mue peu à peu en chantre de l’insurrection générale contre le gouvernement blanc. Chris Hani quitte l’ANC et rejoint le Parti communiste sud-africain dont il va gravir rapidement les échelons jusqu’au poste de secrétaire-général.
Pour une partie de la jeunesse africaine, il est un leader né à qui nombre d’analystes politiques prédisent un destin présidentiel. Chris Hani ne cache pas ses ambitions, devient l’ennemi numéro un de l’extrême-droite afrikaner. Mais aussi de l’ANC qui l’accuse de vouloir plonger le pays dans une vaste guerre civile au moment où le parti de Nelson Mandela tente de négocier une transition pacifique avec le NP. Une situation conflictuelle dans laquelle Janusz Jakub Waluś est partie prenante. L’idée de voir un communiste noir accéder au strapontin suprême et humilier les Blancs lui est insupportable. Son racisme est nourri par les discours de Terreblanche et par ses discussions avec des membres du Parti conservateur (CP). Il se décide à agir. Le matin du 10 avril 1993, Janusz Jakub Waluś, au volant de sa Ford Laser rouge, se positionne devant la maison de Chris Hani. Il attend patiemment que le leader communiste sorte de chez lui. L’attente sera brève. Alors qu’il s’apprête à fermer la porte de son garage, Hani est fauché par deux coups de feux. 

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Blessé, il se relève, titube et s’effondre dans une mare de sang. Calmement, pistolet à la main, Janusz Jakub Waluś vient de l’abattre froidement avant de lui asséner deux balles supplémentaires. Il sera arrêté plus tard dans la journée grâce aux témoignages du voisinage qui n’a raté aucun moment de cette scène.Le gouvernement de Frederik de Klerk a perdu la main. L’enquête démontre que Janusz Jakub Waluś a bénéficié de l’aide du député conservateur, Clive Deby-Lewis (1936-2016), et de son épouse qui lui ont fourni l’arme encore fumante retrouvée dans sa voiture. Pis, on découvre qu’elle fait parti d’un lot d’armements militaires volé par l’extrême-droite sud-africaine. Les obsèques de Chris Hani seront à la hauteur de sa réputation. Plus de 100 000 personnes assistent à ses funérailles, émaillées par des incidents et autres appels au calme relayés par Nelson Mandela. L’action du plus célèbre prisonnier de la lutte anti-apartheid permettra au pays de ne pas basculer dans une guerre raciale. Ce qui n’empêche pas les mouvements afrikaners (dont l’AWB et le CP), menés par le général Constand Viljoen, de se rassembler au sein de l’Afrikaner Volksfront (AVF) en prévision de l’inéluctable. En prison, Janusz Jakub Waluś suit les événements dans l’attente de son procès. Chez lui, on a retrouvé une liste de personnalités africaines à abattre dont le nom de Chris Hani en troisième position et celui de Mandela. En assassinant Hani, il espérait faire sombrer le pays dans le chaos pour mieux rétablir la domination de la « race blanche » et permettre l’instauration d’un régime militaire. L’attentat a renforcé les mouvements extrémistes afrikaner dans leur volonté d’empêcher les Noirs d’arriver au pouvoir. « Si Hani n’avait pas été abattu, je l’aurais fait moi-même ! » n’hésite pas à déclarer Terreblanche au cours d’un discours public à Port Elizabeth alors que le procès du meurtrier se tient en direct. 
Janusz Jakub Waluś assume son crime et sera condamné à mort en octobre 1993 (avant que sa peine soit commuée à la prison à vie deux ans plus tard) devenant une légende au sein de l’afrikanerdom. 

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Avec la mise en place de la Commission réconciliation et vérité (TRC), il tente d’obtenir une amnistie qui lui est refusée en 1998. Depuis, l’AWB a perdu de sa superbe et son leader a fini également en prison avant d’être assassiné en 2010, battu à mort par ses employés noirs. L’AVF a raté son coup d’Etat et accepté de participer in extrémis aux élections multiraciales de 1994 en échange d’un référendum sur l’établissement d’un volkstaat blanc (il n’a jamais été organisé). Janusz Jakub Waluś contemple l’échec de ses idées sans mot dire. En 2016, contre toute attente, la Haute-Cour de justice accepte de le libérer mais indique qu’il est déchu de sa nationalité, expulsable vers la Pologne. Face aux protestations, les accusations de parodie de justice (« La juge n’est qu’une raciste » déclare Limpho Hani, la veuve de Chris Hani, dans le Times), le ministère de la Justice intervient et fait annuler cette décision devant la Cour suprême. Retour à la case départ pour Janusz Jakub Waluś qui a réintroduit une nouvelle demande de remise en liberté en octobre 2021. Il aura fallu un an à la justice sud-africaine pour trancher de nouveau en sa faveur.
« J’ai beaucoup de remords pour ce que j’ai fait. Je me rends compte aujourd’hui que c’était totalement inacceptable. Depuis mon incarcération, je suis revenu à la foi catholique romaine, ce qui m’a aidé à comprendre pleinement mes méfaits. J’ai accepté la nouvelle Afrique du Sud et sa constitution », a déclaré Janusz Jakub Waluś au Times, affirmant même que «le régime d’apartheid avait été une erreur ». Une repentance qui n’a pas convaincu la famille de Chris Hani qui a fait part dans la presse de sa « tristesse, sa colère et son sentiment de trahison » à l’annonce du verdict du tribunal de Pretoria. À sa sortie de prison, dont la date n’est pas encore connue, Janusz Jakub Waluś sera envoyé vers la Pologne « où il devrait être accueilli comme un héros » regrette d’ors et déjà la presse sud-africaine.

Après « Nous sommes en guerre… »

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Elisabeth Borne, le 28/09/22 / PHOTO: ROMUALD MEIGNEUX/SIPA / 01089406_000014

Voici la série glaciale et glaçante : « Sobriété énergétique » réalisée par le pouvoir.


Vous avez sans doute aimé les deux saisons de la série « Nous sommes en guerre ». Rappelez-vous : « les gestes-barrière », « les produits non essentiels », mamie à la cuisine pour déguster la bûche de Noël, les autorisations de sortie qu’on s’auto-délivrait, le café dont on ne savait plus dans quelle position le boire : assis, debout ou couché. Les conseils prodigués pour aérer la maison. « Nous sommes en guerre » et ses répliques-cultes : « Il n’y aura pas de pénurie de masques », « Le masque ne sert à rien », « Le masque est obligatoire ».

Vous devriez adorer la série « Sobriété énergétique » dont le gouvernement a annoncé la sortie pour janvier, lors d’un grand raout. Organisée le 6 octobre dans l’un des grands halls de la Porte de Versailles, la promotion de la série a réuni 400 personnes (dont une dizaine de ministres) autour d’Élisabeth Borne, la réalisatrice, endoudounée.

Face à la pénurie énergétique qui s’annonce, résultant en grande partie de choix politiques malencontreux : abandon de la filière nucléaire sous Hollande, poursuite de cette politique sous Macron avec la fermeture de Fessenheim, absence de rénovation de nos centrales, il s’agissait, pour notre Premier ministre pris à la gorge, de vendre aux Français le slogan suivant : « Des économies choisies plutôt que des coupures (d’électricité) subies ».

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On fut sensible au choix rhétorique astucieux de la rime interne choisies/subies. Il fit sonner fièrement la phrase-massue pour la rendre aussi efficace qu’un coup de matraque. On aurait pourtant préféré que notre poétesse en herbe citât Victor Hugo : « Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité » (Actes et paroles). Las ! Le temps de la liberté, de l’aventure et de la poésie a vécu, place au règne de l’infantilisation, de la culpabilisation et de la prévention.

Selon Élisabeth Borne, il fallait faire baisser de 10% notre consommation d’énergie d’ici 2024. Une campagne de communication a alors démarré avec ce slogan décapant : « Je baisse, j’éteins, je décale ». On était censé se le réciter comme un mantra, mais, l’automne, exceptionnellement chaud, a plutôt stimulé l’insouciance de la cigale qui sommeille en chaque Français. Aussi, on est vite passé à autre chose, l’actualité, généreuse, aidant. Les Français furent pourtant invités à suivre le « Bison futé » de l’électricité Ecowatt, un site censé leur permettre de connaître la situation de la consommation d’électricité dans le pays, à l’instant T.  On pensa même à nommer des « ambassadeurs sobriété » dans les administrations.

C’est au printemps que le premier épisode de la série phare de notre l’hiver a été tourné. Rappelez-vous le discours de Macron du 16 avril, à Marseille. « La politique que je mènerai dans les cinq ans sera écologique ou ne sera pas ». Notre bonimenteur enterrait alors la Start-up nation et annonçait la planification écologique, récupérant « en même temps » que les idées de Jean-Luc Mélenchon, les voix de ses électeurs. Tout s’est ensuite enchaîné :  s’abritant derrière le conflit en Ukraine et le dérèglement climatique, le président a signifié « la fin de l’abondance » à des Français estourbis par le covid, la guerre lancée par Poutine et la canicule. « Pas de contrainte, de la pédagogie ». Il faut que la population prenne conscience de la gravité de la situation. Il faut « accompagner les Français ». « On doit tous se bouger », a ensuite lancé notre Dynamiteur de la République, le 5 septembre. Ce qui nous a valu un défilé des membres du gouvernement en col roulé et autres doudounes.

Nous voici maintenant en décembre : préparez-vous. Épisodes et rebondissements vont s’enchaîner. Est venue la saison de la polaire et des slips tricotés en laine de mérinos. Préparez-vous à faire de vos chaises du petit bois et faites-vous offrir du silex à Noël afin d’allumer le feu.

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Voici le teasing du deuxième épisode : « Les besoins en électricité pourraient dépasser les capacités certains jours de grand froid », a affirmé Olivier Véran, indiquant que l’exécutif veillait à « anticiper tous les scénarios possibles ». Si l’hiver est rigoureux, les coupures d’électricité risquent de toucher 60% de la population métropolitaine entre 8h et 13h et 18h et 20h. (En gros, on n’y coupera pas). Si les écoles doivent être « délestées », elles fermeront alors le matin. On n’hésitera pas, si besoin, à supprimer des trains et à fermer des lignes de métro. En principe, les sites dits « sensibles » (hôpitaux, gendarmeries, casernes de pompiers) devraient être épargnés par les coupures ainsi que les 3800 patients à « haut risques », à savoir, dépendants d’un équipement médical branché sur le secteur. Les réseaux de téléphonie mobile ne seront pas épargnés. Quant à la centrale à charbon de Saint-Avold, elle reprend du service.

En ce moment lugubre, un devoir de mémoire s’impose : en 1971, autre époque, Georges Pompidou, lançait le grand plan énergétique français : « Nous avons dans les domaines les plus avancés : nucléaire, aéronautique, espace, informatique, exploitation des océans, conquis notre place dans le peloton de tête des nations. Non par un vain désir de prestige mais par la conviction que le monde moderne est dominé par le progrès scientifique et technique et qu’un pays qui ne consent pas l’effort intellectuel et financier nécessaire pour être dans le train est condamné irrémédiablement à la médiocrité et à la dépendance ».

Que reste-il de notre France ? Laissons le dernier mot à Victor Hugo (Choses vues) : « Aucune société n’est irrémédiable, aucun Moyen-Âge n’est définitif. Si épaisse que soit la nuit, on aperçoit toujours une lumière ».

« Et si les Beatles n’étaient pas nés ? » — et autres hypothèses stimulantes

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Pierre Bayard au Festival du livre de Paris 2022, au Grand palais éphémère, 23/04/2022. LAURENT BENHAMOU/SIPA 01070158_000114

Uchronie et dystopie sont de retour, constate notre chroniqueur. Le réel auquel nous sommes confrontés étant de qualité moyenne, romanciers, essayistes et journalistes s’aventurent sur les terres de l’improbable, de l’irréel et du rêve compensatoire.


« Si j’aurais su, j’aurais pas venu », se lamente P’tit Gibus, dans la seule vraie adaptation — celle d’Yves Robert — de La Guerre des boutons, la seule fidèle au roman de Louis Pergaud : les censeurs qui contrôlent les ondes se gardent bien de la rediffuser, de peur de choquer la brigade anti-pédophilie, puisqu’on y voit à loilpé les fesses des garnements qui se chamaillent dans les forêts normandes.

Les grammairiens appellent cela l’irréel du passé : on regrette que les choses ne se soient pas arrangées autrement — mais on n’y peut rien. Là règnent en maîtres le conditionnel passé et le subjonctif plus-que-parfait.

Vivre vite, couronné cette année du Goncourt, est tout entier construit sur de telles hypothèses. Brigitte Giraud évoque toutes les occasions (ratées) qui auraient pu ne pas conduire à la mort de son compagnon dans un accident stupide. Et si, par exemple, les Japonais n’avaient pas construit la Honda 900 CBR Fireblade, dite « widow maker », qu’ils se gardaient bien d’autoriser chez eux. Je n’épiloguerai pas, j’en ai déjà parlé par ailleurs, l’un des premiers, et Sophie Bachat dans Causeur en a dit tout le bien qu’elle en pense.

Dans son numéro de fin d’année 2021, Marianne avait épuisé tous les « Et si » que les déceptions en cascade nées de cette France obsolescente pouvaient engendrer. Et dans un essai remarquablement intelligent et bien écrit, comme tout ce qui sort de sa plume, l’essayiste Pierre Bayard a jeté un long regard en arrière pour évoquer des hypothèses dont l’effet, si elles s’étaient réalisées, eût pu changer la face du monde mieux que la longueur du nez de Cléopâtre.

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« Et si les Beatles n’étaient pas nés » ? Ainsi commence ce livre, qui ne se contente pas d’effacer tel ou tel personnage, mais d’envisager son remplacement par un autre, qui existait aussi, n’était pas dépourvu de talent et auquel l’icône a fait une ombre telle qu’il a disparu corps et bien. Si les Beatles n’étaient pas nés, si Brian Epstein n’avait pas pris leur carrière en main, nous aurions dansé le slow sur «Waterloo Sunset».

C’est, on s’en souvient peut-être, le thème de Jean-Philippe, l’excellent film de Laurent Tuel, où Fabrice Luchini, fan inconditionnel de Johnny Halliday, se réveille après un léger coma dans un monde où Jean-Philippe Smet est inconnu. Mais il existe bien, pourtant — il est patron de bowling : un stupide accident de scooter l’a empêché de participer, le 30 décembre 1959, à l’émission qui l’a lancé. Non, je ne dévoilerai pas la fin, qui retourne la dystopie en uchronie.

Pierre Bayard va très loin et réhabilite par ce procédé de grandes pointures éclipsées par tel ou tel phare de l’humanité. Sans Shakespeare, par exemple, on n’aurait pas oublié Ben Jonson, auteur important de l’ère élisabéthaine, dont il ne reste (vaguement) dans les mémoires que Volpone, et encore parce que Harry Baur et Louis Jouvet l’ont interprété — disponible en intégralité ici. Mais il échafaude aussi des hypothèses corrosives : si Freud n’était pas né, aurions-nous encore des problèmes ? Si Max Brod avait brûlé les manuscrits de Kafka, conformément au vœu de son ami ? Si la CIA n’avait pas décidé de se faire éditeur et de diffuser le Docteur Jivago, sentant que le roman était une épine dans la chaussure des Soviétiques — ce qui éclipsa Le Don Paisible, splendide roman sur un thème similaire de Mikhaïl Cholokhov, et valut le Nobel à Pasternak.

Ou si Marx…  

La dystopie est bâtie sur une hypothèse noire. Ainsi, dans Le Maître du haut château, Philip K. Dick imagine que l’Axe a gagné la Deuxième Guerre mondiale, et que les Etats-Unis sont occupés à l’est par les Allemands, à l’ouest par les Japonais — et qu’un roman narrant la victoire des Alliés amène une uchronie dans la dystopie.
Parce que l’uchronie, elle, est la re-création d’un monde plus agréable à notre goût. En 1836 un certain Louis Geoffroy (1803-1858) publia Napoléon et la conquête du monde, où il raconte comment l’Empereur, après avoir subjugué les Russes, étend son empire jusqu’au Japon. Giscard d’Estaing, qui n’a jamais utilisé de nègre et qui n’a jamais copié personne, a publié en 2010 un roman intitulé La Victoire de la Grande armée qui part exactement de la même hypothèse — un hasard, probablement. Le roman de Geoffroy étant disponible sur Wikisource, chacun pourra s’en faire une idée.

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À noter que ce qui est dystopie pour les uns peut être uchronie pour d’autres. Le romancier Emmanuel Carrère, alors à l’aube de sa carrière, publia en 1986 un essai stimulant intitulé Le Détroit de Behring, où il analyse en détail les principes uchroniques : l’Encyclopedia Sovietica, après l’exécution de Beria en décembre 1953, fit effacer le nom du tortionnaire préféré de Staline de tous les exemplaires envoyés aux souscripteurs en leur expédiant un article de même format sur « Behring, détroit de » — à coller sur l’article Beria pour le faire disparaître. Évidemment ça n’effaçait pas le Goulag ni le massacre de Katyn, entre autres exactions commises par ce grand bienfaiteur de l’humanité.

Je suggère au lecteur, après avoir fait l’acquisition des ouvrages indispensables cités ci-dessus, de chercher les « Et si » les plus à même de corriger la trajectoire désastreuse de la France — ou du monde, si vous avez de l’ambition et de la démesure. Ou votre trajectoire personnelle : après tout, si la voiture qui hier soir m’a accroché la veste en virant sec en plein centre-ville avait tourné plus sec, je ne serais pas là pour écrire cette chronique — dystopie ou uchronie, à votre gré.

Parce qu’avec des « Et si », on pourrait révolutionner bien des choses. Obliger Karim Benzema à chanter la Marseillaise. Nommer Cyril Hanouna au ministère de l’Éducation, et Elisabeth Lévy à la tête de France Télévision. Imaginer que Virginie Despentes aurait enfin potassé le BLED. Ou me faire taire…

Non, ça, ce n’est pas possible — même dans les rêves fous de tous les gens qui me veulent du bien.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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L’enfer vert

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Thomas Bronnec / Francesca Mantovani/Gallimard/opale.photo

D’un réalisme étonnant, Collapsus de Thomas Bronnec, raconte la fin du quinquennat d’un président écologiste qui, pour le bien des peuples et de la planète, a fait basculer la France dans un régime totalitaire.


Vous ne le savez pas encore mais Pierre Savidan a été élu neuvième président de la Ve République. Et c’est un écologiste. Enfin presque. Il a été choisi bon gré, mal gré par des Verts à bout de souffle dans un contexte de défiance générale à l’égard du monde politique et de catastrophes climatiques à répétition. À la surprise générale, il est arrivé en tête au premier tour et a été élu au second de justesse contre Violaine Roy, la candidate commune des Républicains et du RN. Et c’est ainsi que la France a glissé dans ce qu’il est convenu d’appeler une démocratie illibérale. Déjà, l’Allemagne et le Danemark s’inspirent de Pierre Savidan et de sa manière très erdoganienne de gérer à marche forcée la transition écologique.

À vrai dire, rien ne le prédisposait à la magistrature suprême. Savidan est un Breton issu des classes populaires, alcoolique repenti, autodidacte, qui a failli mourir plus jeune d’une pancréatite aiguë doublée d’une tuberculose provoquée par l’aiguille d’un tatoueur amateur. Il garde d’ailleurs sur son bras droit, comme un souvenir de ces années sombres, une vilaine tête de mort. Bref, comme l’écrit Thomas Bronnec, l’auteur de Collapsus : « Il n’était pas né pour le pouvoir, c’est le pouvoir qui était venu le chercher, au bout de vingt années ».

Savidan avait simplement décidé de commencer à surveiller son alimentation pour guérir. Et puis il s’est dit qu’il pouvait monnayer ses talents sur internet et il est devenu un gourou version xxie siècle, c’est-à-dire un influenceur avec des vidéos aux millions de vues. Adepte du crudivorisme – hormis la nourriture crue, point de salut –, il a commencé à organiser des stages payants pour un public en quête de mieux-être. Cela s’est vite transformé en une entreprise très prospère, Vitalise, qui s’est révélée, avec ses centaines de milliers de clients, une rampe de lancement idéale pour sa candidature. Il a adouci les contours de sa doctrine en prônant simplement le véganisme et en tentant de faire oublier que son antivaxisme et sa prétention à soigner le cancer lui avaient valu d’être dans le collimateur de la Miviludes, la mission interministérielle de lutte contre les sectes.

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Quand le roman commence, Savidan en est à sa quatrième année de présidence dans une ambiance préinsurrectionnelle. Parmi ses mesures phares, le SEI, « Scoring écologique individuel ». C’est une application pour smartphone. Chacun y note ses actions en faveur de la transition écologique. On est noté sur une échelle de 50 à 950, sachant qu’au-delà de 500, les impôts commencent à baisser et qu’en dessous, évidemment, ils augmentent. Si le Conseil constitutionnel s’est opposé au caractère obligatoire de l’appli, comme tout le monde a envie de payer moins d’impôts, elle a été téléchargée 38 millions de fois. L’autre mesure, c’est le programme Paire, le « Programme d’accueil individualisé et de réafilliation écologique ». Vous pouvez vous y rendre volontairement pour vous faire rééduquer et accessoirement gagner des points de bonus pour votre score écologique. Dans ces camps qui ne disent pas leur nom, on trouve du beau monde comme l’ancien secrétaire général du gouvernement et beaucoup de riches essorés fiscalement.

Une sorte de terreur verte règne dans le pays, menée par des militants fanatisés qui servent d’avant-garde éclairée à Savidan. Des groupes s’infiltrent sur les pistes d’aéroport et empêchent le décollage des avions privés des grands patrons ou des longs courriers touristiques. Ou alors, ils attaquent les maternités pour dénoncer les gens qui continuent à faire des enfants. C’est que Savidan, comme son âme damnée Fanny Roussel, une conseillère occulte, l’une de ses premières disciples, née avec un bras en moins, est convaincu que le malthusianisme est la seule solution pour éviter l’effondrement ou le « collapsus » qui marquerait la fin du monde d’ici une ou deux générations.

Lors de l’une de ces intrusions dans une maternité de l’Ouest parisien, la femme d’Olivier Fleurance, patron du plus grand groupe laitier de France, saisie de panique, se jette par une fenêtre avec son bébé. Et Fanny Roussel est filmée parmi les assaillants de la clinique. À partir de ce moment, une guerre à mort s’engage entre Savidan et Fleurance.

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La première chose qui frappe, dans ce roman, c’est sa vraisemblance. Il faut dire que Thomas Bronnec, journaliste et déjà auteur d’une trilogie sur le pouvoir, dont l’étonnant La Meute, sur la manipulation réciproque des réseaux sociaux et des politiques, est un remarquable connaisseur des institutions. On voit en détail comment les contre-pouvoirs cessent de fonctionner les uns après les autres dans un mélange de peur et d’opportunisme. La seconde est que Bronnec s’inspire, pour nous montrer à l’œuvre ce « populisme vert », du mariage potentiellement totalitaire entre une idéologie et les nouvelles technologies de l’information, ce qui était déjà l’intuition fondatrice d’Orwell dans 1984. Ce mariage est représenté par une jeune stagiaire à l’Élysée, issue de Sciences-Po avec tous les classiques de la collapsologie dans sa bibliothèque et, accessoirement, maîtresse du Président.

Ajoutez à cela une absence de manichéisme de l’auteur qui ne juge jamais : tous les personnages, même Fanny Roussel qui flirte avec la folie, ont de bonnes raisons de faire ce qu’ils font. Savidan est sincère dans son désir de sauver le monde par une décroissance féroce tandis que Fleurance n’est pas un salaud de riche, mais croit au contraire que seul le progrès permettra de sauter les obstacles.

Pour couronner le tout, on salue la lucidité de Thomas Bronnec et son questionnement inquiet : face aux crises de toutes sortes qui nous attendent, sera-t-il encore possible de gouverner démocratiquement ? Les réponses apportées à cette question lors de la récente pandémie de Covid n’invitent pas forcément à l’optimisme…

Collapsus, de Thomas Bronnec, éd. Gallimard, 480 pages, 20€.

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Ne pas tomber dans le « Panot »

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Mathilde Panot, le 16/10/22 / PHOTO: Chang Martin/SIPA / 01091626_000034

Mathilde Panot, députée LFI, a affirmé dans un tweet que la France n’était rien d’autre que les mots qui constituent sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Quid (au moins) de sa langue et de sa culture ?


Mathilde Panot, qui est tout de même à la tête du groupe parlementaire de LFI, a trouvé le moyen de produire un tweet ahurissant : « La France n’est ni une langue, ni une religion, ni une couleur de peau, la France, c’est « liberté, égalité, fraternité »».

Le professeur de français et la citoyenne française que je suis a bondi de sa chaise, et s’en prendra pour le moment à la première affirmation : « La France n’est pas une langue ».

Comment une responsable politique censée représenter les Français peut-elle leur dénier leur langue ? Et comment est-il possible de séparer un pays de celle-ci ?

Pour commencer, j’invite Mathilde Panot à relire la Constitution qui inscrit le français comme langue de la France ! Puis, je lui demande de me dire quelle est la langue de la France si ce n’est le français ?

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J’entends d’ici la réponse : toutes les langues du monde qui se tiendraient la main… Comme c’est touchant, et comme ce baiser universel ressemble étrangement à la Pentecôte où il est dit que chacun parlant dans sa langue comprenait l’autre qui parlait dans la sienne… Sauf que pour ce faire, il faut que l’Esprit Saint descende sur nous. Mathilde Panot se voudrait-elle catholique et invoquerait-elle la grâce pour que sans langue commune l’on se comprenne quand même ?

Pratiquement, on voit à quel point sans langue commune il n’y a pas de vie sociale possible. Par ailleurs, comment peut-on mépriser à ce point la littérature française et son rapport souvent si étroit avec le politique ?

Et enfin, comment peut-on inciter si visiblement tout étranger arrivant en France « à ne pas apprendre le français ? »

Au fond de ce nihilisme qui traduit une telle détestation du pays que l’on représente, je ne vois qu’une raison vraiment valable : celle d’inciter ceux qui votent pour vous à ne rien comprendre à ce que vous dites.

Sans doute le meilleur moyen de recueillir leur suffrage ? Autrement…

La hausse du prix de l’électricité en France

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PHOTO : Mourad ALLILI/SIPA, le 25/08/22 / 01085199_000001

La Commission européenne impose une tarification «au coût marginal» qui provoque la flambée des prix et la pénurie. Pourtant, à l’âge d’or d’EDF, la France savait très bien gérer son marché de l’électricité pour le plus grand bien de ses citoyens. Il est urgent que notre pays dénonce le système imposé par l’UE !


Il est clair que les coûts de production de l’électricité en France, produite essentiellement par nos centrales nucléaires et nos barrages hydroélectriques, ne sont que très peu sensibles à la hausse du prix du gaz. La hausse du prix de l’électricité est évidemment due à la tarification dite « au coût marginal » que l’Union européenne a mise en place et qui les indexe sur les prix du gaz. C’est pourquoi il est affligeant de voir la France suivre la Commission qui cherche à en combattre les effets désastreux par des moyens aussi surprenants qu’inefficaces, au lieu de dénoncer cette tarification.

Première observation : justifier l’introduction d’une tarification en disant qu’elle est faite pour encourager la création d’un marché est une contradiction majeure. Car un marché est précisément ce qui permet la détermination des prix pertinents par la seule confrontation de l’offre et de la demande, donc sans intervention publique sur la tarification. Cette contradiction ne devrait échapper à personne.

Mais il y a des mots qui ont un pouvoir magique, celui d’écarter toute analyse rationnelle. Il en va ainsi de l’expression « marché européen », sous le prétexte duquel cette tarification a été installée[1], et de l’expression « tarification au coût marginal », qui serait le nec plus ultra en matière de règlementation des prix. Même Jean-Marc Vittori, qui nous a habitué à des raisonnements logiques et pertinents, n’y a pas échappé, si l’on croit l’article que les Echos ont publié le 17 novembre.

Il s’appuie sur Marcel Boiteux. En France, juste après la guerre, les divers producteurs d’électricité ont été regroupés dans une organisation créée pour cela : EDF. Ce regroupement a supprimé la concurrence, donc tout marché pour déterminer les prix. C’est ainsi que Marcel Boiteux, qui travaillait dans la belle équipe d’économistes de Maurice Allais, a été appelé en 1948 pour définir la politique des prix que devrait suivre ce monopole. Tarification et marché étaient donc bien perçus comme opposés.

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Non seulement ses idées ont été appliquées, mais il a pu en mesurer les effets puisqu’il a poursuivi sa carrière à EDF, pour être nommé directeur général en 1967 puis président. Son avis sur le sujet est donc particulièrement pertinent, et Jean-Marc Vittori est bien inspiré de le citer. Encore faut-il bien connaître son opinion. Or, il nous la livre dans un article de 1987 qui laisse peu de place à l’interprétation.

La partie tarifaire commence par la phrase, « Dans l’abstrait, le principe de la vente au coût marginal recueillait un préjugé favorable ». Il est amusant de constater que 54 ans après, le même préjugé demeure. Nous avons pourtant eu largement le temps de mesurer les limites de la théorie économique dite néo-classique née vers 1870 qui en est à l’origine.

La pression devait être forte puisque Marcel Boiteux introduit dans son article les expressions de « coût marginal moyen » puis de « coût marginal à long terme » qui ne gardent du coût marginal que l’appellation, alors que la réalité du concept a disparu[2]. C’est sans doute cette concession verbale qui explique pourquoi EDF est réputée utiliser une « tarification au coût marginal ».

Quoi qu’il en soit, Marcel Boiteux expose dans son article les différentes raisons pour lesquelles cette tarification est totalement inapplicable dans le cas de l’électricité. Il y décrit par ailleurs les objectifs essentiels que doit poursuivre son monopole : satisfaire la demande au moindre coût, sans fausser la concurrence avec les autres formes d’énergie. Il explique comment EDF y a répondu, notamment par le choix et la programmation de ses investissements productifs, et par une tarification destinée à amortir les pointes de consommation. Grâce à quoi la France a bénéficié pendant des années d’une électricité bon marché et sans pénurie.

Ce que l’Union européenne a mis en place pour l’électricité est très éloigné des préceptes de Marcel Boiteux. Elle cherche clairement à s’en remettre à la concurrence, qui ne permet pas là une programmation efficace des investissements. Elle impose en outre une tarification, ce qui enlève toute efficacité aux mécanismes de marché pour contenir les prix. On commence à en voir les résultats : une hausse extravagante des prix et des menaces sérieuses de pénurie.

Cette tarification européenne n’a aucun fondement économique. On s’étonne que la France ne s’abstienne pas de l’appliquer, comme le font l’Espagne et le Portugal, et passe au contraire son temps à multiplier des chèques de « protection du pouvoir d’achat », dont la conséquence première est d’augmenter l’endettement de notre pays, qui est déjà faramineux, et nous met à la merci de ceux qui veulent bien nous prêter.


[1] Ce dont a besoin en priorité le marché européen pour se développer n’est pas un tarif, mais la construction des équipements permettant les échanges transfrontaliers – lignes électriques à haute tension, gazoducs…

[2] Le coût marginal est le prix de revient de la dernière unité produite, dans l’immédiat donc à très court terme, sur le moment, et avec des investissements supposés amortis.

Pourquoi il faut aimer les riches

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Impôts élevés, création de richesse, développement et maintien du secteur du luxe et de l’art, etc. : Sophie de Menthon nous explique pourquoi nous ne devons pas haïr les riches et accepter que l’égalité parfaite n’existe pas.


Nous voulons tous être riches, à quelques exceptions près, et pourtant la détestation des nantis continue de sévir de France. Tous les prétextes sont bons, inégalités, injustices, super profits, super riches, super dividendes, les pauvres qui sont pauvres, les politiques qui en rajoutent dans le partage obligatoire tout en truandant leurs propres déclarations, les aides pour les catalogués pauvres, les impôts… Un magma général ou chacun met son grain de sel.

La bourse est honnie des puristes anticapitalistes, les dividendes sont un gros mot sauf depuis que l’on veut les rendre obligatoires pour les salariés, démontrant ainsi l’inculture économique absolue de ceux qui ont eu cette super bonne idée ajoutant (sic) que c’est une façon de ne pas taxer les super profits : une super énormité ! Rendre les salariés actionnaires dans des entreprises solides non cotées on peut y réfléchir, mais prendre le dividende comme un bonus à distribuer pédagogique.

Essayons de tirer les marrons du feu de cette acrimonie nationale et quasi générale en réfléchissant un peu sur les motifs qui devraient nous faire aimer les riches. D’abord en les détestant et en voulant les appauvrir, on crée des pauvres. On est toujours le riche de quelqu’un et le pauvre de quelqu’un, l’égalité n’a pas de sens en la matière sauf à vouloir un retour au communisme le plus rigoureux. Pour François Hollande, on était riche à 4000 euros mensuels de revenu par foyer. Sans commentaire, ce n’était fondé sur rien et cela a fait pschitt, même si c’est devenu un leitmotiv qui fut un désastre pour l’unité nationale. Désigner ainsi des Français moyens était une discrimination source de conflits permanents. On estime « riche » le voisin quand celui-ci gagne le double de soi, ce devait-il être le raisonnement du président de la France ? Rappelons que les riches créent la richesse, ce n’est pas une lapalissade, c’est une vérité fondamentale, les impôts qu’ils paient (parmi les plus élevés du monde) assurent notre confort, notre santé et notre bien-être. C’est à eux que nous devons le secteur du luxe qu’au bout du compte nous aimons tous, même ceux qui n’aiment pas les riches et qui rêvent d’y accéder !

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Rappelons qu’un sac à main griffé Christian Dior, par exemple, qui coûte 5000 euros, rapporte 1000 euros à l’État… Merci à ceux qui l’achètent puisqu’ils vous reversent 1000 euros !  Mieux ce sont tous ces sacs vendus entre autres, qui permettent à un milliardaire de reconstruire une partie de Notre Dame ! « Oui, mais c’est une honte de vendre un sac si cher », « Une honte que très peu puissent l’acheter » etc. C’est ça, le raisonnement basique de la jalousie hexagonale que flatte notre gauche confiscatoire ?

 Il faut dire que notre détestation du profit est encouragée depuis… la Révolution ! On n’a pas assez guillotiné au nom de l’égalité, la guillotine aujourd’hui est fiscale. L’argent et la fortune de certains nous apportent la beauté des bâtiments, des maisons, des bijoux, des grands restaurants, le plaisir d’une consommation raffinée, la satisfaction du beau dans tous les domaines, l’art (et oui l’art ça coûte cher !). Il faut oser le dire et arrêter de jeter la pierre à tout ce qui n’est pas un nivellement par le bas au nom d’une égalité inexistante.

Oui, c’est injuste que tous n’aient pas accès à la même chose, mais il faut oser redire que l’égalité n’existe pas, l’égalité des chances certes mais il y aura toujours celui qui a réussi plus que l’autre.

Il faut avoir envie de s’enrichir. La déconsommation, très à la mode en plus grâce à l’idéologie écologiste, est une idée de peuple gâté ; cela a même abouti au « droit à la paresse » (payé par qui, ce droit ?).

Reversons, partageons mieux, gagnons, acceptons la compétition, ayons envie de nous enrichir matériellement et intellectuellement, aimons le succès. Au lieu de tout faire pour que l’on s’appauvrisse mais surtout sans riches ! Qui gagne à ce jeu de dupes ? On conteste la théorie du ruissellement, effectivement discutable, mais il n’en demeure pas moins que les emplois, les revenus, ne se créent pas dans la pénurie.  

Pitié pour nos enfants: donnons-leur envie de gagner avec bonne conscience. Dans une classe de 6ème, Louise revient triomphante : son équipe a gagné « et alors vous avez eu le prix ? » lui lance-t-on ravis… « Ah non, le prix c’est pour les perdants, nous, on avait déjà la chance d’avoir gagné » rétorque-t-elle d’un air dubitatif mais sentencieux. Cela peut faire l’objet d’un sujet de philo : vous avez 3 heures !

Par Tootatis et Polska

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Capture d'écran d'une vidéo postée sur la chaîne YouTube de Touche pas à mon poste! le 5 novembre 2022.

Tootatis et Polska, deux jeunes influenceuses reçues sur le plateau de TPMP, ont été sévèrement blâmées par le chroniqueur Guillaume Genton pour s’être montrées en public dans des tenues qui ne laissaient pas grand-chose à l’imagination. Il aurait sans doute préféré qu’elles soient voilées.


De bon matin, de retour d’une ribouldingue d’Halloween, deux jeunes et charmantes influenceuses françaises, Tootatis et Polska, se sont vu refuser l’entrée du Café des Phares, place de la Bastille, à Paris. Après une nuit apparemment mouvementée, elles souhaitaient se sustenter et voulaient juste « manger des œufs ». Motif de leur exclusion de ce bar qu’elles avaient l’habitude de fréquenter en civil : leurs tenues vestimentaires du jour, ou plutôt de la nuit, jugées inappropriées par la direction de l’établissement. De vagues « déguisements » qui, s’ils avantageaient leurs plastiques de rêve, ne pouvaient guère les faire passer pour des pensionnaires du couvent des oiseaux. Ou alors de très loin. Fort mécontentes, elles en ont fait tout un plat. Elles  ont partagé leur mésaventure avec leurs milliers de followers. Et ont été reçues chez Hanouna.

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Il faut protéger les enfants qui mangent des croissants

On eût pu penser que, dans cet espace de liberté, elles recevraient un accueil bienveillant voire qu’elles  seraient consolées de leur déboire. Que nenni ! La police du vêtement de TPMP les attendait de pied ferme.

En la personne de Guillaume Genton, expert donc en (petites) tenues. En bon professionnel, il avait pris la peine de se renseigner auprès du patron. Après une enquête minutieuse, notre envoyé spécial ne pouvait qu’approuver le gargotier : la tenue de nos deux gourgandines  auraient pu choquer « les (nombreuses) familles qui prennent leur petit déjeuner ». L’éviction des deux effrontées était donc grandement justifiée. Puisqu’il s’agit d’empêcher d’innocents bambins (et leurs pères si ça se trouve) de se rincer l’œil, de bonne heure, dans la capitale, le jour de la Toussaint, on ne peut qu’approuver. Merci patron, merci Guillaume.

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La discrimination, c’est parce que vous êtes noir ou homosexuel

Lorsque nos deux délurées ont tenté de suggérer qu’elles avaient été un tout petit peu discriminées (article 225-1 du Code Pénal) et qu’elles ne voyaient pas trop en quoi elles troublaient l’ordre public, (elles n’étaient pas à oilpé quand même), notre distingué et raffiné Guillaume, celui-là même qui, le 13 janvier, toujours chez Hanouna, avait narré en toute simplicité sa relation amoureuse avec une pétomane, leur a cloué le bec : « La discrimination, c’est quand vous êtes noir ou que vous êtes homosexuel ».

Notre arbitre des élégances avait oublié les femmes voilées ! Pour mémoire, en 2006, deux femmes voilées refoulées par la propriétaire d’un gîte vosgien sont parvenues à faire condamner celle-ci à quatre mois de prison avec sursis, à 1000 € d’amende, à 3000 € de dommages intérêt à verser aux plaignantes et 800 € à chacune des trois parties civiles, à savoir la Ligue des Droits de l’Homme, la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme et le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples. Et, ce 16 novembre, une amende de 600 €  a été requise à l’encontre d’une restauratrice d’Hendaye qui, en mai dernier, avait refusé l’entrée de son restaurant à une femme voilée. Il faut dire que ces femmes, des mamans comme il faut, étaient bien défendues, elles !

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Dur-dur d’être chroniqueur

Pour revenir à notre clash du jour, comme d’habitude, les chroniqueurs mouillèrent le maillot. Gilles Verdez, qui a l’air d’avoir les idées plus nettes depuis qu’il se lave moins afin de sauver la planète, se fit huer bien fort quand il asséna, tout fougueux, que c’était en tant que Femmes que les petites étaient discriminées. Bien tenté Gillou ! Mais, n’est pas Sandrine Rousseau qui veut. De toute façon, sur ce coup, il était bien seul. Résultat : les deux accortes minettes furent copieusement assaisonnées. Le plus déchaîné étant le sieur Genton : « Plutôt que de chercher en permanence à faire le buzz, vous devriez tra-vail-ler ». Comme chroniqueuses à TPMP ? Comme députées LFI ? Il n’a pas dit. En estocade, elles eurent droit à un savon non parfumé de Benjamin Castaldi, le roi du dress-code des hôtels cinq étoiles. Qui a sans doute oublié que c’est avec un dress-code minimaliste que Jean-Edouard et Loana l’ont lancé dans le grand bain.

Pour clôturer la séquence, un petit moment bien lunaire quand l’énigmatique Polska (qui, sur ses comptes, milite pour qu’on « laisse les meufs avoir le kilométrage qu’elles veulent ») ferma le ban en conjecturant que la délicieuse Danielle Moreau devait être jalouse ! Bref, un TPMP bien ordinaire.

TMPM une girouette bien huilée

Tootatis et Polska s’en remettront mais ce « clash » est tout à fait significatif du sens du vent que TPMP indique inexorablement. Les politiques ne s’y trompent pas : le babillage déjanté des chroniqueurs de cette « émission de débats » et les réactions de son public valent tous les sondages. Moralité donc de cette petite séquence bien anodine en apparence : dans la vraie vie, dans les bistrots, l’heure n’est plus trop de montrer sa culotte et ses roploplos. Récemment, Cyril Hanouna déclarait chez Pascal Praud que cela ne le gênait pas de voir une femme en burkini, qu’il fallait être de son temps. Il envisageait même de recruter une chroniqueuse voilée. On a hâte. 

Quand je serai grande, je serai sur OnlyFans

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Guillaume Genton et Ruby Nikara / Capture d'écran d'une vidéo YouTube du 06/11/22 de la chaine Touche pas à mon poste !

De plus en plus de jeunes gens se tournent vers la production amateure de contenus osés, érotiques et parfois même pornographiques sur des plateformes comme OnlyFans qui permettent de vendre des photos ou vidéos et de générer un revenu souvent conséquent. Le premier de deux articles sur ce phénomène.


Une vidéo de TPMP, publiée le 6 novembre, reprenait une joute verbale entre l’influenceuse et invitée Ruby Nikara et le chroniqueur Guillaume Genton. Ruby Nikara venait défendre deux autres jeunes influenceuses, Tootatis et Polska, respectivement âgées de 19 et 20 ans. Celles-ci s’étaient déjà exprimées auparavant au sujet d’un restaurateur qui avait refusé de les laisser entrer dans son établissement en tenue très légère, à l’heure du petit-déjeuner. Elles avaient filmé la scène, tant elles étaient scandalisées. Guillaume Genton mit alors en lumière un thème plus important que le débat initial : « Les filles comme vous, vous êtes tellement prêtes à n’importe quoi pour qu’on croie que vous êtes des gens importants, que vous êtes des stars, que vous êtes fortunés, que le seul moyen que vous utilisez, c’est la nudité ».

Il faisait référence au site OnlyFans, un réseau social où, via un abonnement mensuel, on achète du « contenu » produit par d’autres personnes. Cette plateforme anglaise créée en 2016 avait comme premier objectif la rémunération directe des « créateurs de contenus » (artistes, modèles, professeurs de fitness, etc.) par leurs « fans ». Aujourd’hui, la plateforme héberge dans sa plus grande majorité des consommateurs et des « créateurs de contenus » érotiques et pornographiques.

On y retrouve nombre de célébrités adulées par les jeunes, comme Cardi B, une rappeuse américaine suivie par plus de 143 millions d’abonnés sur Instagram ; Bella Thorne, une ancienne enfant star de Disney des années 2000, comptant 25,3 millions d’abonnés. Et dans un registre plus français, des vedettes de la téléréalité comme Nathalie Andreani (« Secret Story ») ou Astrid Nelsia (« Les Anges ») qui dit gagner 3 572,61€ mensuellement en affirmant «[c’est] tous les mois mon salaire. Croyez-moi, je ne mens pas.»

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Durant la pandémie, OnlyFans est devenu populaire auprès des personnes au chômage ou travaillant à domicile ; mais aussi et surtout auprès des adolescents, déjà sur des réseaux sociaux comme TikTok et Instagram. Certains jeunes reconnaissent en des influenceurs des modèles et rêvent de leurs modes de vie à coup de marques de luxe, de sorties nocturnes, de belles voitures et de l’Eldorado : Dubaï.

Si cela ne restait qu’un rêve. Malheureusement, beaucoup de jeunes sont convaincus par cette solution facile. D’autant que selon une enquête récente de l’IFOP, les jeunes français (18-34 ans) n’aiment plus et ne veulent plus travailler. Ce que soulignait très justement Guillaume Genton, dans la suite de son démêlé avec Ruby Nikara : « Vous êtes une génération qui ne fait aucun effort, qui ne veut pas travailler. Et votre seul moyen d’exister et de gagner de l’argent est de se mettre à poil. On vit malheureusement dans un monde où c’est mieux payé de poser en string dans un lit que d’aller bosser ».

Plus désolant encore, lorsque Cyril Hanouna demanda à Tootatis et Polska ce que pensaient leurs parents de leurs activités affriolantes, elles répondirent sans avoir conscience de la gravité et de la tristesse de la situation : « ils [les parents] disent si ça rapporte de l’argent, c’est bien ». Effroi général sur le plateau.

La musique n’adoucit pas les moeurs

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Karen Erodi / Capture d'écran d'une vidéo YouTube du 22/05/22 de la chaine Armand Gobat Yahoo.

Une députée insoumise n’aime pas la musique militaire, car elle préfère la paix à la guerre. Mais que faire quand on nous déclare la guerre ? A qui faire appel pour nous défendre ?


Marchons, marchons, qu’une musique impure n’arrose notre audition 

La Délégation Militaire Départementale du Tarn et l’Académie d’Albi ont organisé, le 22 novembre 2022, un concert de l’orchestre Musique des Parachutistes accompagné d’une chorale de cent élèves des collèges publics de la région.

Cette opération, qui met en pratique le slogan de l’inclusion et du vivre-ensemble, eût dû, logiquement, recueillir les félicitations de la classe politique, toutes tendances confondues. Que nenni ! Madame Karen Erodi, députée insoumise, y a trouvé une occasion d’exister enfin, conjuguant le verbe en LFIste dans le texte : un « Détruire, dit-elle » qui n’a rien à voir avec Duras, et tout avec le Moravia du « Mépris ». 

« Exister » contre « Résister »

À défaut de réflexion, la députée du Tarn a des réflexes : quand elle entend le mot culture, elle sort son antimilitarisme primaire. Elle a publié un communiqué dans lequel les élans religieux le disputent à l’ignorance la plus crasse : « Maudite soit la guerre ! Hélas, nous savons que la paix est un combat bien plus grand et difficile que la guerre. […] L’Éducation Nationale doit s’attacher à promouvoir l’universalité des droits humains contre la haine d’autrui et son exaltation guerrière au travers des chants militaires non républicains. […] Je dénonce avec la plus grande fermeté l’organisation du concert de l’orchestre d’harmonie Musique des Parachutistes avec les chorales d’élèves collégiens du Tarn… Évitons d’utiliser nos enfants pour chanter les louanges de Napoléon et de la guerre ».

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Elle aurait pu demander le programme

Un slogan est fait pour frapper, pas pour expliquer. Cela tombe bien, car Madame Erodi espère convaincre que la paix fait plus mal que la guerre, sans donner d’explication sur la façon de réagir, lorsque l’ennemi vous la déclare. En 1939, elle aurait applaudi à Munich et se serait jetée dans le difficile combat de la collaboration ?

Ajoutons qu’elle aurait pu aussi maudire la maladie et la mort, cela ne mange pas plus de pain et cela l’aurait rendue agréable, à défaut d’utile.

Enfin, achevons-la en suggérant que si elle avait consulté le programme, ça lui aurait évité le ridicule, et à nous, le spectacle de sa mauvaise foi. En effet, en première partie de ce concert, ont été interprétées des musiques de films, Indiana Jones et Harry Potter, entre autres, qui promeuvent l’exploration (colonialiste ?) et la magie (belliqueuse ?), mais pas le wokisme.

En deuxième partie, l’orchestre et les chœurs ont offert au public des œuvres classiques : Faust (Gounod) et Carmen (Bizet). Quant à l’Ode à la Joie de Beethoven, que les chorales ont chantée avant La Marseillaise, on croit se rappeler que l’Union européenne en a fait son hymne. Moins « non républicain », tu meurs, mais la députée insoumise au réel y voit des louanges qui lui déclenchent des prurits intellectuels.

Intellectuels, intellectuels, est-ce que les députés LFI ont des gueules d’intellectuels ?

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